EXCLUSIF – Le nombre d’étudiants à besoins particuliers explose sur les campus

À l’Université de Moncton, de plus en plus d’étudiants font appel aux services d’accessibilité pour obtenir des accommodements en salle de classe ou lors des examens.

Nombre de cours réduit, logiciel d’aide à l’écriture et à la lecture, matériel d’enregistrement du cours, ou embauche d’un tuteur preneur de notes, ces mesures d’accommodement peuvent prendre des formes très variées au cours de la session.

Quand vient le temps des examens, l’élève peut, selon sa situation, obtenir un délai supplémentaire ou passer l’épreuve isolé dans un local, à l’abri de toute distraction.

Sur le campus de Moncton, le nombre d’étudiants inscrits au service d’accès et de soutien à l’apprentissage est passé de 148 en 2011 à près de 3000 cette année. «L’augmentation a été considérable chaque année», observe Stefanie LeBlanc, la directrice du service.

Stefanie LeBlanc est directrice du service d’accès et de soutien à l’apprentissage du campus de Moncton. – Gracieuseté

Arline Laforest, conseillère en intégration au campus de Shippagan, fait le même constat. Elle n’a jamais reçu autant de visite.

«Quand j’ai commencé en 2011, je travaillais avec une quinzaine d’étudiants. Cette année, j’ai eu environ soixante dossiers! La majorité d’entre eux présentent des troubles de l’apprentissage, des déficits de l’attention, des troubles de mémoire», explique-t-elle.

La liste des écueils que peuvent vivre les étudiants aux prises avec ces troubles est longue: difficultés à suivre un horaire à temps plein, à faire un examen dans le temps imparti, difficultés à planifier et à s’organiser, à se concentrer, à prendre des notes, à travailler en équipe, à lire et à comprendre avec fluidité.

Et la tendance n’est pas près de se renverser. Dans les écoles primaires et secondaires, une proportion grandissante des élèves bénéficient de mesures d’adaptation. Mais comment expliquer une telle progression?

«Les TDAH sont mieux détectés qu’ils ne l’étaient autrefois. On a plus de gens qui s’affirment et décident de prendre les mesures pour réussir leurs études, avance Stefanie LeBlanc. L’université devient aussi un milieu plus accessible tente d’accueillir une plus grande diversité de profil.»

Pour avoir accès à des mesures d’adaptation, l’étudiant doit avoir été diagnostiqué par un professionnel de la santé qui a identifié des limitations fonctionnelles et proposé des ajustements spécifiques.

Débats sur la question d’équité

Reste que tous les professeurs ne sont pas tous aussi ouverts à l’idée d’accorder davantage de temps à certains étudiants lors des examens par exemple.

Les mesures d’adaptation peuvent être d’autant plus difficiles à faire accepter que certains handicaps sont «invisibles» et que les professeurs n’ont pas accès au dossier médical de leurs élèves.

«La majorité des professeurs accueillent ça de façon favorable, mais il y a de la réticence pour certains, reconnaît Stefanie LeBlanc. Certains professeurs voient les accommodements comme un avantage. On doit parfois rappeler nos obligations légales et expliquer que le but est que tout le monde ait des chances égales.»

En effet, la loi oblige les établissements d’enseignement à offrir des accommodements aux personnes souffrant d’un handicap de manière à éviter toute forme de discrimination. Toutefois, ces accommodements doivent demeurer raisonnables, en ce sens qu’ils ne doivent pas imposer une contrainte excessive à l’établissement et ne pas interférer, ni modifier les objectifs d’apprentissage d’un cours.

«Les universités n’ont pas de responsabilités à l’égard de la réussite des étudiants en situation de handicap, mais la responsabilité de leur donner des moyens de réussite équivalant à ceux des autres étudiants», note-t-on dans un guide publié en 2016 sur la question.

Ces accommodements sont planifiés pour répondre à des limitations directement reliées au trouble d’apprentissage de l’étudiant, et non pour remédier à des habiletés de base non acquises dans le parcours scolaire, insiste Arline Laforest.

«Dans le cas d’un étudiant qui souffre d’un trouble de l’apprentissage, le temps supplémentaire lui permet de trouver la concentration pour répondre aux questions. S’il ne comprend pas la matière ou s’il ne s’est pas suffisamment préparé, l’accommodement ne va pas l’aider. Ce sont les mêmes critères d’examens, les mêmes façons de corriger.»

La présidente de la Fédération des étudiants et des étudiantes du Centre universitaire de Moncton, Pascale Rioux, abonde dans ce sens. À ces yeux, la réussite du plus grand nombre doit demeurer la priorité.

Pascale Rioux, présidente de la FÉÉCUM. – Archives

«On ne voit pas ça comme un avantage, ça permet de mettre un étudiant qui a une difficulté au même niveau que les autres, dit-elle. On se réjouit de voir que de plus en plus d’étudiants utilisent ces services. Il faut que l’Université fasse plus d’efforts parce que ces programmes permettent à plus d’étudiants d’accéder aux études.»