Le génocide acadien comme projet collectif

La coopérative des Arcadiens revient à la charge avec son projet de reconnaissance du génocide acadien. Le groupe restigouchois espère en effet convaincre la société civile acadienne de se joindre à cette croisade.

Un peu à l’image de la grande réconciliation promise par Ottawa envers les peuples autochtones, l’ancien maire de Kedgwick, Jean-Paul Savoie, croit que l’on doit aussi reconnaître les torts causés au peuple acadien durant l’épisode de la déportation.

Selon lui et son groupe, les meurtres et les efforts des Britanniques de l’époque pour séparer les familles acadiennes correspondent à la description (d’un génocide) retrouvée à l’intérieur de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, une convention internationale adoptée par les Nations unies en 1948.

En ce sens, la déportation acadienne devrait être reconnue comme un génocide, une première étape vers une véritable «guérison».

«L’Acadie se doit d’avoir un projet collectif pour s’épanouir comme peuple. Mais pour s’épanouir, il faut d’abord reconnaître entre nous qu’il y a eu un traumatisme et que nous souffrons toujours des contrecoups», affirme M. Savoie.

Le sujet controversé fera d’ailleurs partie de l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale annuelle de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick qui doit avoir lieu les 14 et 15 juin à Fredericton. M. Savoie a confirmé cette intention en brandissant, mardi lors d’un point de presse tenue à Kedgwick, une lettre signée du président même de cet organisme acadien.

«En fin de compte, ce sont les membres (de la SANB) qui vont trancher la question, qui vont décider si l’organisme doit prendre part ou non à ce projet. Ce qui est intéressant ici, c’est que nous aurons l’opportunité de débattre du sujet, et je serai sur place avec beaucoup d’émotions pour tenter de convaincre les gens de faire de la reconnaissance du génocide un dossier prioritaire», indique M. Savoie, avouant néanmoins craindre une certaine tiédeur de la part de la foule.

Car selon lui, l’Acadie «collective» est toujours en quelque sorte en état post-traumatique face à la déportation, ce qui se traduit par une certaine perte de parole et une peur de l’affirmation.

«Et cette peur pourrait très bien envahir la salle et faire en sorte que rien ne se passe, mais ce serait vraiment dommage», indique-t-il.

Il faut avouer que le sujet ne fait pas l’unanimité. Tous ne s’entendent pas sur la teneur de l’épisode de la déportation, à savoir s’il constitue ou non une tentative d’extermination d’un peuple et de sa culture. Des historiens acadiens – notamment Maurice Basque – sont en effet sceptiques quant à l’utilisation du terme génocide, lui préférant celui de tentative de nettoyage ethnique.

Mais M. Savoie persiste et signe, affirmant au passage recevoir des appuis d’historiens non acadiens sur la question.

«Pour moi, ça ne fait aucun doute que c’est bien un génocide. Quand on utilise la dispersion pour se débarrasser d’un peuple, qu’on envoie les gens dans un milieu anglophone pour éliminer toutes références à l’Acadie et détruire ce concept dans leur tête, c’est un génocide», clame M. Savoie.

Selon ce dernier, le temps est d’ailleurs plus propice que jamais pour aborder cet épineux sujet de l’histoire acadienne.

«Nous avons obtenu des acquis et gagné des victoires au fil des années. Par contre, on assiste aujourd’hui à l’arrivée de politiciens à Fredericton avec un objectif clair en tête, nous faire perdre des acquis», prévient M. Savoie.

Monument à Kedgwick

Parallèlement à ses efforts pour faire reconnaître le génocide acadien, la coopérative des Arcadiens travaille à l’érection d’un monument commémoratif, ce dernier situé à Kedgwick.

«Si les membres de la SANB ne veulent pas participer à cette lutte pour la reconnaissance du génocide acadien, tant pis. Nous, on va tout de même poursuivre nos efforts afin de mettre sur pieds notre monument», exprime M. Savoie.

Ce monument ainsi qu’un pavillon et une aire de repos sont en cours de construction par les membres de la coopérative.