Malgré un conseil divisé, le grand chapiteau de Tracadie est mis en vente

Le grand chapiteau de spectacles de la Municipalité régionale de Tracadie sera – enfin, diront certains… – à vendre. Tout comme le bâtiment de ce qui était anciennement Service Tracadie. Mais ces résolutions ont été loin de passer comme une lettre à la poste.

Des votes fortement divisés ont permis de désigner les deux infrastructures installées dans le secteur Sheila comme biens excédentaires et de les mettre à disposition de qui voudra bien payer le bon prix pour les acquérir, lundi soir.

Pour la question du chapiteau, il s’agit d’un nouveau chapitre d’une saga qui dure depuis un an. ll avait été mis en vente cet hiver, mais la Ville avait retiré sa proposition à la suite de l’intervention d’artistes intéressés à le conserver.

Et même après avoir adopté de nouveau la mise en vente de l’infrastructures, les élus de la MRT n’en avaient pas encore terminé avec ce dossier. Des citoyens ont demandé à la Ville de revoir sa position et de garder la structure à des fins communautaires.

Déjà qu’au début de la réunion ordinaire, le conseiller Brian L. Comeau a tenté, sans succès, de tabler les points à l’ordre du jour portant sur le grand chapiteau et le bâtiment de Service Tracadie. Il disait ne pas avoir en main assez d’information.

«Les gens avec qui je parle me disent de ne pas vendre le chapiteau. Si nous le vendons, nous n’aurons plus aucun contrôle là-dessus et ce sera un pas en arrière. Donnons-nous du temps pour trouver une solution», a-t-il argumenté.

Son point a été rejeté par un vote égal de cinq en faveur et cinq contre, avec une abstention.

Ainsi, la MRT ira en appels d’offres pour ses deux équipements excédentaires.

Pour le grand chapiteau, la Ville émet comme condition que l’acheteur s’engage à garder la structure sur le territoire de Tracadie pendant au moins trois ans. À noter que les deux petits chapiteaux ne font pas partie de cette équation.

Là aussi, le vote a été très serré, à cinq pour et quatre contre, le conseiller Jean-Yves McGraw s’étant retiré de la discussion en invoquant un conflit d’intérêts. Son fils Maxime fait partie du groupe d’artistes qui était intéressé à obtenir cette tente.

Quant au bâtiment de ce qui était autrefois Service Tracadie, la MRT affirme perdre 100 000$ par année avec cet édifice. Seulement 20% de son espace est occupé actuellement.

Un autre vote divisé (six contre quatre) a permis de faire avancer cette cause vers les appels d’offres. La MRT entend toutefois conserver le terrain de 10 acres sur lequel reposent les deux structures mises en vente lundi.

Il y a une semaine, la Ville avait laissé entendre qu’un acheteur potentiel était intéressé au chapiteau et qu’un autre entrepreneur s’était informé pour en faire la location.

Un réveil communautaire?

Comme l’a si bien imagé le conseiller Philippe Ferguson, c’est quand on est malade qu’on tient compte de sa santé. Il est arrivé un peu la même chose, lundi, avec la décision de vendre le grand chapiteau.

Des citoyens ont interpellé les élus pour les inciter à changer leurs fusils d’épaule. Denise McLaughlin a notamment suggéré d’utiliser l’infrastructure pour la tenue d’activités communautaires de financement pour les organismes de la municipalité si jamais la Ville se retrouvait le bec à l’eau avec son idée de le vendre.

«Ce serait un beau plan B et ça favoriserait nos artisans et artistes locaux», croit celle qui milite présentement pour sauver l’Atelier La Fabrique, qui vient en aide aux personnes à besoins spéciaux à Tracadie.

Le musicien Clifford Breau est aussi intervenu, rappelant que le chapiteau est payé et qu’il appartient à la Ville de bien l’utiliser pour favoriser les artistes locaux.

«Ça fait cinq ans que j’essaie de me produire à Tracadie et que je ne suis pas capable. C’est insultant de voir ce chapiteau chez nous mené par une clique qui gère qui va jouer là, alors que nous devons jouer dans les fonds de cave. Il est payé, il est à nous; gardons-le et utilisons-le!», a mentionné celui qui est aussi l’oncle de Jean-François Breau.

Le maire Denis Losier a rappelé que pendant trois ans, le chapiteau a servi à présenter quatre concerts par été.

«Nous n’aurions pas cette discussion de le vendre aujourd’hui si, au départ, nous l’avions utilisé pour de la diversité. Oui, nous voulons qu’il reste à Tracadie et que le prochain propriétaire s’en serve pour des activités diversifiées. Peut-être assistons-nous à un réveil communautaire. Notre but à la table du conseil, c’est qu’il serve. C’est étonnant de voir cet intérêt maintenant qu’on décide de le vendre, alors que pendant trois ans, on ne voyait pas cet intérêt-là. Nous voulons des activités dans ce chapiteau, mais la Ville ne veut plus mettre un dollar là-dessus», a-t-il réitéré.