La carpe asiatique comme appât pour les homardiers: pas demain la veille

Face au déclin des stocks d’appât traditionnels comme le maquereau et le hareng, des membres de l’industrie canadienne du homard souhaitent importer la carpe asiatique, une espèce invasive des États Unis. Une agence du gouvernement fédéral leur met cependant des bâtons dans les roues.

Depuis des années, les pêcheurs de homard du Nouveau-Brunswick dénoncent l’augmentation de leurs dépenses. L’essence est plus dispendieuse, les réparations et l’équipement coûtent plus cher et le prix de l’appât est de plus en plus élevé.

De 2005 à 2015, les débarquements rapportés de maquereau dans l’est du Canada – premier appât pour la pêche au homard au NB – sont passés de 55 000 à 4200 tonnes. Elles ont rebondi depuis, dépassant les 10 000 tonnes en 2018, mais demeurent faibles comparativement aux niveaux historiques.

Le hareng est un appât moins populaire chez les homardiers néo-brunswickois, mais les stocks ont aussi subi d’importantes baisses dans les dernières années. Le stock du printemps est bien en deçà de la limite «critique» de 20 000 tonnes. Le hareng d’automne est dans la zone dite «prudente».

La rareté de ces deux espèces sur les marchés fait donc en sorte qu’elles sont plus dispendieuses. Et plus difficile à trouver.

«Il n’y a aucun doute que nous avons une pénurie d’appât. N’importe quelle autre option approuvée et sécuritaire serait une bonne chose», affirme Geoff Irvine, président du Conseil canadien du homard.

Face à cette réalité, des membres de l’industrie canadienne étudient leurs options. L’une des solutions proposées est la carpe asiatique.

L’espèce invasive est la vedette de nombreux vidéos dans les réseaux sociaux dans lesquelles on peut les voir sauter en dehors de l’eau au passage de bateaux. Effrayés par le bruit des moteurs, ces poissons peuvent sauter jusqu’à 3 mètres au-dessus de la surface de l’eau.

Le «poisson sautant» fait des ravages dans des rivières américaines et menace les écosystèmes des Grands Lacs. Importés dans le sud des États-Unis de la Chine et de l’Union soviétique dans les années 1970, comme moyen de lutter contre les algues, les plantes et les escargots, des poissons se sont échappés dans la rivière Mississippi lors d’inondations. Capables de consommer 5% à 20% de leur poids chaque jour, ils dominent certaines régions, représentant jusqu’à 80% de la biomasse marine.

Des dizaines de millions de dollars ont été investis par le gouvernement canadien afin de prévenir que la carpe asiatique envahisse les Grands Lacs.

La carpe asiatique comme appât pour la pêche au homard est ainsi présenté comme solution gagnant-gagnant par des promoteurs comme Patrick J. Swim, de l’entreprise néo-écossaise Canadian Atlantic Lobster.

Le président-directeur général de l’entreprise milite pour depuis des mois que le poisson puisse être autorisé au Canada.

L’Agence canadienne d’inspection des aliments n’a cependant pas encore donné son feu vert à son importation.

À l’heure actuelle, la carpe asiatique est interdite au Canada puisqu’elle ne répond pas aux normes du Programme national sur la santé des animaux aquatiques.

«Jusqu’à ce qu’une entente négociée puisse être conclue et que les États-Unis puissent satisfaire aux exigences en matière d’importation du Canada, le produit n’est pas admissible à l’entrée au Canada», a affirmé une porte-parole dans un courriel envoyé à l’Acadie Nouvelle.

L’État du Maine étudie également la possibilité d’autoriser l’utilisation des carpes asiatiques comme appât, selon Undercurrent News, média spécialisé des fruits de mer. Des scientifiques du US Fish and Wildlife Service mènent des tests afin de savoir si les carpes sont porteuses d’une maladie mortelle contagieuse nommée septicémie hémorragique virale.