La vie heureuse d’une femme âgée de 104 ans de Cocagne

La doyenne de Cocagne Agnès Dupuis conserve son sens de l’humour, sa forme physique et sa joie de vivre. L’Acadie Nouvelle est allée à sa rencontre mercredi, alors qu’elle a soufflé 104 bougies!

«Mon mari travaillait dans l’électrique. Il est mort à l’âge de 84 ans, il y a 30 ans», raconte Agnès Dupuis.

Après une pause, elle ajoute en riant: «là, je suis bien. Je n’en veux pas un autre!»

Dans une petite maison nichée au sommet d’une colline au bord de la mer, à Cocagne, Mme Dupuis vit en pleine autonomie depuis une trentaine d’années. Pas question d’utiliser sa canne pour marcher – elle en a une, mais elle ne quitte jamais un coin du salon derrière une chaise berceuse -, et pas question de déménager dans un foyer de soins.

«Me faire dire à quelle heure me coucher? Non merci!» dit-elle, encore en riant.

Mme Dupuis mène une vie humble et heureuse. Les samedis et les dimanches soirs, elle joue aux cartes avec des amis. Elle a la parole facile et profite de chaque occasion pour démarrer une conversation. En semaine, elle partage son temps entre écouter la radio CJSE, prier et regarder la télévision.

«J’écoute la Roue de fortune et Jeopardy. Parfois j’écoute Three’s Company. Ils sont comiques ces trois-là.»

Comment conserver une telle vitalité à 104 ans? C’est partiellement grâce aux gènes, croit Mme Dupuis, ainsi que les bonnes habitudes de vie.

L’action parlant plus fort que les mots, Mme Dupuis a fait une démonstration de son appareil qui simule une randonnée en vélo. Entre deux histoires sur sa jeunesse et sa famille, elle a complété 104 tours de pédale, comptant chaque coup à voix haute.

Agnès Dupuis, âgée de 104 ans de Cocagne, fait une démonstration de son appareil qui simule pédaler sur un vélo. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Elle croit aussi dans ses petits déjeuners santé, composés de céréales avec farine d’avoine, ail, lin, germe de blé, bananes et bleuets. Le seul médicament qu’elle prend est sa «pilule pour la pression». Elle prend aussi chaque jour une capsule d’huile de foie de morue.

«Je ne me lamente pas», affirme-t-elle à propos de sa qualité de vie.

L’an dernier, se plaignant d’un mal au genou, Mme Dupuis souhaitait obtenir une genouillère pour l’arthrose. Un physiothérapeute de Bouctouche, Brian McGrath, lui a plutôt proposé de suivre le programme GLA:D (Good Life with osteoArthritis from Denmark). Ce plan d’éducation et d’exercices vise à contrôler la douleur et améliorer la fonctionnalité des genoux et des hanches de personnes atteintes d’arthrose.

Ainsi, en décembre dernier, elle est devenue la Canadienne la plus âgée à compléter le programme.

C’est avec fierté qu’elle montre des photos d’elle complétant une variété d’exercices prescrits dans le programme, dont la planche.

Agnès Dupuis, âgée de 104 ans de Cocagne, fait la planche dans le cadre d’un programme pour diminuer les symptômes d’une arthrose au genou. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

«Ça m’a aidé. Je continue à le faire à la maison, deux fois par semaine. Il y a certains élastiques que je ne peux pas utiliser tout seul. J’ai l’aide de mes filles, mais je me lève et je fais la majorité des choses moi-même.»

Mère de six enfants, grand-mère de neuf et arrière-grand-mère de 11, la femme originaire de Bouctouche Cove a traversé de nombreuses époques. Née jumelle au plein coeur de la Première Guerre, en 1915, elle conserve des souvenirs du temps de la Deuxième Guerre, pendant laquelle son frère Adélard a perdu la vie.

Aucunement nostalgique du temps passé, elle est d’avis que la vie est bien plus facile aujourd’hui.

«Un temps, on était pauvre. On avait de la misère. Il fallait qu’ils pêchent l’éperlan et qu’ils tuent des cochons pour manger en hiver. Quand j’étais à l’école, c’était le pain et la mélasse. Si on manquait une journée d’école à cause d’une tempête sur la semaine, on devait y aller le samedi.»

«On est mieux qu’on était.»