Le maire de Caraquet est revenu bouleversé de son périple à Auschwitz

Kevin Haché porte le petit drapeau multicolore sur son veston, du côté du coeur. Il se considère chanceux de pouvoir le faire aujourd’hui, dans un monde qui accepte sa «différence». Car il n’y a pas si longtemps, ce petit drapeau aurait très bien pu être un triangle rose. Le triangle rose de la mort…

Auschwitz. Un endroit célèbre. Un camp de concentration. Les fameux et horrifiants couloirs de la mort, où les Juifs et les homosexuels y entraient nus et en ressortaient gazés et brûlés…

Il y a deux semaines, le maire de Caraquet y était. Pas en simple touriste qui, par un heureux hasard, se trouvait en Pologne. Il voulait y aller. Il voulait être là. Il voulait marcher dans les pas de ceux que les Nazis ont persécutés jusqu’à les éliminer, uniquement parce qu’ils étaient «différents».

Il en est revenu marqué. Bouleversé. Choqué.

En cette Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, cet avocat de carrière a accepté de raconter cette expérience, pendant la conférence de presse lançant la programmation du 3e Rendez-vous de la fierté Acadie Love, à Caraquet.

Il l’a fait avec des mots simples, directs et francs. Des mots qui vous font lever le poil des bras, comme on dit.

«J’ai pris deux semaines de vacances. J’ai choisi d’aller en Allemagne et en Pologne. Je suis allé à Auschwitz parce que ça faisait longtemps que je voulais y aller. Durant la visite, on nous a amenés dans les chambres à gaz, où on tuait les gens. Je me suis alors imaginé que j’étais un homosexuel avec un triangle rose, marchant vers un endroit où je croyais que j’allais me déshabiller et prendre une douche. Et là, je suis tué, je suis brûlé dans un fourneau juste à côté et mes cendres sont jetées dans une rivière, là où je suis oublié…»

C’était pendant la Deuxième Guerre mondiale, ça. Pas il y a mille ans. Auschwitz est devenu un douloureux souvenir du traitement des Nazis envers la communauté homosexuelle.

Les émotions étaient fortes à ce moment. Elles le sont tout autant dans son esprit, deux semaines plus tard.

«C’était extrêmement fort d’imaginer que j’aurais été tué juste parce que je suis qui je suis. C’est venu me chercher. J’ai trouvé ça vraiment difficile, car ç’aurait pu être moi à cette époque. De voir qu’un homme a pu mener cette idéologie contre les Juifs et les homosexuels, ça m’a bouleversé», raconte-t-il.

Mais encore aujourd’hui, Kevin Haché rappelle que la communauté LGBTQ2+ n’a pas encore la voie tout à fait libre dans de nombreux pays. Et même ici, au Canada, un pays pourtant réputé pour sa tolérance, ajoute-t-il.

«On mettait à mort des gens pour leur orientation sexuelle chez les Nazis. Encore aujourd’hui, on lapide des gens pour ça dans certains pays. Je retiens de tout ça qu’il n’y a encore rien de gagné pour nous. Il y aura toujours de la haine, quand on regarde ce qui se passe aux États-Unis avec la droite ou Europe contre l’immigration et les personnes gaies. C’est un combat constant et tout ça ne tient qu’à un fil», croit celui qui se dit choyé et honoré de pouvoir représenter les citoyens de sa ville en toute quiétude avec son orientation sexuelle.

Le maire de Caraquet réfute l’idée qu’un festival comme Acadie Love n’est qu’une petite goutte d’eau dans un océan de discrimination et de haine.

«Il faut commencer avec une goutte pour faire un océan. Pas de goutte, on se retrouve dans un désert. Nous avons encore des jeunes, ici chez nous, qui ne peuvent s’affirmer et qui ne sont pas aimés pour qui ils sont. C’est pourquoi ça justifie des événements comme Acadie Love. Il faut continuer à faire de la promotion, à parler de l’acceptation et à organiser ce genre d’événement pour que les gens sachent qui nous sommes et qui nous pouvons aimer», continue-t-il.

Kevin Haché n’a pas ramené de souvenir physique d’Auschwitz. Même pas une petite pierre. Il n’en avait pas besoin. C’est gravé dans sa mémoire à tout jamais. Et dans son drapeau multicolore, épinglé sur son veston, du côté du coeur.