Faux médium, vrai abuseur sexuel

Un entrepreneur du Sud-Est est condamné à quatre années d’emprisonnement après avoir utilisé sa réputation de médium pour avoir des relations sexuelles avec une mineure. L’homme âgé de 59 ans maintient son innocence.

Entouré de nombreux membres de sa famille, Anthony Blain Doiron a reçu sa sentence, mercredi après-midi, au Palais de justice de Moncton. Le propriétaire et ancien propriétaire de 14 entreprises du Sud-Est a été déclaré coupable, en novembre, d’avoir touché une personne âgée de moins de 16 ans à des fins sexuelles et d’avoir incité une personne âgée de moins de 16 ans à avoir des contacts sexuels avec lui.

Les actes en question se sont produits sur une période de 10 mois, du 1er juin 2013 au 1er mars 2014, dans la résidence de M. Doiron à Memramcook. Il a été déclaré coupable à la suite d’un procès qui a duré 10 jours, l’été dernier.

Le juge de la Cour provinciale, Paul Duffie, a décrit les faits, mercredi, avant de livrer sa sentence.

Il a expliqué que la victime devait déménager chez M. Doiron – un membre de la famille – pour une période de trois semaines afin d’apaiser un conflit entre sa mère et elle. L’élève de 8e année devait retourner à la maison à la fin de son année scolaire. Elle a cependant habité chez M. Doiron pendant près de 10 mois.

M. Doiron était reconnu par plusieurs membres de la famille comme ayant des pouvoirs de médium. Selon le récit des faits, en se couchant sur un sofa, «il pouvait tomber en transe ou en rêve et des esprits parlaient à travers lui».

C’est ainsi que l’esprit d’une femme «a apparu à la victime» et lui a dit «qu’elle était prête à l’aider avec ses difficultés relationnelles avec sa mère». Leur relation s’est développée au point où la victime a discuté de ses seins avec l’esprit, lui parlant de préoccupations entourant leur développement. L’esprit, «à travers le corps de M. Doiron» a avancé l’idée qu’étant donné qu’elles sont toutes deux des femmes, elle pouvait lui montrer ses seins.

La proposition a rendu la victime inconfortable, et elle a refusé. La relation a cependant continué, et l’esprit lui a suggéré de rencontrer un esprit de son âge. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance – par le biais de M. Doiron – de l’esprit d’un garçon âgé de 16 ans nommé Martin, suicidé en raison d’une peine d’amour.

«Avec le temps, la victime devient amoureuse de Martin, et croit dans cette normalité. Plusieurs relations intimes entre M. Doiron – si on veut, Martin – et la victime ont eu lieu au nom de Martin tout au long du séjour de la victime chez M. Doiron», a mentionné le juge Duffie.

Les contacts sexuels incluent «des attouchements, des fellations et des relations sexuelles complètes» alors que M. Doiron était en position d’autorité et de confiance. Le nombre d’attouchements n’est pas connu. Trois autres adultes habitaient dans la maison de M. Doiron, soit son épouse, son beau-frère et sa belle-soeur.

La victime a fait une déclaration lors de l’audience sur la détermination de la peine. Le juge Duffie l’a cité, mercredi.

«Depuis que j’ai donné ma déclaration à la police et que j’ai commencé à en parler ouvertement avec des professionnels et mon entourage, j’ai été capable de finalement réaliser – par moi-même et avec beaucoup d’aide – que ce qui m’est arrivé n’était pas pour mon bien, comme je le croyais.»

«Je m’étais réellement fait manipuler et abuser sexuellement par un adulte à qui j’avais le plus de confiance.»

Depuis, la victime a développé des problèmes d’estime de soi, elle a éprouvé des difficultés dans ses études et elle fait des crises d’anxiété. Elle a même fait une tentative de suicide et a dû être hospitalisée.

Anthony Blain Doiron a aussi pris la parole lors de l’audience sur la détermination de la peine. Celui qui était âgé de 54 ans au moment où les actes desquelles il a été trouvé coupable se sont produits maintient son innocence.

L’avocat de M. Doiron a soumis à la cour des lettres d’appui témoignant de son «grand coeur, de sa bonne réputation et de sa vie exemplaire jusqu’aux incidents».

«Il dit qu’il était totalement surpris et en choc du fait qu’il soit accusé d’agressions sexuelles. Il ne comprend pas pourquoi elle a voulu faire de telles déclarations», mentionne le juge Duffie.

Les procureurs de la Couronne avaient recommandé une peine de 5 années d’emprisonnement, alors que l’avocat de la défense demandait plutôt 2 ans derrière les barreaux.

En plus de l’incarcération, M. Doiron est soumis à une interdiction de possession d’armes de 10 ans, son nom sera inscrit au registre des délinquants sexuels pour une période de 20 ans et il devra soumettre un échantillon d’ADN.