Regarder droit devant, sourire et ne jamais baisser les bras: le combat de Sabrina contre le cancer

Sabrina Losier lutte depuis près de trois ans maintenant contre une forme de cancer particulièrement agressif. Malgré tout, la jeune Restigouchoise tente de demeurer positive et n’hésite pas à raconter son histoire.

Vous avez peut-être déjà lu ou entendu l’histoire de cette jeune battante de Saint-Arthur.

Charmante à souhait avec ses courts cheveux blancs – une gracieuseté de la médication –, elle est surtout extrêmement touchante. Tantôt souriante, tantôt avec la voix légèrement tremblante, elle raconte ses trois dernières années, et ce qu’elle attend de celles restantes.

Âgée de 25 ans à peine, on a diagnostiqué à Sabrina un rhabdomyosarcome, un cancer des tissus mous qui s’attaquent généralement aux enfants et très rarement au stade adulte.

Le verdict de sa maladie est tombé en juillet 2016, tout juste après l’obtention de son diplôme en science infirmière. Une bombe qui viendra bouleverser sa jeune carrière, mais aussi sa jeune vie. Traitements obligent, elle n’aura évidemment pas la chance de pratiquer son métier bien longtemps. Deux mois à peine.

En raison de la nature particulière de son cancer, Sabrina a été traitée dans un hôpital spécialisé, à Québec. Une multitude de séances de chimiothérapies et de radiothérapies l’attendaient. Et ceux-ci ont donné des résultats encourageants. Après dix mois de traitements, elle a été déclarée en rémission.

Mais le cancer était loin d’avoir dit son dernier mot.

À l’automne 2017, Sabrina a découvert des bosses sur un sein et des examens démontreront que la terrible maladie s’est propagé à d’autres endroits de son corps. En décembre, la nouvelle est tombée: dorénavant, les traitements n’allaient plus être curatifs, mais palliatifs.

«Ils allaient être destinés à me maintenir confortable, à me donner une certaine qualité de vie en attendant… Mais je suis toujours là», souligne avec sourire la jeune femme, fière d’avoir déjoué les pronostics de plusieurs mois déjà.

Nouveau regard

En dépit du fait que le monde lui est tombé sur la tête, Sabrina a toujours a choisi d’être très ouverte, très transparente, sur sa maladie, enchaînant les textes et les vidéos sur les médias sociaux. Son objectif n’est pas de devenir un centre d’attention, mais il était hors de question de se taire et de laisser toute la place à la maladie.

Sabrina Losier avoue avoir énormément cheminé au niveau personnel suite à sa maladie. – Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

Elle raconte notamment avoir beaucoup cheminé personnellement, surtout dans la façon d’aborder la vie.

«Ça m’a fait évoluer, peut-être plus rapidement que prévu, que je l’aurais souhaité. Ce qui était bon en moi est devenu meilleur, et le moins bon a fini par prendre moins de place. Si mes écrits et mes vidéos peuvent inspirer certaines personnes, les emmener à porter un regard plus positif sur la vie, tant mieux», mentionne la jeune femme.

Si elle tente de demeurer positive, elle ne cache pas avoir vécu des épisodes plus sombres, empreints d’anxiété et de grand stress.

«J’ai fait une dépression. La phase de la rémission fut particulièrement difficile. J’étais épuisée physiquement, psychologiquement et émotionnellement. Je n’avais tout simplement pas la force de reprendre une vie normale. À mes yeux, une dépression est pratiquement pire qu’un cancer, car tu ne vois plus ce qui est beau autour de toi, tu perds l’espoir», relate-t-elle.

Aujourd’hui, Sabrina est suivie sur les médias sociaux par des centaines de personnes qui prennent de ses nouvelles, qui l’encouragent.

«Je reçois vraiment beaucoup de messages, et nombreux de la part de personnes que je ne connais pas. Malheureusement, je n’ai pas le temps ni la force de répondre à tout le monde. Mais je les lis tous et je les apprécie énormément», précise-t-elle.

Objectifs

Optimiste mais aussi réaliste, Sabrina ne se raconte pas d’histoires. Elle sait qu’elle a parcouru plus de chemin qu’il ne lui en reste en banque. Ce temps est précieux et elle compte bien l’utiliser judicieusement. Au-delà de sa présence sur la toile, elle songe à préparer des conférences. Elle veut également jeter sur papier son expérience de vie. Mais par-dessus tout, son grand rêve est de faire le tour du Canada, un road trip d’un océan à l’autre.

«Peut-être à la fin de l’été ou bien cet automne, j’aimerais vraiment ça. Mais on prend la vie une journée à la fois. On verra comment les choses progressent.»

L’autre combat de Sabrina

Les traitements médicaux subis en 2018 ont non seulement réussi à maintenir Sabrina en vie, ils ont fait reculer momentanément la maladie. À un certain point, on osait même rêver à nouveau de rémission.

Ça, c’était jusqu’en mars dernier. De nouveaux examens ont alors révélé le retour en force de la maladie, notamment à la hauteur des poumons et de l’abdomen. C’est là qu’on lui a proposé de suivre un traitement avec un nouveau médicament, le Votrient (pazopanib), un traitement visant à freiner la progression de la maladie.

Mais il y a un mais… Bien que reconnu et autorisé par Santé Canada, le pazopanib n’est pas sur la liste des médicaments remboursés par la province du Nouveau-Brunswick, du moins pas pour la situation à Sabrina. Celle-ci a d’ailleurs appris la semaine dernière que sa compagnie d’assurance allait enjoindre le pas à Fredericton et ne pas rembourser le médicament.

«Ils payent si le médicament est utilisé pour traiter certains types de cancers, mais pas celui que j’ai. Pourtant, depuis que j’ai ce traitement, je me sens beaucoup mieux, ça semble fonctionner. J’ai plus d’énergie, mes cheveux commencent même à repousser. Mon oncologue a écrit une lettre avec des copies d’article scientifiques pour plaider ma cause, mais ça n’a rien changé», explique-t-elle, ajoutant qu’il est d’autant plus frustrant que le médicament est remboursé tout juste de l’autre côté du pont interprovincial, au Québec.

Au total, c’est près de 4500$ par mois qu’elle doit débourser. Une source de grand stress pour elle et sa famille.

«C’est déjà tellement un fardeau que de se battre pour vivre, il me semble qu’on ne devrait pas avoir à se battre contre le système en plus. On ne devrait pas se demander si on pourra ou non avoir assez d’argent pour payer un médicament semaine après semaine», souligne Christina, la sœur jumelle de Sabrina.

Encore là, ce traitement ne vise pas tant à guérir Sabrina qu’à stabiliser son état, à prolonger sa vie et en améliorer la qualité.

«C’est enrageant. À mes yeux, ce médicament signifie plus de temps en compagnie de ma sœur, et ça, ça n’a pas de prix», ajoute Christina, qui ne mâche pas ses mots contre le gouvernement et les assureurs.

Pour sa part, Sabrina mène un combat plus effacé.

«Je ne sais pas ce qui s’en vient pour moi, ni quand, alors j’essaye de rester dans une place d’amour, sans trop de conflits, de rage et de colère. Mais c’est certain que j’aimerais pouvoir faire changer les choses, ne serait-ce que pour ceux qui risquent de se retrouver dans la même situation que moi dans le futur», dit-elle.

Aide de la communauté

Heureusement, la communauté est derrière la jeune femme. Récemment, la sœur jumelle de Sabrina a mis sur pieds une campagne de sociofinancement destinée à l’aider avec les lourdes dépenses liées au nouveau protocole de traitement. La communauté a d’ailleurs répondu rapidement et avec beaucoup d’aplomb, si bien que l’objectif de 15 000$ a déjà été surpassé.

En théorie donc, cela devrait permettre à la famille Losier de souffler un peu financièrement pour les trois prochains mois.

À cela s’ajoute l’aide de nombreuses entreprises et commerces locaux. «Pour être franc, c’est un peu gênant d’accepter l’argent des autres», avoue le père de Sabrina, Luc Losier, qui, bien malgré lui, a néanmoins appris à composer avec cette réalité.

«Je me souviens que lorsque la situation était inversée, j’étais content de pouvoir donner un peu pour les gens qui étaient malades et qui en avaient besoin. On a tous notre fierté. Mais je dois dire que ça fait du bien de ne pas avoir à se soucier de l’argent. On apprend à apprécier l’aide», note-t-il.