Mécanicien à Québec, fermier à Richibouctou-Village

À 20 ans, Alec Maillet-Haydock a quitté son emploi de mécanicien automobile à Québec pour démarrer une ferme dans Kent-Nord. Trois ans plus tard, le propriétaire de la Ferme chez Mame et Pape de Richibouctou-Village se rapproche chaque jour de sa vision du jardinier maraîcher.

Alec Maillet-Haydock est l’image même de la nouvelle génération de fermiers à petite échelle. Avec ses dreadlocks, ses salopettes et son sourire facile, il est toujours prêt à décrire avec enthousiasme les projets innovateurs de sa ferme biologique.

Le jeune fermier pratique la culture intensive de légumes et de fruits sur un site mesurant environ trois quarts d’acre sur la propriété de ses grands-parents. Membre de la quatrième génération à exploiter le terrain pour l’agriculture, il n’utilise aucun fertilisant chimique ou pesticide et effectue la majorité de ses travaux à la main.

En 2018, il a utilisé environ un litre d’essence, au total.

Fils d’une mère originaire de Richibouctou-Village, il a passé plusieurs étés de sa jeunesse dans la région de Kent pendant qu’il faisait ses études dans des écoles de Québec. Après avoir obtenu son diplôme, il a travaillé pendant quatre ans en tant que mécanicien automobile dans la capitale québécoise.

La vie de ville n’était cependant pas pour lui. Vers la fin de l’adolescence, il avait déjà commencé à rêver de déménager à Richibouctou-Village afin de fonder sa propre ferme. En peu de temps, le rêve s’est transformé en objectif sérieux et le jeune homme a commencé à planifier sa transition vers l’Acadie rurale.

«J’avais terminé ma formation et j’avais toutes mes affaires. Mais j’étais un peu dans le néant, je ne savais pas quoi faire. Je me demandais quelle était la prochaine étape pour moi. J’ai parlé pendant près d’un an et demie avec ma mère à propos du fait que j’aimerais revenir par ici, puis être dans la nature. C’est là que je suis bien.»

Après avoir soufflé sa 20e bougie, il y a trois ans, il a déménagé à Richibouctou-Village. Autodidacte, il passe ses hivers à lire des livres sur l’agriculture. Il a entrepris certaines démarches afin de travailler dans des fermes biologiques de la région – dont la Ferme Alva à Saint-Charles – afin de gagner de l’expérience.

Sa première saison dans Kent, il a planté un petit jardin de subsistance. Depuis, il cultive des fruits et des légumes qu’il vend au Marché des fermiers de Bouctouche. Même s’il doit travailler de longues heures, il n’a «aucun regret» d’avoir quitté la ville pour s’établir en campagne.

«Je ressentais une pression sociale là-bas. Ici, les gens aiment avoir des potins, mais ils ne viendront pas te tanner avec ça. Les gens s’occupent de leurs choses tout en étant super gentils. Il y a une belle communauté. Les gens s’appuient et s’entraident. J’ai aussi beaucoup de famille ici: il y a beaucoup de Maillet dans le coin.»

Des techniques innovatrices

Une portion importante de la ferme de M. Maillet-Haydock ressemble au modèle élaboré par Jean-Martin Fortier dans son livre populaire Le Jardinier Maraîcher. Il prépare des planches mesurant 30 pouces sur 50 pieds (0,75 mètre sur 15 mètres) où il cultive des aliments traditionnels comme la laitue, les carottes, les haricots et les navets.

Il est aussi passionné de l’expérimentation, cultivant des espèces moins populaires comme le houblon et les baies de goji. Son projet comprend des vivaces, comme les asperges, et des fruits, comme les pommes et les bleuets.

L’une des initiatives les plus uniques du fermier de Kent est son «verger expérimental», soit une collection d’environ 70 arbres et arbustes plantés sur un espace restreint de la ferme.

«Il s’agit d’une succession d’arbres qui pourront s’autofertiliser avec un petit apport en fertilisation. Il va y avoir une diversité de fruits, tout en s’assurant qu’on ne retrouve jamais deux fois le même fruit dans la même rangée. Les maladies et les insectes vont ainsi se propager plus tranquillement. C’est à peu près 100% le contraire de la monoculture.»

M. Maillet-Haydock utilise aussi une technique nommée le jardinage «en lasagne» sur une partie de sa ferme qu’il surnomme «les buttes».

Il explique qu’il a d’abord creusé une fosse de 4 pieds de largeur sur 3 pieds de profondeur avant d’installer des planches de bois au fond. Il a ensuite placé une série de couches de matière organique et de terre – telles les couches d’une lasagne – jusqu’à ce que le tout forme une petite butte au-dessus du sol.

«Les racines des plantes se rendent dans le bois pourri, ce qui diminue le besoin d’eau. Ça fertilise à mesure, parce que le bois se décompose. C’est très efficace pour les piments, les tomates et les cultures plus exigeantes en eau qui font de plus gros fruits.»

Enfin, le fermier de Kent s’occupe de ruches d’abeilles, qui se promènent dans sa ferme et dans les environs en fertilisant les plantes du secteur.

«Moi, mon loisir ce sont les abeilles. Je n’ai pas intérêt à aller dans les bars. J’ai fait mon temps là au Québec, et je trouve que c’est une perte de temps pour moi. J’aime mieux m’acheter des abeilles, des arbres et des semences qui ne me donneront peut-être rien comme revenu, mais qui me feront le plaisir de pousser une nouvelle patente.»

La fin de semaine dernière, Alec a accompagné Alain Rousselle, de la ferme Alva, pour la première fois de la saison au Marché des fermiers de Bouctouche.