Dix ans après sa fermeture, le Camp Canak renaîtra

Après plus de dix années de travail, l’équipe derrière la relance du Camp Canak de Kedgwick peut enfin pousser un soupir de soulagement. Le projet verra le jour!

«On l’a enfin notre camp!»

La présidente du comité de relance du Camp Canak, Margot Bujold, a eu beaucoup de mal à contenir ses émotions vendredi à Kedgwick. À ses côtés, une grande portion de la communauté s’était déplacée pour entendre la bonne nouvelle dans ce dossier, soit que le gouvernement fédéral allait délier les cordons de sa bourse et financer le projet à raison de 885 000$.

Le Camp Canak a servi comme camp de vacance et d’activités pour les personnes à besoins spéciaux, tant physiques qu’intellectuels. Il servait également de lieu d’hébergement afin d’offrir un répit aux familles. S’il s’adresse surtout aux familles du Restigouche-Ouest, celui-ci accueillait des clients de partout dans la province et s’était forgé une solide réputation.

Le camp a été en service pendant une trentaine d’années avant de devoir fermer ses portes en 2009, le bâtiment étant aux prises avec de sérieux problèmes de structure. La version améliorée doit voir le jour près des deux lacs de la municipalité et où il pourra accueillir une vingtaine de clients.

L’annonce de ce financement a été effectuée par le député de Madawaska-Restigouche, René Arseneault.

Annonce du financement fédéral pour le Camp Canak: Gilles LePage (député de Restigouche-Ouest), Janice Savoie (mairesse de Kedgwick), Margot Bujold (présidente du comité de relance) et René Arseneault (député de Madawaska-Restigouche). – Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

«Ce camp est unique et tellement important pour ses utilisateurs et leur famille. Je suis vraiment content qu’on puisse leur donner un coup de main et faire en sorte qu’il puisse enfin renaître», exprime le député fédéral

Il souligne que les projets socio-économiques n’ont malheureusement pas souvent la cote auprès des gouvernements.

«Pourtant, à mes yeux, c’est aussi important que du développement économique. On n’annonce pas la construction d’une usine ni un financement pour une compagnie, mais on vient en aide à nos familles, à une clientèle qui en a extrêmement besoin», ajoute le député.

Il faut dire par contre que l’investissement fédéral ne couvrira pas tous les frais, le projet de construction frôlant les 2 millions $.

«Mais cet apport du gouvernement est toutefois suffisant pour nous permettre de commencer les travaux. Aujourd’hui, on a ce qu’il faut pour construire un bâtiment adéquat», précise la vice-présidente du comité de relance, Marie-Christine Arpin, soulignant au passage que les travaux débuteront incessamment.

Depuis la fermeture du Camp Canak et la mise sur pied du projet de reconstruction, plusieurs milliers de dollars ont été récoltés au sein de la grande communauté du Restigouche-Ouest, que ce soit en argent ou en contributions diverses. Selon le dernier décompte – incluant la part du fédéral –, le camp aurait récolté près de 1,6 million $.

À cela s’ajoute un fonds – le fonds Soleil – mis sur pieds par Eddy Savoie, propriétaire des Résidences Soleil au Québec, un entrepreneur natif de Kedgwick. Cet argent servira notamment de fonds de roulement pour les premières années du camp, ce qui donnera un léger répit à la nouvelle administration.

Pour Mme Arpin, l’implication du fédéral vient mettre fin à plusieurs années de lutte et d’incertitude.

«On est tous soulagés, car ça fait longtemps qu’on travaille sur ce dossier et que la communauté s’attend à des développements. Au cours des dernières années, on a essuyé plusieurs refus, passer au travers toute une gamme d’émotion parce qu’on croyait que ça n’allait jamais aboutir. Mais cette fois, c’est la bonne», dit-elle, ajoutant que les grands gagnants de cette annonce, ce sont les familles.

Présent à l’annonce, le député provincial du coin, le libéral Gilles LePage, n’a pu de son côté passer sous silence l’absence de financement de la part de Fredericton pour cet important projet régional.

«J’ai un petit pincement au cœur ce soir, car j’aurais aimé que notre gouvernement soit aussi de cette annonce. On a consacré de nombreuses heures à ce dossier. Je suis déçu de ce qu’on n’a pas réussi à accomplir, mais aussi extrêmement heureux du résultat, de voir que ce rêve extraordinaire va enfin se réaliser», a souligné le politicien, invitant maintenant ses confrères au pouvoir à s’impliquer pour le manque à gagner.

Dans la salle, l’émotion était également palpable, particulièrement au niveau des familles des futurs clients, mais aussi d’anciens employés de l’établissement qui attendaient ce jour avec impatience.

C’est le cas, entre autres de Marguerite Lurette qui a œuvré au camp pendant 25 ans à titre de cuisinière et monitrice.

Joanne Normand et Marguerite Lurette, deux anciennes employées du Camp Canak heureuses d’apprendre que ce dernier rouvrira ses portes. – Acadie Nouvelle: Jean-François Boisvert

«Ça fait vraiment chaud au cœur d’entendre que ça va rouvrir. J’ai tellement aimé ces années. On sentait qu’on faisait du bien. Il y a tellement un grand besoin pour ce type des services. Ça venait de partout en province pour utiliser le camp Canak», se rappelle-t-elle.

Joanne Normand a pour sa part été directrice pendant trois années. Elle avoue avoir eu des frissons tout au long de l’annonce.

«J’ai vu tout le bonheur que ça apportait aux personnes qui venaient ici pour une journée ou une semaine. Certains attendaient ce moment toute l’année, c’était un cadeau pour eux. De mon côté, j’en ai retiré une expérience personnelle incroyable. C’est pourquoi ç’a fait aussi mal à tout le monde quand on a dû fermer. Mais heureusement, on sait maintenant qu’il va avoir une seconde vie», souligne-t-elle.