L’apiculture, un métier de plus en plus difficile

L’hiver a épargné les abeilles du sud-est de la province, mais il reste encore plusieurs défis à relever.

Denis Cormier, l’air satisfait derrière son chapeau à moustiquaire, examine la croissance de la reine d’une de ses ruches par un dimanche après-midi ennuagé.

«Elle a grandi. C’est une bonne nouvelle», marmonne-t-il avant de remettre la planche de bois dans une boîte qui bourdonne au rythme de dizaines de milliers d’abeilles.

Denis Cormier est apiculteur, un métier qu’il exerce par passion en plus de travailler dans le domaine de la construction.

Ces derniers temps, ce métier devient pourtant de plus en plus incertain.

L’an dernier, certains apiculteurs avaient perdu la quasi-totalité de leurs élevages après un hiver difficile.

Le climat devient de plus en plus imprévisible, ce qui menace d’affecter le train de vie des abeilles, selon Denis Cormier, qui est propriétaire de l’apiculture Petite Fleur à Haute-Aboujagane avec son frère Jeremy.

M. Cormier se dit chanceux d’avoir conservé une bonne partie de sa population d’abeilles cette année. Seulement 16% de ses ruches n’ont pas survécu au printemps froid, ce qui est en dessous de la moyenne.

«Depuis les deux ou trois dernières années, les printemps ne sont pas beaux, et c’est une période de temps très importante pour nous», dit l’apiculteur.

Mais le climat n’est pas la seule source d’inquiétude pour les éleveurs. La diminution du nombre de fleurs sauvages est de plus en plus alarmante.

La ferme Petite Fleur est entourée de champs abandonnés où les fleurs sauvages ont repris du terrain. Les abeilles ne manquent donc pas de pollen pour s’y nourrir, mais beaucoup d’apiculteurs n’ont pas cette chance, selon lui.

«Il y a des endroits où l’agriculture est de plus en plus moderne et où les fermiers éliminent les mauvaises herbes, et il ne reste plus rien pour les insectes.»

Il explique que les parasites et les maladies sont aussi problématiques.

Le varroa destructor, un parasite tenace, s’attache aux abeilles et se nourrit de leur sang en leur transmettant des maladies.

Bon nombre d’apiculteurs, dont Denis Cormier, prêtent leurs abeilles à des producteurs de bleuets et autres petits fruits afin d’en assurer la pollinisation.

Cependant, le stress du transport et le contact avec de nouvelles maladies peuvent aussi nuire aux petits insectes, selon Denis Cormier.

Dévastation des ruches

Paul Vautour, mentor de Denis Cormier, est apiculteur dans la région de Saint-Philippe, près de Moncton.

Il affirme que l’élevage se passe bien, mais qu’il est encore en train de se remettre de l’hiver 2018, qui avait dévasté 80% de ses ruches.

La sécheresse de l’été 2017 avait asséché les fleurs qui permettent aux abeilles de faire des provisions pour l’hiver. En manque de nourriture, l’essentiel de l’élevage de Paul Vautour n’a pas survécu.

«Ça va mieux maintenant, mais avec toutes mes pertes de l’an dernier, le nombre de ruches commence à diminuer.»

Il redouble d’efforts pour repeupler son élevage en divisant ses ruches, un processus qui crée de nouvelles colonies en y introduisant une nouvelle reine.

«Je commence à rebâtir et j’espère atteindre 100 ruches cet automne.»

L’apiculteur de Saint-Philippe a lui aussi remarqué la perte de fleurs sauvages.

Il affirme que beaucoup d’agriculteurs coupent leurs champs de luzerne et de trèfle avant la floraison pour nourrir leur bétail, ce qui enlève une source de nourriture aux abeilles.

«On ne peut pas dépendre des fermes pour nourrir nos abeilles, il faut qu’elles aient des fleurs sauvages», dit Paul Vautour.

Il mentionne que les gens devraient cesser de couper leur gazon si fréquemment afin que les pissenlits puissent nourrir les insectes.