Psychologues scolaires recherchés

La pénurie de psychologues dans le système d’éducation néo-brunswickois persiste. Selon des données obtenues par l’Acadie Nouvelle, des dizaines de postes sont présentement vacants.

Depuis des années, le secteur public peine à recruter des psychologues. Attirés par des salaires plus élevés et par des conditions de travail plus intéressantes, bon nombre de ces experts en santé mentale optent pour le secteur privé.

Le système scolaire n’y échappe toujours pas, comme le confirment des données fournies par les sept districts scolaires à l’Acadie Nouvelle.

Dans le système francophone, la situation semble sous contrôle; seulement 5 des 20 postes ne sont pas pourvus. Quatre d’entre eux sont occupés temporairement par des travailleurs sociaux.

La situation est bien plus préoccupante dans le système anglophone, qui compte 26 postes de psychologues. Seulement neuf d’entre eux sont occupés de façon permanente par des psys.

Treize postes sont vacants (ce qui comprend ceux occupés par intérim par d’autres professionnels tels que des travailleurs sociaux). Quatre autres postes sont vacants, mais les fonds inutilisés servent à retenir temporairement les services de psychologues du secteur privé.

Des visions très différentes du problème

Le gouvernement provincial et le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick s’entendent sur une chose dans ce dossier: la pénurie est bel et bien réelle.

Mais ils ne sont pas du tout d’accord sur ce qui la cause et sur les pistes de solution à privilégier pour la régler.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, estime que ce problème – qui perdure depuis plusieurs années – été été aggravé par le Collège des psychologues (qui régit l’accès à la profession) en rehaussant les critères d’admissibilité à la profession.

«On avait déjà une pénurie et ça va rendre la pénurie encore plus sévère. Ils prennent une situation qui est déjà vraiment difficile et ils vont la rendre impossible», dit-il en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

C’est qu’à compter de juillet 2020, les nouveaux psys devront avoir un diplôme d’études de niveau doctoral. Ceux qui détiennent déjà leur licence et qui n’ont qu’une maîtrise pourront continuer de pratiquer.

«C’est clair que ça va encore réduire le nombre de gens intéressés et aussi la capacité du système public à embaucher des psychologues à cause du montant d’argent dont ont besoin les gens détenant un doctorat», dit le ministre Cardy.

Selon lui, le Collège a rehaussé ses exigences en matière de formation pour que les psychologues puissent obtenir des hausses salariales, notamment dans le secteur public, où ils gagnent moins que dans certaines autres provinces.

Le hic, c’est que ce n’est pas ce qui va se produire, assure-t-il. Comme le gouvernement fait face à de sérieux défis financiers, il va simplement faire appel à d’autres professionnels, comme des travailleurs sociaux (plutôt que d’augmenter les salaires des psychologues scolaires).

Il dit valoriser l’expertise et la contribution des psychologues au système scolaire public. Ces experts sont trop peu nombreux dans les écoles et le recrutement serait certainement plus facile si les salaires étaient plus élevés.

Mais le Nouveau-Brunswick n’a tout simplement pas les moyens d’offrir des hausses, dit-il.

Pas juste une question d’argent, selon le Collège

La présidente sortante du Collège et professeure de psychologie au campus de Saint-Jean de l’Université du Nouveau-Brunswick, Dre Mary Ann Campbell, voit la pénurie très différemment.

Elle n’est pas du tout d’accord avec le ministre Cardy en ce qui a trait au rehaussement des exigences en matière de formation.

«Il y avait une pénurie longtemps avant que le Collège décide d’adopter la nécessité d’avoir un doctorat pour avoir sa licence de pratique. La pénurie n’est pas le résultat des changements apportés aux standards en matière d’éducation. C’est une situation préexistante», dit-elle d’entrée de jeu.

Plusieurs autres raisons expliquent les défis de recrutement vécus par les districts scolaires et d’autres pans du secteur public, dit-elle.

Il n’y a pas une pénurie de psychologues au Nouveau-Brunswick, dit-elle. Le problème principal, à son avis, est plutôt que peu d’entre eux veulent travailler pour l’État.

«C’est en partie en raison des facteurs salariaux, parce qu’ils peuvent gagner plus d’argent dans d’autres provinces. Mais c’est aussi à cause de ce qu’ils entendent à propos des conditions de travail des psychologues dans le secteur public, ce qui comprend le système scolaire et le système de soins de santé, les institutions carcérales et ainsi de suite.»

La Dre Campbell note que le Collège a effectué un sondage en 2017 pour mieux comprendre ce qui se passe au juste. Cela lui a permis de mieux saisir les enjeux.

«Il y a une différence dramatique dans les expériences des psychologues du secteur public. Les salaires, c’est le problème principal. Et il y a aussi une insatisfaction générale. Le niveau de satisfaction est plus bas dans le secteur public que dans le secteur privé.»

Il y a autres une foule d’autres choses qui pourraient être faites pour s’attaquer à la pénurie dans le système public, en plus d’augmenter les salaires, affirme-t-elle.

Elle croit que le système pourrait faire appel au plein potentiel des psychologues, être davantage à leur écoute, leur offrir des meilleures occasions de formation et de développement professionnels, entre autres.

Elle propose d’ailleurs la création d’un groupe de travail rassemblant des intervenants de divers horizons pour se pencher sur le dossier.
Entre temps, puisque la pénurie est pressante, elle souhaite que les districts scolaires fassent davantage appel aux psys du secteur privé pour combler temporairement les lacunes.

«Si on pouvait faire ça, je pense que ça aiderait pour que personne ne tombe dans les craques du plancher.»

Quant au ministre Dominic Cardy, il n’est pas particulièrement réceptif à l’idée de créer un groupe de travail tant que le Collège ne sera pas prêt à revoir sa décision d’augmenter les exigences en matière de formation.

«S’ils sont ouverts de changer ça, absolument, je suis ouvert d’avoir une discussion.»

Dominic Cardy fait remarquer qu’il y a des pénuries dans plusieurs autres pans du secteur public néo-brunswickois. Les enseignants, médecins, infirmières sont en grande demande.

«Les psychologues sont un élément d’un plus grand problème que l’on peut seulement régler – selon moi – avec un programme d’immigration et de formation.»

En matière de formation des psys c’est simple; il souhaite entre autres que le Collège des psychologues – dont il reconnaît d’ailleurs l’indépendance – réévalue sa décision d’exiger un doctorat pour accéder à la profession.

«Du côté de l’immigration, le gouvernement est en train de discuter et de développer un plan qui sera partagé au cours des prochaines semaines», ajoute-t-il.