Au moins 15 ans de prison pour le meurtre de sa conjointe

Le verdict est tombé lundi après-midi dans l’affaire Gilles Moreau, coupable du meurtre au second degré de sa conjointe, Brigitte Pelletier. L’ancien résident de Dundee a reçu une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans.

Le juge Frederick Ferguson a ainsi accepté la proposition conjointe des avocats de la poursuite et de la défense, soit que l’accusé ne puisse demander une libération conditionnelle avant d’avoir purgé 15 ans de sa peine. Les personnes reconnues coupables de meurtre au second degré ne sont pas admissibles à une libération conditionnelle avant d’avoir purgé entre 10 et 25 ans de leur sentence.

Ce dernier a conclu que cette proposition n’était pas exagérée et n’allait pas à l’encontre de l’intérêt de la justice. Il a souligné que, malgré certains faits atténuants (plaidoyer de culpabilité, dossier criminel vierge), les facteurs accablants étaient de loin supérieurs. On parle ici de la perpétration d’un geste de grande violence, d’avoir tenté de se débarrasser du corps de sa victime et des preuves, mais aussi d’avoir omis d’alerter immédiatement les forces de l’ordre et tenté de duper les enquêteurs.

«Cette affaire est tout à fait horrible et impardonnable. Le fait de terminer les procédures aujourd’hui ne signifie pas que tout est terminé pour la famille et les amis de la victime. Ceux-ci devront vivre avec ce souvenir pour le restant de leurs jours», a noté le juge.

L’affaire Moreau est certes la plus macabre à s’être déroulé au Restigouche au cours des dernières années. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’émotion était à fleur de peau auprès des membres de la famille de la victime présents en très grand nombre dans la salle de cours lundi après-midi.

En couple avec l’accusé depuis huit ans, Mme Pelletier a été assassinée il y a tout près d’un an à sa résidence de la rue Splude à Dundee.

Accusé au départ de meurtre au 1er degré de Mme Pelletier, l’accusé a reconnu sa culpabilité le 15 avril dernier à une accusation réduite de meurtre au second degré. Lors de sa comparution, il avait admis certains faits compromettants, notamment d’avoir poignardé à mort sa conjointe de l’époque puis d’avoir ensuite brûlé son corps ainsi que les preuves liées à ce crime dans le foyer extérieur.

Faits troublants

En Cour, le juge Ferguson a donné un peu plus de détails sur cette macabre affaire. On apprend ainsi que le meurtre a eu lieu de cinq à six semaines avant l’arrestation survenue le 28 juillet. Durant cette période, le meurtrier s’est fait passer pour sa victime sur les médias sociaux ainsi qu’auprès de son employeur. Aux membres de la famille de celle-ci, il racontait qu’elle était en maison de repos dans la région de Québec.

La journée du drame, il serait entré dans la chambre de sa conjointe et l’aurait poignardée à quatre ou cinq reprises à l’abdomen avec l’intention de mettre «fin à sa souffrance». Elle serait morte des suites de ces blessures. La lame du couteau a d’ailleurs été retrouvée dans les cendres du foyer extérieur. Au moment du crime, Gilles Moreau était alors dépressif suite à la perte de son emploi. Il avait également recommencé à boire après une période de sobriété de 18 ans.

Les policiers se sont intéressés à Gilles Moreau à la suite d’un appel d’une des sœurs de la victime, inquiète de ne pas avoir de nouvelle depuis un certain temps. Le 28 juillet, ils se sont rendus à la résidence de Mme Pelletier et y ont trouvé le meurtrier. Refusant de sortir, il a tenté de les mettre sur une fausse piste quant à l’endroit où se trouvait sa conjointe. Par une fenêtre, les policiers ont toutefois pu apercevoir l’homme, couteau à la main et montrant d’importantes lacérations aux poignets. Celui-ci fut mis en état d’arrestation. Le lendemain, il est passé aux aveux.

Seuls quelques ossements de Mme Pelletier ont finalement été retrouvés à la suite de l’enquête policière, dont un ayant suffisamment d’ADN pour prouver son identité.

Au moment du crime, l’homme avait 55 ans, sa victime 54 ans.

Famille dévastée

Du côté de la famille de la victime, on soutient avoir traversé l’enfer en raison de cette histoire, un traumatisme tel qu’il risque de ne jamais vraiment disparaître. Deux des sœurs de Mme Pelletier ont d’ailleurs tenu à s’exprimer devant la Cour. Elles l’ont dépeint comme étant joviale, douce et pleine de vie, s’expliquant mal qu’une telle personne puisse connaître une fin aussi abominable.

«La mort de ma sœur a laissé un grand vide dans ma vie. Je repense sans cesse aux dernières heures de sa vie, si elle a souffert. Ma vie ne sera plus jamais la même», a souligné Marcella Pelletier.

Pour Johanne Arseneault, il n’existe pas de verdict juste pour ce geste «gratuit et disgracieux».

«Depuis ce geste, ma vie est brisée», qui a parlé à sa sœur pour la dernière fois le 13 juin 2018.

Dans le box des accusés,  est demeuré impassible du début à la fin des procédures, que ce soit lors des témoignages des victimes, du rappel des faits et de l’annonce de son verdict. Il n’a pas non plus tenu à s’adresser à la Cour avant l’imposition de sa peine. Son avocat avait auparavant souligné que son client était rempli de remords.

Violence inacceptable

Dans son verdict, le juge Ferguson n’a pas manqué de souligner la problématique de violence faite aux femmes. «Tous les 2,5 jours au Canada, une femme ou une fille est tuée. De ce nombre, 53% le sont par le conjoint. C’est un problème extrêmement sérieux, et c’est le temps que ça cesse», s’est-il exprimé.