Denis Losier se vide le coeur: «C’est une campagne de salissage!»

Le maire de la Municipalité régionale de Tracadie, Denis Losier, se vide le coeur. Il dénonce vivement les agissements des anciens maires de la Ville, et spécialement ceux de son prédécesseur Aldéoda Losier. «C’est une campagne de salissage», soutient l’élu, irrité par les lettres signées par six maires et envoyées à lui et au ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr.

Il y a une semaine, Aldéoda Losier (maire de 2008 à 2016, dont de 2014 à 2016 à la tête de la MRT), Jean-Eudes Savoie (2004-2008), André Morais (1992-1995), Raymond A. Losier (1986-1992 et 1995-2004), Gérard LaPlante (1980-1983) et Henri Thomas (1974-1980) ont uni leurs signatures au bas de deux documents.

Le premier, à l’intention du maire actuel, fait état d’une «situation de discorde au sein du conseil municipal», d’un «désintérêt et d’une perte de confiance envers le développement économique» de la municipalité, d’une «image négative» projetée à l’extérieur et dans les médias, ainsi que de la «nécessité d’aider le conseil à travailler et à progresser vers un climat de collaboration».

«Force est de constater qu’au lieu de progresser dans un esprit de collaboration, nous sommes témoins d’un conseil divisé et dysfonctionnel. Nous constatons malheureusement qu’il est devenu pratiquement impossible pour vous, Monsieur le maire, de jouer efficacement le rôle de leadership qui vous revient», ont exprimé les anciens maires, tout en admettant qu’il soit possible de redresser la situation.

«Notre intervention n’a pas pour but de montrer du doigt qui que ce soit ni de trouver des coupables, mais bien d’exhorter le maire à exercer son rôle selon la Loi sur la gouvernance locale», ajoutent-ils.

Ils reprochent aussi la décision du maire actuel de demander, à deux reprises et unilatéralement, la mise sous tutelle de la municipalité «sans en avoir discuté au préalable avec l’ensemble du conseil». Ils poursuivent que plusieurs allégations fausses ont été faites afin de discréditer les administrations précédentes.

Dans la lettre envoyée au ministre Jeff Carr, le groupe des six anciens maires demande qu’une démarche de conciliation soit entreprise, que la formation sur le rôle et la responsabilité des élus soit mise en place et que le ministère revoie le financement accordé à la MRT. Ils veulent également que cesse toute démarche visant à défusionner le projet Ensemble vers l’avenir.

«De quoi les ex-maires se mêlent-ils?»

Si Denis Losier estime que la lettre lui étant adressée n’a aucune incidence sur son travail, il en pense tout autrement de celle destinée au ministre.

«De quoi les ex-maires se mêlent-ils?», a-t-il accepté de commenter pour la première fois depuis la diffusion de ces lettres dans les médias.

Reprochant à ces ex-élus de ne pas avoir travaillé dans un contexte d’une municipalité de 16 000 personnes, à l’exception de son prédécesseur, le maire actuel prétend qu’il a hérité d’un conseil divisé en deux à son arrivée en 2016.

«Avec d’un côté le groupe pro-Aldéoda et de l’autre celui en faveur de la vision du maire actuel, un processus de conciliation ne sera pas efficace. C’est difficile de travailler comme maire quand tu te fais dire que je n’aurai jamais le pouvoir parce que le groupe pro-Aldéoda sera toujours en majorité», écrit Denis Losier dans un courriel envoyé au journal.

Il stipule que celui qu’il a vaincu en 2016 a mené ces réunions avec les cinq autres anciens maires et qu’il avait la promesse facile, malgré un manque de financement efficace et sans une modification de la taxation et de l’impôt foncier.

Denis Losier énumère plusieurs dossiers dans lesquels l’ancien maire de 2008 à 2016 n’a pas été capable de mener à bien.

Il lui reproche notamment la décision de brancher un réseau d’eau et d’égout en phase terminale au village de Saint-Isidore, l’investissement de plusieurs millions $ dans un mégaparc commercial à peine occupé, d’y avoir déménagé la succursale d’Alcool NB, d’avoir laissé dépérir plusieurs infrastructures essentielles à Tracadie, d’avoir acheté un chapiteau de spectacles qui cause aujourd’hui beaucoup de troubles, d’avoir fait l’acquisition du complexe de Ciné-Atlantik sans analyse approfondie des conséquences financières, d’avoir investi plus d’un demi-million $ dans un terrain situé à l’extérieur des limites de la MRT et d’avoir laissé en héritage au conseil actuel une situation financière difficile.

«Plusieurs membres du conseil actuel ont admis avoir eu des rencontres avec mon prédécesseur, poursuit Denis Losier. Il n’a jamais accepté sa défaite de 2016 et il ne veut pas lâcher prise. Les anciens maires parlent d’un manque d’éthique, de respect et de leadership du maire actuel. Je retourne le tout vers eux pour avoir placé nos citoyens devant une réalité où nous devons corriger les lacunes du passé.»

La défusion «n’est pas une option»

La défusion de la Municipalité régionale de Tracadie «n’est pas une option», soutient le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr.

Il regrette cependant que le conseil municipal actuel n’ait pas accepté l’aide de formation et de conciliation de Fredericton.

En mêlée de presse, le ministre a soutenu suivre de très près ce qui se déroule actuellement dans la principale ville de la Péninsule acadienne.

Il souligne la passion pour leur ville exprimée par le maire actuel et les anciens maires, dont il a reçu copie de la lettre la semaine dernière.

Une pétition de plus de 1300 signataires a aussi demandé à Tracadie la tenue d’un plébiscite pour le démantèlement du regroupement créé par le projet Ensemble vers l’avenir en 2014.

S’il mentionne que son ministère n’a pas le pouvoir de forcer les choses, M. Carr a néanmoins admis que le maire Denis Losier et les élus n’avaient pas accepté sa suggestion d’aide.

«L’échec de Tracadie, comme de toute autre municipalité fusionnée au Nouveau-Brunswick, n’est pas une option. Nous voulons que Tracadie soit un succès et nous comprenons que ça peut nécessiter une période d’ajustements. Nous avons proposé au maire et au conseil de la formation et de la conciliation, mais ils n’ont pas accepté. Ils veulent continuer de fonctionner à leur manière, mais le ministère est toujours prêt à les aider s’ils le demandent», a résumé le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

M. Carr trouve dommage cette situation qui perdure depuis des mois à la Municipalité régionale de Tracadie. Il implore les élus actuels et les anciens maires signataires de la lettre de mettre de l’eau dans leur vin et de collaborer à une solution régionale qui fera avancer la communauté.

Le ministre a également parlé de l’offre de Fredericton de 4,6 millions $ à la MRT accompagnant le transfert de l’entretien et la gestion des routes des DSL du territoire. La MRT a refusé, considérant notamment que ce sont «des miettes».

M. Carr se dit prêt à poursuivre les pourparlers avec la municipalité à ce sujet, mais n’entend pas pour l’instant bonifier financièrement cette proposition.

  • Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau