Le drapeau de la Première Nation mi’kmaque hissé au Port de Belledune

Le drapeau mi’kmaq flotte désormais en permanence devant les bureaux administratifs de l’Autorité portuaire de Belledune.

Moment historique mardi dernier alors que la direction du port de Belledune a hissé le drapeau aux couleurs des nations mi’kmaques. Celui-ci côtoiera désormais ceux du port, du Canada, et de la province.

Par ce geste symbolique, le port reconnaît se trouver sur un territoire autochtone ancestral et non cédé. Il vient également sceller – à sa façon – le protocole d’entente paraphé l’an dernier avec les Premières Nations, entente qui vise à accroître les relations entre les parties. En somme, l’administration portuaire veut les représentants autochtones à sa table, et ce, afin qu’ils fassent partie des discussions sur le développement et les projets.

«En terme de développement du port, on se doit désormais d’impliquer nos voisins des Premières Nations, on doit les consulter. On a établi de nouvelles règles du jeu pour les clients potentiels qui voudront venir s’établir ici. On veut que le développement qui se fait ici soit équitable et environnemental, et ce, pour toute la communauté», exprime le président-directeur général de l’APB, Denis Caron.

Il faut avouer que l’harmonie n’a toutefois pas toujours été de mise entre le port et les Premières Nations. Celles-ci ont notamment contribué largement à faire dérailler, il y a quelques années, le projet de Chaleur Terminal, projet qui prévoyait l’importation quotidienne, via le réseau ferroviaire, de milliers de litres de pétrole en provenance de l’Ouest canadien.

L’affaire s’était même rendu devant les tribunaux, les Premières Nations arguant ne pas avoir été consultées adéquatement. Cette nouvelle relation d’amitié sert donc à éviter ce type de tiraillement.

«Je suis personnellement arrivé en poste après cet épisode (de Chaleur Terminal), mais j’en ai conclu qu’il n’y avait pas assez de dialogue entre le port et la communauté en général, y compris les Premières Nations. C’est pourquoi on a pris l’engagement de mieux expliquer nos projets à l’avenir, de permettre à tous de bien les comprendre afin de prendre une décision éclairée à savoir s’ils l’appuient ou non», indique M. Caron.

Le port de Belledune est le tout premier port au Canada à s’être doté d’un tel protocole. Selon M. Caron, l’initiative a été saluée par le gouvernement fédéral et risque d’être imitée dans d’autres juridictions au pays.

«On espère que notre protocole et notre bonne relation avec les Premières Nations autochtones deviennent des modèles pour tous les ports du pays», souligne le PDG.

Bons voisins, bonnes relations

Plusieurs chefs mi’kmaqs s’étaient déplacés pour cette cérémonie historique de la première levée du drapeau, dont Sasha Labillois, nouvellement élue à la tête de la Première nation d’Eel River Bar.

«Le geste d’aujourd’hui constitue un signe de bonne foi de la part du port de Belledune, une volonté de faire en sorte que le protocole d’entente fonctionne. C’est d’ailleurs quelque chose qui pourrait être imité dans bien d’autres organisations de la région. C’est un signe de respect et de bon voisinage», exprime-t-elle.

David Peter-Paul, chef de la Première Nation de Pabineau, était aussi présent. Selon lui, ce symbole est loin d’être l’aboutissement d’un long périple, mais plutôt le début d’une grande et nouvelle aventure.

Il ajoute trouver «merveilleux» de voir les couleurs de sa nation flotter ainsi devant le port. Mais ce qui importe, dit-il, c’est la signification de ce drapeau, soit la nouvelle relation entre son peuple et l’administration portuaire.

«Pendant des années, le port a brassé des affaires sans se soucier des Premières Nations, mais aujourd’hui on reconnaît notre importance. Nous avons longtemps été relégués au simple rôle de spectateurs dans notre propre maison. Maintenant, nous serons aussi des participants», note le chef.

Selon lui, l’entente ouvre la porte à plus d’emplois pour les communautés autochtones, mais donne un certain droit de regard de celles-ci sur le développement souhaité dans cette région du nord.

«Nous ne sommes pas contre le développement ni contre l’économie. Notre population a besoin de travailler elle aussi. En fait, avoir un si haut taux de sans-emploi dans nos Premières Nations en 2019 est tout simplement inacceptable et le port peut jouer un rôle important pour changer la situation. Mais notre souhait demeure également de protéger notre terre, de protéger notre environnement. On va nous consulter et c’est exactement le type de respect que l’on recherchait depuis des années», rappelle M. Peter-Paul.