Les efforts pour contrer les ravages de la tordeuse du bourgeon de l’épinette fonctionnent

Les opérations d’épandages aériens visant à freiner la prolifération de la tordeuse du bourgeon de l’épinette débuteront avec quelques semaines de retard et seront moins nombreuses que l’an dernier.

Les températures plutôt froides qui persistent depuis le début de juin et de la fin mai freinent le début des opérations d’épandage.

«Notre fenêtre d’arrosage a été décalée d’environ trois semaines sur nos prévisions. On anticipe débuter les travaux aux alentours du 18 juin si les conditions météorologiques le permettent», explique Rob Johns, biologiste pour le compte du Centre forestier de l’Atlantique de la forêt, une branche du ministère des Ressources naturelles Canada.

Il serait inutile d’arroser à ce moment puisque les bourgeons d’épinettes, dont se nourrissent les larves de la tordeuse, ne sont pas encore suffisamment éclos. Il précise que le produit pulvérisé ne fonctionne pas au contact des larves. Celles-ci doivent l’ingérer avec leur nourriture.

Par ailleurs, on estime ne pas avoir à épandre l’insecticide sur un vaste territoire cette saison. L’an dernier, la pulvérisation a été intense avec un total de 220 000 hectares de forêts traités. Les experts avaient alors identifié quelque 120 points chauds, des zones où la tordeuse était plus concentrée et en forte densité. Ces zones étaient surtout situées dans le nord de la province.

Cette année, on s’attend à n’arroser qu’environ 10 000 hectares, et on ne parle que d’une douzaine de zones sensibles, notamment à l’ouest de Jacquet River. Le produit privilégié cette année sera le BTK, un insecticide biologique.

La raison de cette baisse considérable de l’épandage est simple: les traitements effectués jusqu’à présent semblent fonctionner. En fait, M. Johns souligne même que les résultats vont au-delà des espérances.

«On a noté une baisse considérable de la population (de la tordeuse) cette année comparativement à l’année dernière. On parle même d’environ 90% dans certaines zones largement infestées. Cela nous suggère que le travail effectué donne ainsi les résultats escomptés. C’est encourageant. La grande question est maintenant de savoir si l’on assistera à une recrudescence des populations. Ça demeure très difficile à prédire», soutient l’expert.

Car bien qu’il soit optimiste face aux récents résultats, M. Johns demeure prudent dans son pronostique. Pour lui, la bataille contre l’insecte est loin d’être gagnée, surtout que l’infestation fait toujours rage à grande échelle chez le voisin immédiat, le Québec. Là, les populations de tordeuses et leur densité sont énormes et toujours en croissance. Comme les insectes n’ont pas de frontière, les forêts néo-brunswickoises sont à risques, forçant la communauté scientifique à demeurer sur le qui-vive.

On se souviendra des étés 2016 et 2017 où de forts vents avaient transporté d’énormes nuées de papillons de nuit sur le Restigouche, contribuant ainsi à l’explosion de la tordeuse sur ce territoire.

«On n’est pas à l’abri d’autres épisodes du genre, de voir des parcelles de la population de tordeuse du Québec immigrer ici si le vent pousse les papillons dans la bonne direction. C’est ce qui rend les prédictions aussi difficiles», note M. Johns.

Quoi qu’il en soit, dans les zones traitées, on semble assister à une stabilisation du nombre de tordeuses. Selon M. John, l’idée n’est pas tant d’éradiquer l’espèce sur le territoire que d’en contrôler l’ampleur et de répondre rapidement aux débordements en provenance du Québec. Comme l’éclosion de la tordeuse du bourgeon de l’épinette dure depuis environ une douzaine d’années dans la Belle province – et qu’une telle épidémie dure généralement environ quinze ans –, M. Johns estime qu’il reste encore quelques années de travail pour contrôler les populations ici, au Nouveau-Brunswick.

«À moins d’une grande surprise, je ne crois pas que nous aurons à faire de l’épandage pour encore 20 ans. Cela dit, on pourrait être surpris, notamment en raison des changements climatiques. Mais nos estimations à l’heure actuelle sont que la menace prendra fin d’ici quelques années», dit-il.

L’arrosage contre la tordeuse en sera à sa cinquième année au Nouveau-Brunswick.