Santé mentale: des patients ne savent plus vers où se tourner

Au bout du rouleau, une jeune femme cherche de l’aide dans un système de santé qui peine à répondre à la demande.

Il y a quelques semaines, Gabrielle Gauthier conduit sa conjointe à l’urgence. Kelsey Ivany subit des attaques de panique de plus en plus fréquentes, de sorte qu’elles nuisent à sa qualité de vie.

Arrivées à l’urgence, une professionnelle de la santé lui prescrit simplement des antidépresseurs en lui intimant de prendre de grands souffles.

Kelsey, qui espérait pouvoir parler de ses problèmes avec un psychologue ou une infirmière de santé mentale, retourne chez elle frustrée et bredouille, sans savoir où se tourner pour régler ses problèmes.

«C’est rendu au point où elle ne peut plus fonctionner dans sa vie quotidienne, donc je me suis dit qu’on devrait aller à l’hôpital», raconte Gabrielle Gauthier.

Kelsey Ivany explique qu’il lui est difficile de trouver une porte d’entrée dans le système de santé pour obtenir de l’aide psychiatrique. Elle n’a pas d’assurance médicaments, et les frais de soins psychiatriques sont hors de portée.

«C’est un gros problème, ça me coûterait trop cher. Il y a aussi une liste d’attente de 2 à 3 ans à Moncton», explique la jeune femme.

Sa conjointe, Gabrielle, estime que Kelsey vit avec une dépression sévère et beaucoup d’anxiété, même si la jeune femme n’est pas diagnostiquée.

«Elle n’a personne pour l’appuyer», explique Gabrielle, qui estime que Kelsey a besoin de l’aide d’un professionnel de la santé mentale.

À la hausse

Dans les faits, elle n’est pas la seule à vivre ce genre de situation. Beaucoup de patients se présentent à l’urgence parce qu’ils éprouvent des problèmes de santé mentale.

C’est ce qu’affirme le Dr Serge Melanson, urgentologue à l’Hôpital de Moncton et président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

«Il n’y a pas de quart de travail où je ne vois pas au moins un patient qui se présente avec un problème de santé mentale. Certains jours, je vois plusieurs personnes qui sont touchées par ces problèmes», dit celui qui compte 15 années d’expérience dans le métier.

«On voit ça assez souvent, et c’est à la hausse», mentionne le Dr Melanson.

Il affirme qu’il est difficile de savoir s’il faut attribuer cette tendance à l’élimination des tabous qui entourent les troubles de santé mentale ou si ces problèmes sont réellement plus fréquents qu’ils ne l’étaient.

L’urgentologue remarque qu’il y a de plus en plus de gens qui souffrent de crises d’angoisse et de crises d’anxiété ainsi que de maladies comme la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie.

Mais est-ce que la salle d’urgence est bien équipée pour gérer ces cas?

«L’urgence a déjà bien des problèmes (d’achalandage), alors ce n’est peut-être pas toujours le meilleur endroit où traiter des problèmes en santé mentale, mais nous sommes en mesure de combler les besoins autant que possible.»

Il explique que bien des patients se rendent à l’urgence avec des «besoins réels» en santé mentale, mais ce sont des besoins qui ne menacent pas leur vie dans l’immédiat.

Manque de services

L’urgentologue reconnaît que ces personnes peinent à obtenir des services ailleurs et qu’elles se tournent vers la salle d’urgence.

Il peut être difficile faire son chemin dans le système de santé pour obtenir de l’aide, selon lui.

«Certains se sont rendus dans des cliniques ou chez leur médecin de famille et ont été redirigés, ou bien il y a des temps d’attente assez considérables », dit le médecin.

Il ajoute que certaines personnes n’ont pas d’assurance médicaments, ce qui constitue un obstacle additionnel. Elles doivent alors se tourner vers les services communautaires, où il y a des listes d’attente interminables.

«Qu’on le veuille ou non, c’est le système qu’on a. Il n’y a pas de doute qu’on gagnerait à avoir plus de services psychologiques publics pour ceux et celles qui vivent avec ces problèmes-là», dit le docteur Melanson.

Thomas Lizotte, porte-parole du Réseau de santé Vitalité qui dirige le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, explique qu’il ne peut répondre à aucune question liée à un cas spécifique.

Il invite par contre les personnes insatisfaites des services hospitaliers à porter plainte auprès du réseau.