Cannabis: la culture du secret reste bien enracinée chez les cultivateurs maison

De plus en plus de gens font pousser du pot à la maison, mais peu d’entre eux osent en parler à l’extérieur de leur quatre murs. La légalisation n’a pas changé la donne.

Depuis la légalisation, la vente d’équipement destiné à la culture du cannabis a monté en flèche et de plus en plus de gens cultivent cette plante chez eux.

Pour les adeptes de longue date par contre, la donne n’a presque pas changé. La culture du secret est encore bien présente, et la plupart des difficultés sont toujours là.

Racheal MacDonald est propriétaire du Green Corner, à Moncton, un magasin d’équipement de jardinage principalement axé sur la culture de cannabis.

Ses ventes ont bondi juste après la légalisation et cela se poursuit puisque de plus en plus de gens décident de faire pousser du cannabis chez eux.

«Beaucoup de gens sont venus nous voir depuis la légalisation pour nous poser des questions», dit l’entrepreneure.

Ceux qui veulent se lancer dans la culture intérieure de cannabis peuvent s’attendre à devoir débourser quelques centaines de dollars, mais la plante pousse tout aussi bien à l’extérieur moyennant un peu d’efforts.

Mme MacDonald n’a pas que des débutants comme clients. Plusieurs d’entre eux ont de l’expérience dans le domaine et ces gens-là tiennent à leur vie privée, selon elle.

Deux cultivateurs maison chevronnés ont accepté de nous parler à condition que l’on protège leur identité. Mais pourquoi rester anonyme, maintenant que le cannabis est légal?

Ces deux horticulteurs ne font pousser que quatre plants de pot chez eux, comme la loi le prescrit, mais ils craignent toujours les tabous associés à cette industrie.

Mais ils craignent les voleurs. Quatre plants de cannabis, avec un peu d’attention et d’expertise, produisent environ une livre de fleurs tous les trois ou quatre mois, ce qui peut valoir plusieurs milliers de dollars sur le marché noir.

«Le vol est une inquiétude constante. Si tu fais pousser du cannabis de manière sérieuse, la première règle, c’est de fermer ta gueule», dit Jérémie (nom fictif), un passionné de la culture du cannabis dans la région du Grand Moncton.

À cause des craintes associées au vol de pot et d’équipement, les cultivateurs haut de gamme font partie d’un club très sélect, et cela par nécessité.

«Ça a toujours été comme ça. Les seules personnes qui savent que je fais pousser du cannabis, c’est du monde qui en fait pousser aussi», affirme Jérémie en entrevue téléphonique.

Le cultivateur affirme que la plupart des gens qui visitent sa maison n’ont aucune idée qu’il possède quatre plants de cannabis dont il surveille minutieusement la croissance.

Et il a entouré sa maison d’un réseau de caméras de surveillance.

Nombreux sont les gens qui seraient prêts à prendre des risques pour mettre la main sur une grosse réserve de cannabis de haute qualité, même à ce jour, estime-t-il.

«On ne peut pas acheter de la qualité sur le marché récréatif. Même avant que ça soit légal, on en achetait dans un Ziploc et on avait une meilleure qualité que ce qu’on peut avoir aujourd’hui à Cannabis NB», selon Jérémie.

Il pratique la culture hydroponique du cannabis depuis quelques années. Avant la légalisation, il le faisait à l’aide d’un permis de culture médicale.

Connor (nom fictif), un autre cultivateur de cannabis de la région du Grand Moncton, affirme lui aussi qu’il a peur de se faire voler de l’équipement et de la marchandise.

«C’est un produit très dispendieux, et l’argent qu’on dépense pour le faire pousser comme il faut, ça représente un risque si quelqu’un veut le voler», dit celui qui fait pousser quatre plants de cannabis dans son appartement.

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle?

Malgré tous les maux de tête, Jérémie affirme qu’il conseille à ceux qui consomment du cannabis de commencer à en faire pousser chez eux.

«J’encourage le monde à le faire. C’est possible de faire pousser une plante meilleure que ce qui est disponible sur le marché récréatif dans ton garde-robe», dit-il.

Même son de cloche du côté de Connor.

«La qualité de (la plante) dépend de l’argent que j’investis dans mon projet. Ça coûte beaucoup d’argent, mais ça se rentabilise si tu le fais bien.»

Mais si la perception du cannabis et la culture du secret n’ont pas changé depuis la légalisation, est-ce qu’elles changeront un jour?

«Dans le futur, je crois que le marché noir va pousser l’industrie à s’adapter», dit Connor.

L’homme croit que la demande pour du cannabis de qualité pourrait faire augmenter le nombre de cultivateurs privés, et il espère que le gouvernement leur permettra de vendre leurs produits.

Connor estime que le marché noir ne disparaîtra qu’avec une plus grande ouverture du marché.

«Il y a des gens du marché noir qui sont déjà établis, qui ont un bon produit et une clientèle fidèle, et ils pourraient investir du temps et de l’argent pour rendre leur entreprise légale. Ce sera ces gens-là qui nous vendront du pot dans les prochaines années», espère-t-il.

Par contre, la pierre angulaire du marché du cannabis restera toujours en place, selon lui.

«On ne pourra jamais se défaire du gars qui vend du pot qu’il a fait pousser dehors à prix très réduit. Lui, il sera toujours là.»