U de M: budget déficitaire et hausse des droits de scolarité

L’Université de Moncton a adopté ce week-end un budget déficitaire. Pour corriger ce manque à gagner, l’établissement a notamment annoncé une hausse des droits de scolarité de 8%.

Cette hausse s’applique aux étudiants du Nouveau-Brunswick qui entament leur première année d’études en septembre 2019, aux étudiants des autres provinces du Canada et aux étudiants internationaux. Les étudiants et étudiantes du baccalauréat en science infirmière auront à payer des frais supplémentaires de 500$ pour aider à financer leur formation clinique.

L’augmentation se limite à 2% aux étudiants du Nouveau-Brunswick inscrits depuis 2018-2019 ou avant.

Au printemps, l’Université de Moncton a reporté la présentation de son budget après que le gouvernement Higgs ait annoncé des coupures d’environ 6 millions $ en subventions aux universités de la province.

L’U de M a été privée d’environ 1,5 million $, qui servait surtout à financer les programmes de formation en science infirmière, indique Jacques Paul Couturier, recteur par intérim de l’Université de Moncton.

La majorité du financement de l’université provient du gouvernement provincial. Environ le tiers provient des droits de scolarité.

«Le budget contient un important déficit causé avant toute chose par un manque à gagner dans notre financement provenant du gouvernement provincial pour notre programme de science infirmière. C’est un grand défi pour l’université, dans ces conditions, de présenter un budget qui est autre chose que déficitaire», dit M. Couturier.

La direction de l’Université de Moncton ajoute que cette décision n’a pas été évidente. Les membres du Conseil des gouverneurs de l’U de M auraient tenté de convaincre la province de changer d’avis à plusieurs reprises, mais sans succès.

«L’Université de Moncton joue un rôle clé dans la formation en science infirmière. La formation est coûteuse. Au cours des 10 dernières années, le gouvernement avait reconnu qu’il y avait des coûts supplémentaires pour les personnes en science infirmière. Aujourd’hui, on nous dit qu’il ne reconnaît plus ce coût.»

L’Université de Moncton prévoit toucher des revenus de 117 millions $ en 2019-2020 contre des dépenses s’élevant à 118 millions $.

«Un coup dur»

Les associations étudiantes de l’université n’ont pas tardé à réagir à cette annonce. Pascale Rioux, présidente de la Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton, avait du mal à cacher sa déception.

«Pour nous, l’accessibilité vient de manger un coup dur puisqu’on vient d’alourdir le fardeau financier des étudiants.»

«On considère que c’est un peu honteux de la part de l’université d’avoir pris le chemin facile en augmentant les droits de scolarité au lieu de revendiquer un meilleur financement de la province, mais c’est sûr que la province est aussi dans le tort pour avoir fait des coupures dans le financement des universités et dans l’accessibilité aux études postsecondaires.»

Haissam Fongang, président de l’Association des étudiantes et des étudiants internationaux du Campus universitaire de Moncton, s’est aussi dit «déçu et furieux».

«Je suis déçu et furieux lorsque je pense à mes consœurs et confrères qui ont déjà investi beaucoup d’argent à l’Université de Moncton et qui vont devoir, à compter de septembre, vivre avec une hausse-surprise de leurs droits de scolarité. C’est difficile pour un travaillant de budgéter des surprises, imaginez alors pour un étudiant.»

Les deux associations craignent que l’augmentation des frais pousse certaines personnes à abandonner leur parcours universitaire en raison d’un manque de fonds. Ils reprochent au Conseil des gouverneurs d’avoir simplement refilé la facture aux étudiants.

«En augmentant les droits de scolarité de 8%, on parle de 475$ pour les étudiants canadiens et 872$ pour les étudiants internationaux. Cette hausse pourrait certainement être la différence entre la reprise des études en septembre ou non», souligne Pascale Rioux.

Mettre de la pression sur le gouvernement provincial

Afin de limiter de futures hausses des coûts, Jacques Paul Couturier invite l’ensemble de communautés acadiennes et francophones de mettre de la pression sur le gouvernement provincial.

«Il n’est jamais facile de prendre des décisions relatives aux droits de scolarité. On peut comprendre que les étudiants peuvent considérer que l’augmentation des droits de scolarité est un fardeau qu’ils doivent porter, mais ultimement, je pense qu’il faut collectivement se tourner vers notre gouvernement pour lui dire que les études universitaires contribuent à la richesse d’une collectivité et à former des professionnelles. Il faut qu’il y ait un investissement de la part du gouvernement provincial.»

Au printemps, le gouvernement provincial a annoncé plusieurs modifications relatives au financement des études postsecondaires. Il en a profité pour ressusciter un programme de crédits d’impôt.