Faute de rampe de halage, le carnet de commandes est vide chez Groupe Océan

On peut dire, sans trop se tromper, que le Groupe Océan fait preuve de patience quand il est question de développer ses projets de construction et de réparation navale à Bas-Caraquet. Depuis son arrivée dans la Péninsule acadienne, ses dirigeants ont fait affaire avec trois gouvernements, mais la rampe de halage tant espérée pour assurer un flot de contrats dans la communauté – et la survie de l’entreprise – n’est toujours pas là.

Prévue pour le printemps, la finalisation des travaux de la cale sèche a été reportée en août, ce qui permet de garder pour encore quelques semaines les emplois sur le site.

Cependant, Philippe Filion, directeur des affaires publiques et du développement des affaires chez Groupe Océan à Québec, concède que la compagnie n’a pas encore déniché des contrats à confier par la suite à ses installations de Bas-Caraquet.

«Nous n’avons encore rien à annoncer pour le moment, a indiqué le porte-parole à l’Acadie Nouvelle. Il y a encore la cale sèche qu’on espère mettre à l’eau à la fin de l’été. Ce sera une belle fierté pour Bas-Caraquet. Nous sommes en constante recherche de projets à confier à notre équipe là-bas.»

Groupe Océan vient pourtant de remporter la mise sur un gros contrat pour quatre grands remorqueurs de la Défense nationale. Cependant, les conditions du gouvernement fédéral exigeaient que les travaux se fassent à un seul chantier et ce sont leurs installations de L’Île-aux-Coudres, dans la région de Charlevoix, qui ont gagné le gros lot.

Et c’est là que la question toujours non résolue de la rampe de halage de Bas-Caraquet entre en ligne de compte. L’entreprise aimerait bien une structure d’une capacité de 600 tonnes, au coûté estimé de près de 5 millions $.

«Si nous avions un engagement du gouvernement provincial concernant la rampe à Bas-Caraquet, nous aurions pu envoyer quelques parties du contrat de L’Île-aux-Coudres chez vous. Nous vivons une incertitude concernant cette rampe de halage et nous ne savons pas trop où en est le gouvernement là-dedans. Il détient les chiffres, mais c’est lui qui détient le stylo aussi. Nous attendons le positionnement du gouvernement et tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre. Mais la réalité est que nous n’avons toujours pas cette rampe. Et sans cette rampe, nous devons aborder des solutions très dispendieuses si on veut mettre un travail à l’eau et ça nous disqualifie pour de nombreux projets qu’on aimerait envoyer à Bas-Caraquet», poursuit M. Filion.

Questionné à ce sujet, le vice-premier ministre Robert Gauvin a admis que les discussions entre les deux parties sont toujours en cours, même s’il n’y participe pas directement.

«C’est une belle place et ce sont beaucoup d’emplois. Il faut procéder avec précaution. Stratégiquement, c’est un dossier important pour Bas-Caraquet. On ne prendra pas d’engagement aujourd’hui. On sait que c’est important, on sait qu’il y a des discussions, mais c’est le plus loin que je peux aller», a-t-il expliqué.

Le gouvernement Higgs désire notamment obtenir des preuves de la part de l’entreprise québécoise qu’une telle rampe sera utilisée et rentabilisée, a-t-on pu savoir de sources bien informées.

M. Filion enchaîne qu’il ne cherche pas à casser du sucre sur le dos du gouvernement Higgs et de Fredericton, en prenant bien soin de préciser que les négociations se poursuivent et sont cordiales. Il n’est pas question également de lancer un quelconque ultimatum à l’endroit des élus ni menacer de quitter la Péninsule acadienne.

Les pourparlers ont débuté sous le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward, avant de se poursuivre avec les libéraux de Brian Gallant. Ils sont maintenant de retour avec les bleus et le premier ministre Blaine Higgs dans un contexte de gouvernement minoritaire.

«Ce n’est pas notre volonté de quitter Bas-Caraquet, insiste M. Filion. Mais ce n’est pas vrai non plus que l’odieux sera jeté sur Groupe Océan si jamais ça ne fonctionnait plus. Nous avons signé un bail à long terme, nous avons amené ici les travaux pour une cale sèche et nous avons créé plusieurs emplois qui sont bons pour la communauté. Mais nous n’avons toujours pas la rampe de halage qu’on avait pourtant promis de nous livrer.»