Travaux routiers: la sous-traitance coûte plus cher aux contribuables

La sous-traitance des travaux routiers sous le précédent gouvernement libéral a coûté plus cher aux contribuables que les projets réalisés à l’interne, révèle la vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick.

Kim MacPherson accuse les libéraux d’avoir confié une plus grande partie des travaux d’entretien et de construction des routes à des entreprises privées même s’ils savaient que cela serait plus coûteux pour le trésor public.

Les travaux d’enduit superficiel (chip seal) réalisés par le privé plutôt que par le personnel du ministère des Transports et de l’Infrastructure ont notamment coûté 1,7 million $ de plus aux contribuables sur deux ans.

Fredericton a également déboursé 10% de plus, ou 1 million $ supplémentaire, pour l’achat de 40 chasse-neiges préassemblés au lieu de faire le travail à l’interne.

Mme MacPherson a présenté son rapport à un comité de députés, mardi, à l’Assemblée législative.

La vérificatrice générale Kim MacPherson. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

La vérificatrice générale affirme que certaines décisions concernant la sous-traitance «n’étaient pas fondées sur des preuves ou soutenues sur une analyse objective des coûts».

Le ministère des Transports et de l’Infrastructure a lui-même admis que la sous-traitance était «parfois une décision philosophique», note Mme MacPherson.

Fredericton choisissait aussi la sous-traitance «pour des raisons de développement économique» et pour «appuyer le secteur privé» même si l’on savait qu’on «choisissait l’option la plus coûteuse».

Selon la vérificatrice générale, il serait plus sage de confier la responsabilité du développement économique aux agences gouvernementales «créées expressément à cet égard» et de laisser le ministère des Transports et de l’Infrastructure s’occuper de l’entretien des routes au meilleur rapport qualité-prix pour les contribuables.

S’il est «parfois nécessaire et avantageux» de confier certains contrats au secteur privé, admet-elle, le gouvernement n’avait «aucun cadre cohérent» pour guider ses choix.

L’absence d’une politique claire en la matière pourrait mener à des décisions pour aider «certains groupes industriels ou des régions aux frais du contribuable», prévient la vérificatrice.

La sous-traitance comporte plusieurs risques, selon Kim MacPherson, dont une «dépendance excessive» de la province à l’égard des fournisseurs qui se retrouvent parfois en situation de monopole.

En quatre ans, 55 appels d’offres d’une valeur totale de 46 millions $ ont reçu une seule réponse du secteur privé.

Les conclusions de la vérificatrice générale sont de la musique aux oreilles du Syndicat canadien de la fonction publique qui dénonce cette situation depuis des années.

«Il y a des centaines d’emplois qui ont été perdus et des millions de dollars qui ont été (dépensés) sur le dos des contribuables. C’étaient des bons emplois qui étaient capables d’être plus efficaces que le secteur privé», avance le porte-parole du syndicat, Simon Ouellette.

«Il faut écouter les travailleurs de ces domaines qui savent que ça va plus vite, que c’est plus efficace et plus sécuritaire. Il faut rapatrier ces services à l’interne. J’espère que le premier ministre (Blaine) Higgs va être capable de mettre ses culottes et de ne pas répéter les erreurs non seulement de Brian Gallant, mais de David Alward.»

Le ministre des Finances a commenté brièvement la question mardi. Ernie Steeves estime que ces tâches devraient être effectuées par ceux qui sont capables de faire le «meilleur» travail pour le «moins» d’argent possible.

M. Steeves n’a cependant pas indiqué si la province comptait changer son approche concernant la sous-traitance.

La députée libérale Francine Landry a défendu l’approche du précédent gouvernement en disant que la sous-traitance avait notamment été rendue nécessaire par les défis de recrutement au ministère des Transports et de l’Infrastructure.

«Le ministère était inquiet pour sa capacité de recruter et de retenir la main d’oeuvre. Comme sa main d’oeuvre était vieillissante, (la sous-traitance) a été regardée sous forme d’un projet-pilote», dit-elle.

«Ça avait été discuté que ça coûterait peut-être plus cher au départ parce que les services (de sous-traitance) n’étaient pas étendus à la grandeur de la province.»