Pourquoi l’eau en bouteille coûte-t-elle plus cher que l’essence?

Le nombre de Néo-Brunswickois qui choisissent l’eau en bouteille est à la hausse. Même si l’eau embouteillée coûte des centaines – voir des milliers – de fois plus cher, une famille sur quatre la préfère à celle du robinet.

On entend souvent les conducteurs se plaindre que les prix à la pompe sont trop élevés. Les observateurs attentifs remarqueront cependant qu’à l’intérieur des stations-service, les bouteilles d’eau sont bien souvent – à volume égal – plus dispendieuses.

Depuis trois mois, le prix maximum de l’essence dans la province oscille entre 1,20$ et 1,40$ le litre. C’est à peu près le même prix qu’une bouteille d’eau… de 500mL.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’université Dalhousie, mentionne que les prix élevés s’expliquent en grande partie par les coûts de transportation et les marges de profits des vendeurs en gros et des commerçants.

«L’eau coûte cher à transporter. C’est pesant, et les marchés sont souvent très loin des sources d’eau. Mais principalement, les marges sont très élevées.»

À 1,50$ pour une bouteille d’eau de 500 mL, on paie environ 2300 fois plus que le prix moyen de l’eau du robinet, selon des chiffres d’Environnement Canada.

Même en achetant ses bouteilles en grande quantité, on paie beaucoup plus cher: un rapport de AC Nielsen Research avance que l’eau d’une caisse de 24 bouteilles de 500 mL coûte 0,36$ le litre en moyenne. C’est 175 fois plus que l’eau du robinet.

Malgré cet écart, 24% des familles néo-brunswickoises consomment principalement l’eau en bouteille, révèlent des données de Statistique Canada recueillies en 2017 puis publiées récemment. En 2015, seulement 21% des ménages choisissaient surtout l’eau embouteillée.

«Les gens sont attirés par la salubrité et l’innocuité qu’offrent ces bouteilles-là. C’est propre, c’est portable et c’est pratique.»

En payant pour de l’eau embouteillée, les Néo-Brunswickois en ont-ils pour leur argent? Selon M. Charlebois, la réponse, dans la grande majorité des cas, est non.

«C’est certain que si on demande aux compagnies quelle est la différence entre leur eau et celle de leurs concurrents, ils vont offrir beaucoup de qualités qui les diffèrent de la compétition. Mais en fin de compte, pour le commun des mortels, il n’y a pas grande différence.»

«De l’eau, c’est de l’eau. On peut décortiquer les questions de la fraîcheur et de la provenance. Mais à la base, l’eau est fondamentale à la vie et l’eau du robinet est aussi bonne pour satisfaire nos besoins que l’eau embouteillée.»

À l’échelle nationale, 20% des ménages consomment principalement l’eau embouteillée. Il s’agit d’une baisse considérable comparativement à 2007, quand 30% des familles choisissaient l’eau en bouteille.

À 24%, le Nouveau-Brunswick se situe au deuxième rang des provinces canadiennes, derrière le Manitoba (26%). L’Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique ont le taux le plus bas, à 12%.