Les routes du Nord devront se partager des miettes

La bonne nouvelle, c’est que les touristes n’auront pas à s’impatienter en zigzaguant entre les cônes orange de construction sur les routes du nord du Nouveau-Brunswick, cet été. Mais il s’agit d’une très mince consolation, car la réalité est beaucoup plus inquiétante: les travaux d’asphaltage seront quasi inexistants, ce qui pourrait signifier plusieurs travailleurs sans emploi.

La liste des projets routiers du ministère des Transports et des Infrastructures est plutôt mince cette année, conséquence directe de compressions de plus de 200 millions $ dans son budget. Même la nouvelle route à quatre voies à accès limité entre Bouctouche et Moncton a écopé.

Ainsi, la province prévoit qu’à peine plus de 90 millions $ seront dépensés afin de rénover 90 kilomètres durant la période estivale dans tout le Nouveau-Brunswick. De ce nombre, seulement 11,3 kilomètres touchent le Nord (Restigouche, Chaleur et Péninsule acadienne), dont 7,8 dans la Péninsule acadienne.

«On est généreux quand on dit qu’il n’y en a pas beaucoup, a relevé avec une pointe de sarcasme le député libéral de Tracadie-Sheila, Keith Chiasson. D’après moi, le gouvernement actuel est persuadé que nous avons de belles routes dans le Nord… S’il venait faire un tour, il verrait que ce n’est vraiment pas le cas.»

Une portion de 4,4 km sera remise à neuf sur la route 113, près de Lamèque, et un bout de 3,1 km obtiendra le même traitement entre Paquetville et Maltempec. À part cela, on parle de 3,8 km sur la route 8, entre Miramichi et Bathurst, ainsi que l’amélioration d’une courbe dans le secteur de Val-d’Amour.

Pour le reste, ce seront des miettes… d’asphalte. À peine pour boucher les nids-de-poule.

«Des routes de campagnes»

«Nos attentes n’étaient pas élevées, mais on est quand même déçu, laisse entendre Paolo Fongemie, maire de Bathurst et vice-président de la Commission des services régionaux Chaleur. Quand on parle aux entrepreneurs, ça semble se diriger vers une saison difficile. Mais on comprend aussi la situation budgétaire du gouvernement. Si on commence tous à cogner à sa porte, on n’aidera pas au rétablissement des finances publiques.»

Oscar Roussel, maire de Saint-Isidore et nouveau président de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne, croit que la décision de Fredericton aura un impact important pour plusieurs municipalités et de nombreuses entreprises spécialisées en asphaltage et en camionnage.

«Ça va affecter grandement les municipalités et les DSL de la Péninsule acadienne, juge-t-il. Car même lorsqu’il n’y a pas de projets dans la région, nos entreprises et leurs employés pouvaient toujours se déplacer dans d’autres communautés pour travailler. Mais là, ces compagnies devront revoir leur façon de faire parce qu’il n’y a pas grand-chose qui bouge.»

Il enchaîne que la région a absolument besoin de bonnes routes plus sécuritaires et plus confortables non seulement pour les citoyens et les touristes, mais aussi pour les entreprises appelées à exporter leur produit.

«À l’exception des voies de contournement de Caraquet et de Tracadie, nous roulons sur des routes de campagne», image M. Roussel.

Aller chercher plus gros

Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, M. Fongemie y voit une occasion pour les régions Chaleur et de la Péninsule acadienne de mettre davantage d’efforts sur un plus gros projet.

Comme une nouvelle voie de contournement de la route 11 entre Janeville et Bertrand, par exemple…

«Notre approche est d’y aller pour un plus gros gain plutôt que de miser sur des petits bouts de route», donne-t-il comme stratégie.

Ce dossier ne sera assurément pas abandonné, enchaîne M. Roussel.

«Mais avec les coupures, ça n’augure pas très bien pour le démarrer», concède-t-il.

Le député Keith Chiasson affirme avoir discuté avec des entrepreneurs de la région du Grand Tracadie et le message qu’il a entendu n’est guère positif.

«L’impact d’avoir si peu de contrats routiers va se faire sentir sur les employés de ces entreprises, craint-il. Ces compagnies se fient beaucoup sur ces travaux pour faire travailler leur monde. Mais là, beaucoup ne pourront pas travailler. Sans contrats, il y aura des mises à pied.»

Routes désignées

Le critique de l’opposition officielle en matière de gouvernance locale ajoute que le gouvernement Higgs a réduit de 25 à 10 millions $ le budget pour les programmes des routes désignées provinciales (ces routes appartenant à la province, mais qui passent dans les municipalités).

«Les municipalités sont inquiètes, car sans l’aide de la province, elles n’ont pas les moyens de réparer leurs routes. On se retrouve donc avec deux programmes amputés, soit celui en capital et celui des routes désignées. En coupant, le gouvernement Higgs nuit directement à l’économie du Nord», calcule M. Chiasson.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir les commentaires d’une entreprise d’asphaltage de la Péninsule acadienne, mais son propriétaire nous a redirigés à l’Association des constructeurs routiers et des constructeurs lourds du Nouveau-Brunswick, basée à Fredericton. Notre demande d’information est demeurée lettre morte au moment de mettre sous presse.