Chantier naval de Bas-Caraquet: Ottawa prêt à offrir 4 millions $

Le député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, est prêt à défrayer jusqu’à 4 millions $ pour la rampe de halage essentielle à la survie du chantier naval de Bas-Caraquet. Il lance maintenant la balle au gouvernement Higgs afin de payer la différence, soit de 800 000$ à 1 million $.

M. Cormier prendra cet argent de ce qui reste des 10 millions $ que le fédéral a promis pour cette industrie, en 2015.

En point de presse devant cette rampe désaffectée à Bas-Caraquet, le député d’Acadie-Bathurst a tiré à boulets rouges sur le gouvernement Higgs, qui a récemment affirmé ne plus vouloir investir l’argent des contribuables dans des projets (la cale sèche) qui viennent directement en compétition avec l’industrie.

«J’attends une réponse de M. Higgs le plus rapidement possible. Est-il prêt à payer 20% de la facture? Qu’il s’enlève les doigts de dans le nez. S’il ne participe pas à ce projet, on va s’en mordre les doigts toute notre vie. Il est temps que le gouvernement provincial respecte ses engagements auprès du centre naval. S’il est sérieux, il doit le prouver dès aujourd’hui», a fustigé le député fédéral, avec à ses côtés la députée de Caraquet, Isabelle Thériault, et le chef par intérim du Parti libéral du N.-B., Denis Landry.

M. Cormier juge que cette rampe de halage d’une capacité maximale de 600 tonnes, un projet de 4,8 à 5 millions $, est un critère essentiel pour d’éventuelles soumissions, surtout avec les prochains contrats majeurs de construction et d’entretien des navires fédéraux de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière qui s’en viennent pour les 10 à 15 prochaines années. Sans cette rampe, aussi bien oublier le centre, craint-il.

«Ce n’est pas vrai que je vais laisser aller ce chantier naval et 4 millions $ du fédéral s’envoler ailleurs parce que nous avons un gouvernement à Fredericton qui ne veut pas investir avec nous. Ne pas investir dans cette infrastructure stratégique sera très dommageable pour la communauté. On parle de pertes d’emplois, d’entreprises qui vont quitter et une situation encore plus difficile à Bas-Caraquet et Caraquet. Si M. Higgs veut en faire un dossier électoraliste, il n’a pas trouvé la bonne personne avec qui jouer ici», estime le député, qui rappelle qu’Ottawa a récemment signé une entente bilatérale en matière d’infrastructures de 673 millions $ avec Fredericton.

S’il affirme avoir une très bonne relation avec le vice-premier ministre Robert Gauvin – «il m’a assuré qu’il va travailler pour faire débloquer ce projet, mais il n’a pas l’appui de son chef» -, M. Cormier estime que ça bloque en plus haut lieu uniquement pour des raisons politiques.

«Quand on voit des projets qui ne vont pas de l’avant pour des raisons électoralistes à mon avis, ça me déçoit. Oui, la situation financière de la province est difficile, mais il y a des moyens d’investir sur les infrastructures en étalant la facture sur plusieurs années. Et M. Higgs le sait. Je ne sais pas quelle est son idée, mais je crois qu’il veut nous faire mal en cette période préélectorale», a-t-il signifié, en rappelant que le précédent gouvernement progressiste-conservateur de David Alward – dans lequel Blaine Higgs était ministre des Finances – avait aussi investi dans le centre naval.

La députée provinciale de Caraquet, Isabelle Thériault, regrette le discours du gouvernement Higgs, qui finit par fait mal aux gens qui sont touchés par ses décisions.

«Il reste un 20%, ce n’est pas énorme. Mais le message que M. Higgs envoie est qu’il ne veut pas investir dans le Nord. Nous avons un chantier naval extraordinaire ici. Avec la rampe, il y aurait des retombées importantes pour de nombreuses entreprises. C’est incompréhensible de voir le gouvernement Higgs ne pas accorder une si petite somme pour un si beau projet», a-t-elle constaté, en ajoutant qu’elle mettra toute la pression qu’elle peut auprès du gouvernement à Fredericton afin qu’il change d’avis.

Une pièce maîtresse manquante

Le point de vue des maires de Caraquet, Kevin Haché, et de Bas-Caraquet, Roger R. Chiasson, était éloquent. Devant eux, Serge Cormier donnant son discours avec, derrière lui, la rampe de halage qui tombe en ruines…

M. Chiasson a écouté attentivement ce qu’avait à dire le député fédéral. Il se dit prêt à travailler en collaboration avec les gouvernements concernés pour faire de ce projet une réalité.

«Nous voulons préserver les emplois à Bas-Caraquet et à Caraquet. Cette rampe est une pièce maîtresse manquante si on veut évoluer dans la construction navale. Si c’est un prérequis pour obtenir des contrats du fédéral, ce serait l’idéal de l’avoir», a-t-il commenté.

M. Haché trouve dommage que cet argent est là depuis 2015, mais qu’on se retrouve aujourd’hui dans le même bateau qu’il y a quatre ans.

«Quand on parle de 20% qui manquent, on doit travailler fort pour aller le chercher. C’est quasiment trop beau pour être vrai. S’il faut aller le chercher en allant cogner aux portes des gens de la communauté ou auprès des entreprises, on va regarder toutes les options», soumet-il.

Le maire de Caraquet a notamment fait référence au fameux dilemme de l’oeuf et la poule pour imager le litige concernant la rampe de halage.

«Doit-on avoir un carnet de commandes rempli pour avoir la rampe ou doit-on avoir la rampe pour remplir le carnet de commandes? C’est mieux d’avoir les infrastructures en place avant. On parle de 800 000$. Ce n’est pas énorme pour relancer l’économie», calcule-t-il.

Du côté de Groupe Océan, on répète qu’un chantier naval sans rampe de halage n’est pas un chantier complet. Leur porte-parole Philippe Filion rappelle que le Centre naval du N.-B. appartient à la province; c’est donc à elle de répondre au député Cormier.

«Cette rampe de halage était incluse dans les ententes que nous avions avec les gouvernements Alward et Gallant. C’est un appareil indispensable et on le dit depuis le début», stipule-t-il.