Centre naval du N.-B.: Groupe Océan pourrait faire ses valises

Le couperet est finalement tombé. S’il n’en tient qu’au gouvernement Higgs, il n’y aura pas de rampe de halage au Centre naval du Nouveau-Brunswick, à Bas-Caraquet. Point final. Une décision qui désole Groupe Océan, qui se voit forcé de réévaluer sa présence en sol de la Péninsule acadienne. En clair, ses jours à Bas-Caraquet sont désormais peut-être comptés.

Les espoirs lancés lundi par le député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier – qui s’était dit prêt à mettre sur la table 4 millions $ pour cet équipement stratégique tout en lançant la balle à Fredericton de payer la différence, soit de 800 000$ à 1 million $ -, n’ont même pas survécu pendant 24 heures.

La présidente de la Société de développement régional, Hélène Bouchard, n’a pas mis de temps à fermer le dossier. Mardi, elle a signifié que le plan d’affaires de Groupe Océan ne justifiait pas un nouvel investissement d’argent public du provincial.

Elle a aussi stipulé que Fredericton avait déjà investi 30 millions $ à cet endroit depuis 2015 pour la rénovation et l’achat de pièces d’équipement, dont un ber cavalier d’une capacité de 300 tonnes.

Sans surprise, l’heure n’était pas à la fête lorsque le journal a joint Philippe Filion, porte-parole de la compagnie de Québec spécialisée en construction maritime. Et ce n’était pas nécessaire de savoir lire entre les lignes pour déchiffrer ses propos.

«Nous sommes dans l’obligation de réviser nos options (concernant leur engagement à Bas-Caraquet) en conséquence de ce que le gouvernement vient de décider, a-t-il laissé tomber. Nous n’avons pas le choix. On ne s’attendait pas à ce que ce gouvernement aille dans cette direction. Nous trouvons déplorable qu’il ne veuille pas respecter l’entente qu’il a lui-même signé en 2014 (sous le gouvernement Alward).»

M. Filion trouve décevant que le gouvernement Higgs choisisse de ne pas respecter la part du contrat que les administrations Alward et Gallant avaient pourtant accepté pour cette rampe de halage d’une capacité maximale de 600 tonnes. Il considère donc qu’il s’agit d’un bris du bail de location de huit ans avec la possibilité de trois années supplémentaires signé entre les deux parties.

Dans ces conditions, plus rien ne retient techniquement Groupe Océan à Bas-Caraquet, une fois la cale sèche terminée en août, fait-il part.

Ce départ pourrait signifier la fin d’une soixantaine d’emplois directs et indirects.

«Sans rampe de halage, ce n’est pas un chantier naval viable, rappelle M. Filion. Nous gardons espoir que ce n’est pas une finalité, mais nous ne sommes pas naïfs non plus. Dans le langage général, un gouvernement est une permanence qui va au-delà des partis politiques qui le dirigent. Ce n’est pas à ces partis de défaire ce que les gouvernements précédents ont signé comme entente. Sinon, ça envoie un drôle de message aux entreprises qui veulent s’implanter au Nouveau-Brunswick. Face à cette réalité, nous allons réviser notre engagement, mais on le répète: c’est directement relié au fait que le gouvernement ne respecte pas son entente.»

M. Filion n’a pas donné de temps de réflexion précis, mais chose certaine, ça ne durera pas une éternité, prévient-il. Le carnet de commandes de l’entreprise est vide pour ses installations de Bas-Caraquet après la mise à l’eau de la cale sèche.

«Le gouvernement a décidé de se retirer. À notre tour de prendre du recul et à évaluer nos options. Nous avons fait tout ce qui était nécessaire, mais le gouvernement a dit que ça ne fonctionnait plus. Le gouvernement est en défaut parce qu’il ne respecte pas ses ententes», a réitéré M. Filion.

«Pas besoin de ça»

René Friolet, de Friolet Services maritimes, croit que l’industrie de la réparation et de la construction navale survivra à un éventuel départ de Groupe Océan.

«On n’a pas besoin de ça (rampe de halage), soutient l’homme d’affaires. De toute façon, Groupe Océan voulait un accès exclusif à la rampe. Pour nous, ça ne change absolument rien. Cette compagnie a été amenée ici par le gouvernement, elle a été financée par le gouvernement et elle essaie de tout avoir du gouvernement. Et c’est le gouvernement qui va la jeter dehors.»

Selon M. Friolet, la présence de Groupe Océan a créé des emplois artificiels dans la communauté. Il croit que l’entrepreneur de Québec doit dorénavant voler de ses propres ailes et payer pour obtenir cette rampe de halage.

«Pour quelles raisons les taxes des contribuables devraient-elles encore payer pour Groupe Océan? Il a beau faire des menaces de quitter Bas-Caraquet, ça ne change rien pour l’entreprise locale. On va survivre et on va continuer à faire le travail», estime M. Friolet.

Celui qui est également conseiller municipal au village de Bas-Caraquet s’était insurgé contre le contrat liant Groupe Océan et le gouvernement en 2016.