Des appartements hors de prix dans le centre-ville de Moncton

Le Front commun pour la justice sociale déplore le manque de logements abordables dans le centre-ville de Moncton. Il y a plusieurs terrains vacants, mais les nouveaux immeubles construits ne sont pas accessibles à toutes les bourses.

Le Front commun pour la justice sociale a présenté aux élus municipaux un projet de logements pour personnes à faible revenu au centre-ville de Moncton.

Un manque crucial de logements abordables dans le noyau central de Moncton se fait sentir selon l’organisme.

Les ménages qui résident au centre-ville de Moncton gagnent en moyenne 39 308$. En comparaison, ceux du reste de la ville gagnent 72 514$. Mais cela pourrait changer.

Depuis un certain temps, des édifices haut de gamme y poussent comme des champignons.

Le Hyatt en pleine construction à l’angle des rues Main et Canada. – Acadie Nouvelle: Lili Mercure

«Il y a un pourcentage de personnes qui sont à l’aise, ils cherchent quelque chose selon leurs goûts», explique sœur Auréa Cormier, membre militante au Front commun..

Elle s’inquiète que des promoteurs privés puissent acheter les terrains vacants, très nombreux au centre-ville, afin d’y construire d’autres immeubles de luxe.

Sr Cormier avance que beaucoup de ces nouveaux logements se louent à 1500$ par mois.

«Il y a seulement une accessibilité au logement pour les gens riches», lance-t-elle. «Il y a peu d’appartements de 600$ à 700$.»

Elle croit que les entrepreneurs devraient construire des immeubles plus sobres, des logis qui seraient abordables pour tout le monde.

«Mais si les entrepreneurs pensent qu’ils peuvent avoir 1000$ comme frais de location, ils vont s’essayer», continue-t-elle.

Elle soutient que ce secteur de la ville s’embourgeoise graduellement et remarque que les gens qui se payent ces logements de luxe ont tendance à se regrouper. «Ils se tiennent souvent ensemble, c’est comme une ségrégation», affirme-t-elle.

La militante croit aussi que la construction d’édifices de luxe risque de faire augmenter le prix des logements tout autour. Le Front commun craint d’ailleurs que toutes ces nouvelles constructions puissent éventuellement chasser les moins nantis.

Les personnes à faible revenu, rappelle-t-elle, doivent trouver un logis abordable au centre afin d’être à proximité des services publics tels que les soins de santé, les services sociaux, les transports en commun et les banques alimentaires.

Heureusement, dit-elle, bien que le dossier est de compétence provinciale, la municipalité semble de plus en plus ouverte à discuter franchement de cette question.

La Ville à l’écoute

Le Front commun a répertorié plus de 65 lots vacants, 11 maisons condamnées et 10 grands lots inoccupés où il serait possible de construire plusieurs édifices à logements destinés aux personnes à faible revenu.

Parmi les terrains vacants répertoriés, le Front commun n’a pas pu trouver tous leurs propriétaires. Certains d’entre eux pourraient appartenir à la Ville ou à des particuliers.

L’organisme a donc deux recommandations pour la Ville de Moncton.

D’abord, mettre à jour le répertoire des terrains et des bâtiments vacants pouvant éventuellement servir à l’aménagement de logements abordables. Cette information serait alors acheminée aux promoteurs immobiliers et aux organismes sans but lucratif.

«Notre motivation est que la Ville s’intéresse à ces lots-là afin d’y construire des logements à prix abordable».

Ensuite, créer une fondation fiduciaire immobilière et ainsi collaborer avec les coopératives et organismes à but non lucratif. Tous travailleraient en étroite collaboration afin de participer à la construction de logements pour une clientèle moins fortunée.

La Ville semble ouverte à ce projet. Le conseiller municipal Blair Lawrence confirme que les logements pour les gagne-petit sont limités au centre-ville.

«Certes, il nous faut plusieurs résidences pour les plus défavorisés», confie-t-il.

Il est convaincu que le projet proposé par le Front commun est viable et pourrait faire une différence. Le conseiller croit d’ailleurs que la Ville est en train d’étudier le sujet.

«J’ai très hâte d’entendre les détails de cette recherche, puisqu’on sait bien qu’il y a une pénurie de logements pour les plus démunis», continue-t-il.

Il affirme que ces détails permettront à la Ville d’établir une stratégie. Saint-Jean et Fredericton ont beaucoup plus d’espaces pour les gens en situation de pauvreté, selon M. Lawrence. À Moncton, ces lieux sont «très rares», ajoute-t-il.

«J’étais pas mal impressionné par l’approche du Front commun et j’appuie ce qu’ils essaient de faire.»

Le Hyatt en pleine construction à l’angle des rues Main et Canada. – Acadie Nouvelle: Lili Mercure

Avec la collaboration du journaliste Alexandre Boudreau