Arrivée des enfants immigrants: le beau défi de Saint-Quentin

Le programme d’immigration mise en place par la communauté d’affaire de la région de Saint-Quentin pour pallier la forte demande en main-d’œuvre connaît du succès. Et ce succès n’est pas sans conséquence pour le milieu scolaire qui accueille les jeunes enfants des familles venues s’implanter dans la région pour y travailler.

Depuis septembre, une cinquantaine de nouveaux arrivants en provenance de l’international – principalement d’Europe de l’Est – se sont implantés dans la région de Saint-Quentin.

À ce nombre s’ajoute un groupe de 16 Philippins arrivés plus tôt, durant l’été 2018. Cela fait beaucoup de nouveaux visages dans le coin.

Le rythme s’est d’ailleurs accru au cours des dernières semaines. En fait, il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que l’on annonce l’arrivée d’une nouvelle famille.

Buabdallakh, Kuznetcova, Mykytiyk, Kuksa, Ramora sont maintenant des patronymes qui côtoient ceux plus connus, comme Thériault, Caron, Beaulieu ou Coulombe.

L’arrivée en grand nombre d’immigrants et de leur famille change par ailleurs momentanément le paysage scolaire de la communauté. On parle d’une douzaine de jeunes de l’étranger qui ont gonflé les chiffres des deux établissements scolaires du coin.

«L’impact est majeur. C’est certain que l’arrivée de jeunes de l’international comme ça, ça déstabilise un peu», reconnaît Cynthia Blanchette, coordonnatrice en service d’intégration au Restigouche-Ouest.

Car en plus de s’intégrer à un nouveau pays, une nouvelle communauté, il y a le problème de la langue. Les dernières vagues de nouveaux arrivants parlent surtout le russe et l’ukrainien avec, comme deuxième langue, l’anglais.

«En l’espace de quelques mois, on a dû approcher la polyvalente A.-J. Savoie et l’école primaire Mgr Martin pour qu’ils se préparent parce qu’ils allaient probablement accueillir plusieurs jeunes de l’étranger ne parlant pas du tout notre langue. Ç’a été un choc pour tout le monde, autant pour ces gens que pour l’école qui a dû s’adapter et se tourner de bord rapidement pour trouver des solutions», ajoute-t-elle.

De nouveaux venus pourraient d’ailleurs venir s’ajouter à ceux déjà en place puisqu’une vingtaine d’offres de travail additionnelles ont été proposées et sont en attente de réponses.

«Ça voudrait dire un potentiel de vingt autres familles qui pourraient arriver au courant de la prochaine année», note Mme Blanchette.

Tout un défi

Des deux établissements scolaires de Saint-Quentin, c’est l’école primaire Mgr Martin (maternelle-6e année) qui a été la plus frappé par cette vague d’immigration. En tout, neuf élèves ont joint les classes au courant de l’année. Au dire de sa directrice, Julie Godbout, jamais l’application Google Translate n’aura fonctionné autant dans ses murs.

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«Il faut être honnête, nous n’étions pas prêts. On ne s’attendait honnêtement pas à ce que tout ce beau monde arrive comme ça, des jeunes qui ne parlent ni le français ni l’anglais. Ce fut tout une adaptation – pour nous comme pour eux –, un énorme défi que l’on a, je crois, tout de même réussi à bien surmonter», exprime-t-elle.

Celle-ci entend se servir de cette expérience des derniers mois pour commencer en force dès septembre. Une enseignante en francisation remplacera d’ailleurs les monitrices affectées à cette tâche, ce qui devrait accélérer l’apprentissage de la langue.

«On sera mieux outillé, et surtout mieux préparé. Car maintenant, on sait à quoi s’attendre», ajoute la directrice, soulignant avoir apprécié cette année test.

«Tous ces nouveaux petits arrivants sont très allumés, curieux et très dynamiques. On a hâte de les retrouver en septembre», souligne-t-elle.

Intégration réussie

À la PAJS, l’impact de l’arrivée des jeunes immigrants s’est fait moins ressentir qu’à l’école primaire. Seulement deux jeunes ont intégré l’établissement, un Ukrainien et un Philippin.

«On a aussi accueilli au même moment trois élèves internationaux dans le cadre d’un projet d’échange. On peut donc dire que nous sommes devenus une école multiculturelle, et on en est très content puisque ça apporte beaucoup au plan personnel pour nos élèves», raconte le directeur de l’établissement, Paul Castonguay, qualifiant ce premier véritable test de concluant.

Pour faciliter la transition des élèves immigrants dans leur nouveau milieu de vie, celui-ci a misé sur l’intégration et l’entraide.

«Il faut se mettre dans leurs souliers. Comment est-ce qu’on réagirait si, demain matin, on devait se retrouver dans une classe au beau milieu des Philippines avec plein de jeunes qui ne parlent pas notre langue? C’est un peu sur cette base que l’on a établi notre plan d’action», dit-il.

De la théorie à la pratique, l’école a mis en place un comité d’accueil, soit une douzaine de jeunes dédiés à l’intégration des nouveaux venus. On jumelle ainsi les élèves immigrants avec des élèves de la région de même niveau.

«Ça fonctionne pour les jeunes de l’international, mais aussi pour les jeunes provenant d’ailleurs en province. Car s’intégrer à une nouvelle école c’est aussi un défi pour un jeune qui arrive de Saint-Jean ou de Campbellton. Ça prend un peu d’aide, un petit coup de pouce», explique M. Castonguay.

«Ça fait du bien à nos écoles»

Dans un contexte de décroissance, tous ces nouveaux arrivants sont évidemment plus que bienvenue dans l’ouest du Restigouche.

«Ça fait du bien à nos écoles, ça, c’est certain. On ne se le cachera pas, on aime voir de nouveaux élèves se joindre à nos établissements, à notre communauté. Ça fait grossir nos écoles, ça garantis plus de services et surtout, ça apporte une belle vitalité. C’est bon pour nos jeunes qu’ils voient davantage de diversité», constate M. Castonguay

La question demeure toutefois de savoir si ces derniers resteront dans la région suffisamment longtemps pour y graduer.

Pour Julie Godbout, le succès du programme d’immigration à Saint-Quentin passe par l’école.

«Si ça ne va pas à l’école, les familles risquent de déménager. Alors on a beaucoup de pression sur les épaules afin de faire en sorte que ces jeunes apprécient leur expérience», indique-t-elle, une affirmation soutenue par Cynthia Blanchette.

«Nous déployons beaucoup d’efforts pour que les travailleurs et leur famille aiment la région au point de vouloir y demeurer après leur contrat. On peut s’attendre à ce que certains décident peut-être de s’en aller dans un plus grand centre, et que d’autres resteront. C’est une réalité un peu partout où l’immigration est présente», avoue Mme Blanchette qui demeure néanmoins optimiste.

«Si on peut faire en sorte qu’ils aiment le coin, leur travail et que leur famille aime ça aussi – notamment l’école qui joue un rôle primordial –, je crois qu’on réussira à les garder longtemps avec nous», croit-elle.