Investissements de 1 milliard $: tous les espoirs sont permis à Belledune

L’été dernier, Maritime Iron dévoilait en grandes pompes son intention de construire, à Belledune, la première usine de production de fonte brute en Amérique du Nord, avec la promesse de centaines d’emplois. Mais que devient le projet depuis cette annonce?

Une quarantaine de personnes intéressées à en connaître davantage sur le cheminement de cet immense projet se sont réunies à l’invitation de la Chambre de commerce Chaleur, la semaine dernière, pour écouter et rencontrer Elena Mantagaris, vice-présidente aux communications et aux affaires publiques chez Maritime Iron.

Mme Mantagaris a abordé l’impact de l’industrie sur l’environnement, la possibilité d’une collaboration avec Énergie NB et les retombées économiques importantes pour la région.

L’année dernière, l’Acadie Nouvelle a rapporté que l’installation, une fois en activité, produirait annuellement 1,5 million de tonnes de fer hautement raffiné (FINEX). C’est toujours ce qu’estime Greg Mckenzie, président de Maritime Iron.

«L’usine que nous proposons nécessitera des investissements de plus de 1 milliard de dollars américains. En retour, jusqu’à 1000 emplois seront créés pendant la construction, puis 200 postes permanents à l’intérieur de l’usine pour une durée de 30 ans», a-t-il noté la semaine dernière dans une lettre envoyée au journal.

Selon Mme Mantagaris, un projet de cette envergure multipliera les perspectives d’emplois dans la région et pourrait même encourager des Néo-Brunswickois partis gagner leur vie à l’extérieur de leur province à «retourner à la maison».

Sur le plan environnemental, l’entreprise dit utiliser la meilleure technologie.

«D’abord, il faut comprendre que Maritime Iron n’est pas une mine ni un lieu de cokage ou de frittage, a rassuré Mme Mantagaris. Elle ne produira aucun produit résiduel ou dangereux.»

L’usine agirait plutôt à titre d’intermédiaire entre les mines de fer du Québec et du Labrador et les aciéries utilisant des méthodes de fabrication plus «vertes».

«Plusieurs aciéries adoptent les fours électriques à arc, car ils émettent 41% moins de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux méthodes traditionnelles de fabrication. Toutefois, comme les fours électriques à arc utilisent de l’acier recyclé, la fonte est nécessaire pour améliorer la qualité du matériau», a rappelé M. Mckenzie.

Greg Mackenzie, président de Maritime Iron, devant la centrale électrique de Belledune, en juin 2018. – Archives

Bien que toutes activités industrielles ont une incidence sur l’environnement, Maritime Iron prévoit réduire son niveau net de GES à long terme, notamment en coopérant avec Énergie NB.

«Un des dérivés de nos activités est un gaz qui pourrait servir à la production d’électricité. En récupérant le gaz à la centrale thermique de Belledune, Énergie NB pourrait réduire son utilisation de charbon de 50% et produire de l’énergie plus propre.»

Sans cet échange, Maritime Iron rappelle que la centrale d’Énergie NB pourrait avoir du mal à diminuer la quantité de charbon qu’elle utilise et par conséquent pourrait fermer d’ici 2029.

«On estime que la centrale est bonne jusqu’en 2043. Si ce projet voit le jour, ça nous permettrait de nous rendre jusque-là», avait estimé Phil Landry, directeur général de la division Production chez Énergie NB, lors de l’annonce initiale.

«On a 118 employés qui travaillent ici. Cela leur donne un espoir de voir la centrale demeurer en fonction pour encore plusieurs années», avait-il mentionné.

Maritime Iron propose d’ailleurs de s’installer sur un terrain industriel de 81 hectares, directement à l’arrière des installations d’Énergie NB.

Afin d’optimiser son efficacité, la nouvelle fonderie utilisera le même système de convoyage que la centrale électrique voisine.

Selon Mme Mantagaris, le port de Belledune serait également idéal pour recevoir et expédier de la matière première.

Elle a rappelé, lors de sa présentation, que plusieurs navires de marchandises empruntent déjà cette voie maritime pour transporter leurs cargaisons et que le projet générerait environ 67 nouveaux bateaux par année.

«Nous parlons d’une augmentation de 14 milliards $ au produit intérieur brut de la province au cours des 30 années du projet, a annoncé Mme Mantagaris. C’est assez significatif.»

De plus, selon la porte-parole, l’impact qu’aura la nouvelle usine sur les services régionaux n’est pas négligeable.

«Nous avons récemment commencé à travailler avec la Chambre de commerce afin de mieux comprendre la chaîne de services dans la région Chaleur. Nous voulons avoir un meilleur portrait des entreprises qui existent et savoir comment on peut travailler avec elles, et elles avec nous», a-t-elle indiqué.

Prudence

La possibilité d’une réduction de GES a certes piqué la curiosité des environnementalistes.

Samuel Daigle, conseiller de la Ville de Bathurst, demeure par contre sur ses gardes.

«Je vais garder un oeil sur le projet, c’est sûr! Je me dis qu’il doit avoir plus de barrières que celles présentées parce que sinon, quelqu’un d’autre l’aurait fait avant», confie-t-il.

«Mais je suis vraiment content de voir que le projet est considéré sur une longue période. C’est comme cela qu’il faut commencer à penser.»

Frédéric Lefrançois, qui travaille à la Banque Nationale, semblait impressionné lors de la présentation.

«D’après ce que j’ai entendu aujourd’hui, je suis content, a-t-il indiqué. La bonne nouvelle, c’est que la production nette de gaz à effet de serre serait diminuée dans la région.»

Au cours des prochains mois, Maritime Iron se rendra disponible pour répondre aux questions de la communauté.

Mme Mantagaris affirme travailler de près avec les Premières nations, les citoyens de Belledune et les communautés avoisinantes afin d’assurer «des collaborations responsables».

Si tout se passe comme prévu, la construction de l’usine pourrait débuter en 2022.

L’an dernier, l’ancien premier ministre Brian Gallant avait dit ne pas savoir combien se chiffrerait une éventuelle contribution financière de son gouvernement au projet.

Brian Gallant (alors premier ministre) en juin 2018, lors de l’annonce de Maritime Iron, devant la centrale thermique de Belledune. – Archives

Des documents du gouvernement obtenus par la CBC indiquent que Fredericton a versé 250 000$ à Maritime Iron en 2015-2016 et 375 000$ en 2016-2017. Les fonds ont servi à faire des études préliminaires.

Un projet prometteur, selon le député Cormier

Serge Cormier, député fédéral d’Acadie-Bathurst, estime que le projet de Maritime Iron est «très prometteur».

Il souligne que les représentants de la compagnie se sont rendus à Ottawa à quelques reprises au cours des derniers mois afin de discuter avec des représentants du gouvernement libéral.

«Bien sûr, avant d’investir et de nous investir dans le projet, nous tenons à nous assurer qu’il est réaliste, bien établi et que l’entreprise a la mise de fonds nécessaire», a expliqué le député.

«Par contre, j’espère que ça va débloquer parce que je suis sûr que ça pourrait améliorer la situation économique du nord du Nouveau-Brunswick.»

M. Cormier insiste sur le fait que l’usine pourrait créer des milliers d’emplois sur une période de 20, 25 et 30 ans. Selon lui, les entreprises voisines, soit Énergie NB, le Port de Belledune et la fonderie Brunswick, bénéficieraient du trafic engendré par les nouvelles installations.

«Ça reste à voir avec le gouvernement provincial, c’est certain, mais oui, j’espère que l’usine de Maritime Iron verra le jour», a-t-il conclu.

Dans les mains du gouvernement provincial

Elena Mantagaris, vice-présidente aux communications et aux affaires publiques chez Maritime Iron, précise que l’étude faisabilité est terminée, mais que le processus d’évaluation environnementale est en cours.

«Nous avons soumis nos documents au ministère de l’Environnement afin qu’ils soient révisés, a-t-elle mentionné. Nous avons hâte que le processus formel commence.»

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir les commentaires du député provincial Daniel Guitard, mais sans succès.