Larry’s Gulch: un échange de courriels au coeur d’un procès contre Brunswick News

La poursuite pour renvoi injustifié opposant l’ancien directeur-rédacteur en chef du quotidien Times & Transcript, Al Hogan à son ex-employeur, Brunswick News, a été marquée par plusieurs moments clefs, mercredi. En débat: les modifications apportées à un courrier électronique important concernant le voyage d’un collègue au pavillon de pêche de Larry’s Gulch.

Al Hogan, ancien dirigeant du journal, a été congédié en 2015 dans la foulée de l’affaire Larry’s Gulch, le camp de pêche qui appartient au gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Ses supérieurs lui ont reproché d’avoir incité un rédacteur en chef adjoint au journal, Murray Guy, à demander à des fonctionnaires de retirer son nom d’une liste des invités au camp de pêche, en 2013.

C’est une enquête menée par le rédacteur en chef de Brunswick News (qui regroupe tous les journaux de l’empire Irving), Patrick Brethour, qui a finalement mené au renvoi d’Al Hogan en février 2015 et à la démission de Murray Guy.

Dans son mémoire de défense, Brunswick News avance que M. Hogan a «délibérément modifié» le contenu de ses échanges de courriels avec Murray Guy, en 2015, «pour cacher sa connaissance des démarches pour faire modifier la liste d’invités et sa participation à ces démarches». La direction de Brunswick News estimait qu’en agissant ainsi, Al Hogan avait compromis aux yeux de la population l’objectivité journalistique de la publication et sa crédibilité.

Mercredi, en Cour du Banc de la Reine à Moncton, Al Hogan a déploré le fait qu’il n’avait jamais pu donner sa version des faits. Il essayait seulement, explique-t-il, de corriger ce qu’il considérait être des informations inexactes sur la liste des invités.

Il dit s’être senti «horrifié, abusé, victimisé» par la couverture médiatique qui a suivi son renvoi.

«Je considérais que ma mise à pied était injuste. Mon congédiement a été mis sur la place publique. J’ai subi une humiliation sans raison valable», ajoute-t-il. «Utiliser les journaux pour lesquels j’ai travaillé comme une arme contre moi, il n’y a pas de mots pour ça!»

Le plaignant a ensuite décrit ses tentatives infructueuses pour retrouver un emploi suite à cette affaire. Il déplore au passage qu’aucun journal Irving ne fasse mention du procès.

S’en est suivi un contre-interrogatoire musclé mené par l’avocate de Brunswick News, Catherine Lahey. Elle s’est employée à faire admettre à M. Hogan qu’il a dissimulé des informations en effaçant une partie d’une conversation électronique datant d’octobre 2013 avant de l’envoyer à l’enquêteur, le 6 février 2015.

Al Hogan a reconnu avoir supprimé deux passages qui lui semblaient «non pertinents». Dans l’un d’entre eux, l’ancien chef d’édition proposait à Murray Guy de demander à un fonctionnaire d’inscrire Thomas Guy, son vrai nom, inconnu de tous, à la liste des invités.

Al Hogan explique aussi avoir «édité» le courriel afin de «résumer» les échanges précédents. «Vous avez inventé des mots qui n’étaient pas dans l’échange original», a réagi l’avocate. «J’ai inséré un nouveau paragraphe», a acquiescé le témoin.

Le message était accompagné de la mention «trouvé dans mes archives». Me Lahey souligne qu’en apportant cette précision, Al Hogan trompait ses patrons en décrivant le courrier électronique modifié comme un original. L’ex-employé lui a rétorqué qu’il n’avait jamais eu l’intention de présenter le courriel comme étant l’original.

L’ancien rédacteur en chef de Brunswick News, Patrick Brethour, et le vice-président, Jamie Irving, devraient témoigner à leur tour, plus tard cette semaine.