Cannabis comestible: une PME du N.-B. mise sur le sans gluten

Pour les petites entreprises qui souhaitent prendre leur place dans l’industrie du cannabis comestible, les produits de niche semblent être le seul salut. Une boulangerie néo-brunswickoise envisage de percer ce marché naissant avec ses pâtisseries au cannabis sans gluten.

Cela fait seulement 18 mois que Jenn Guimond a ouvert sa boulangerie à Grand Bay-Westfield, mais elle a déjà des projets plein la tête. «Actuellement, j’ai trois employés, mais nous allons agrandir», clame-t-elle.

Elle espère produire des pâtisseries au cannabis sans sucre et sans gluten, mais ne sait toujours pas si elle va s’associer à un producteur de cannabis ou demander une licence à Santé Canada.

La seconde vague de légalisation des produits comestibles au cannabis, initialement prévue en octobre, n’aura lieu qu’à partir de la mi-décembre. Ce retard enchante la boulangère. «C’est une chance pour moi. Je dois encore trouver des collaborateurs pour l’emballage et remplir des formalités administratives», confie-t-elle.

Pourtant ce délai supplémentaire n’est pas significatif pour tous. Organigram, gros joueur de cette industrie, ne s’inquiète pas de cette nouvelle donne.

«C’est une goutte d’eau dans l’océan», assure Ray Gracewood, directeur commercial du producteur de cannabis basé à Moncton.

À l’opposé de Jenn Guimond, le groupe compte 700 employés à temps complet.

«Nous prévoyons une production de 113 000 kg de cannabis d’ici la fin de l’année», annonce Ray Gracewood.

Le géant se concentre sur les produits au chocolat infusés au cannabis.

«Nous avons investi 15 millions $ en technique pour nous aider à nous positionner en leader sur ce marché», explique-t-il.

À chacun ses armes

Face à des concurrents de cette taille, Jenn Guimond se sent comme une inconnue.

«J’ai beaucoup plus à prouver qu’Organigram. Je suis une petite entreprise, mais j’espère pouvoir m’associer avec les bons partenaires afin que ça ne soit pas un problème pour moi.»

Sa solution pour se faire une place: trouver une niche. Les pâtisseries au cannabis sans sucre et sans gluten visent un public bien spécifique.

«C’est délicat, complexe de cuisiner avec du cannabis et d’y enlever le sucre. Ça me permet de faire la différence, et ça me donne un avantage».

Pour tester ses futurs produits, son laboratoire, ce sont ses clients.

«Nous allons chez les gens qui ont des prescriptions pour le cannabis et nous leur montrons comment cuisiner le cannabis. C’est beaucoup d’essais et de manipulations. Il est difficile d’arriver à des résultats probants avec le cannabis. C’est un produit que l’on apprend à connaître avec le temps», explique-t-elle.

À force d’expériences Jenn Guimond confie avoir trouvé un procédé qui permet de ne pas altérer le cannabis lorsque celui-ci est incorporé à de la nourriture.

La première vague de légalisation du cannabis en octobre 2018 avait entraîné des situations de pénurie face à l’enthousiasme des consommateurs. Et là encore, la différence se creuse entre les petites et grosses entreprises. Ray Gracewood, dans son rôle de directeur commercial, se veut rassurant.

«Chez Organigram, nous nous organisons pour pouvoir faire le plus de réserves possible afin d’être capable de répondre à la demande» assure-t-il.

À l’échelle de sa boulangerie, Jenn Guimond n’est pas aussi sereine.

«Je ne m’attends rien de mieux que du chaos au début. Le cannabis est encore un produit inconnu. Nous ne savons pas si les clients vont venir le premier jour où si le démarrage sera progressif. Il y a tellement de possibilités qu’il est impossible d’être prêt pour ce qui va arriver.»