Le projet Énergie Est peut-il vraiment renaître de ses cendres?

Le projet d’oléoduc de TransCanada est mort et enterré, mais cela ne ralentit pas Blaine Higgs dans ses ardeurs pour le ressusciter.

Ce pipeline de 4500 kilomètres aurait acheminé 1,1 million de barils de pétrole brut par jour des sables bitumineux de l’Ouest canadien vers les ports du Nouveau-Brunswick.

L’idée a été abandonnée par tout le monde, ou presque, y compris par l’entreprise TC Energy – anciennement TransCanada – qui en était le promoteur.

Le premier ministre Blaine Higgs, lui, y croit encore dur comme fer. Il s’appuie sur une idée ramenée sur le tapis par le chef conservateur fédéral Andrew Scheer: celle d’un «corridor national d’énergie» qui faciliterait la construction, dans une zone déterminée, de pipelines, de gazoducs et de lignes électriques.

Il estime que si un corridor national d’énergie est en place, un promoteur pourrait alors construire un pipeline d’ouest en est sans avoir à passer devant l’Office national de l’énergie (ONÉ).

«Ces normes seraient déjà satisfaites à cause de la création du corridor», a indiqué le premier ministre dans une entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

Les exigences adoptées par l’ONÉ avaient poussé TransCanada à abandonner le projet en octobre 2017.

Cependant, le Nouveau-Brunswick n’a pas le poids politique nécessaire pour faire avancer les choses. Voilà pourquoi M. Higgs courtise, depuis son arrivée au pouvoir, les autres premiers ministres afin d’obtenir leur appui.

«C’est pour ça que j’ai passé pas mal de temps à rallier d’autres provinces. On a cet alignement (d’idées) sur la stratégie d’un corridor à partir du Nouveau-Brunswick jusqu’en Alberta.»

Pour lui, il s’agit d’un projet unificateur qui permettrait de «renforcer les liens» avec les autres provinces, comme il l’a dit, le 13 juin, en mêlée de presse avec Jason Kenney, son homologue de l’Alberta.

Or, le tracé du pipeline passerait par le Québec, qui s’y est opposé à plusieurs reprises.

ilule serait plus facile à avaler pour le premier ministre Québécois, François Legault, si l’oléoduc était accompagné d’une conduite de transmission et d’un gazoduc, selon M. Higgs.

Il se donne le défi de convaincre M. Legault lors d’une réunion des premiers ministres qui aura lieu à Saskatoon, en Saskatchewan, du 9 au 11 juillet.

Un économiste perplexe

Yves Bourgeois, économiste et doyen des études au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, démontre moins d’enthousiasme.

«À court terme, il y a des avantages. À long terme, c’est moins certain», dit l’économiste en entrevue.

Il souligne que la création d’emplois serait plutôt faible après la période de construction.

«Ces investissements dans le pétrole et les oléoducs sont très intensifs au niveau du capital. Ça représente des sommes énormes et ça crée très peu d’emplois. À mon avis, au Nouveau-Brunswick, on est capables de prendre des paris beaucoup plus intéressants en termes de développement des marchés et de création d’emplois durables.»

Il estime aussi que le Nouveau-Brunswick ferait mieux de prendre les devants et d’investir dans des sources d’énergies renouvelables.

«Il y a d’autres régions, dont l’Europe et la Californie, qui font le virage vers des énergies renouvelables. Ce sont des industries naissantes qui créent beaucoup plus d’emplois par dollar dépensé que l’énergie fossile.»

Yves Bourgeois affirme qu’il ne s’oppose pas à la réalisation du projet en principe, mais il croit que M. Higgs ferait mieux de trouver un autre cheval de bataille.

«C’est pas pour dire que ça ne devrait pas aller de l’avant, mais il y a une certaine paresse, parce qu’on est vraiment en train de manquer des occasions beaucoup plus importantes.»

Benoît Bourque, député de Kent-Sud et critique du gouvernement en matière d’énergie et des ressources, était partisan du projet lorsqu’il était ministre sous le gouvernement Gallant.

Il affirme qu’en principe, il est toujours en faveur du projet, mais pas à n’importe quel prix.

«Il y a beaucoup de questions qui se posent. Quand la compagnie annule elle-même un projet, ça démontre que sa rentabilité n’est pas très forte», estime celui qui occupait le poste de ministre de la Santé avant la dernière élection au Nouveau-Brunswick.

«Je trouve que le premier ministre est en train de mettre tous ses oeufs dans ce panier-là, et je ne crois pas que c’est un panier solide.»
La compagnie TC Energy n’a pas répondu à nos multiples demandes d’entrevue.

  • Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau.