Caraquet n’entend pas renflouer les coffres du Festival acadien

La Ville de Caraquet donne la chance au coureur et permet au Festival acadien de Caraquet, son événement phare de la saison estivale, de se relever financièrement après une année déficitaire majeure. Mais la marge de manoeuvre est désormais quasi inexistante pour cette organisation, a rappelé le maire Kevin Haché.

Étonnamment, le sujet est passé inaperçu lundi soir, à la réunion régulière mensuelle du conseil municipal. La seule référence au dossier a été l’approbation des élus afin de bloquer certaines rues pour des activités du Festival, dont la course des tacots du 5 août et le 40e Grand tintamarre du 15 août.

Il y a deux semaines, la direction du Festival acadien a fait part d’un important manque à gagner de 153 000$ pour l’événement de 2018, à partir d’un budget de 925 000$. Le président sortant, Philippe Chiasson, a expliqué ces chiffres par une surestimation des revenus de commandites, une chute dans la vente de billets de spectacle et d’alcool, le retrait à la dernière minute d’une subvention provinciale de 35 000$ et une baisse de l’achalandage touristique.

Heureusement, un fonds de réserve de près de 200 000$ a permis d’absorber le coup sans trop de dommages.

Mais là, il ne reste presque plus de viande sur l’os. La direction du Festival a fait sa part en réduisant son budget à 750 000$ pour cette année. La Ville apprécie cet effort, mais n’acceptera pas un nouveau revers financier pour son plus important porte-étendard.

«Nous allons travailler avec le Festival pour qu’il fasse ses frais et, au besoin, l’aider pour s’en sortir. Nous lui accordons encore le même montant (75 000$) et il a la responsabilité de présenter un festival qui va renflouer les coffres. Mais on ne va pas payer cette dette», a indiqué le maire, rappelant que la Ville ne roule pas non plus sur l’or, surtout après une année 2018 déficitaire.

M. Haché ajoute que la direction du Festival n’a pas demandé au conseil de payer ce manque à gagner. Il n’y a pas eu non plus une demande de rencontre.

«Les gens sortent moins et boivent moins. Ce sera aussi la première édition depuis la légalisation de la marijuana. Ça va avoir une incidence. Le Festival a aussi des contraintes par rapport à sa mission de mettre en vedette des artistes émergents et la langue francophone. Les têtes d’affiche, comme 1755, se vendent bien, mais il y a un problème si les gens ne supportent pas la relève», poursuit le maire, qui est d’avis que la direction du Festival est pleinement consciente des défis à relever.

Selon l’élu, le Festival acadien de Caraquet est et demeure le festival fort de la communauté, malgré la multitude d’autres festivals qui sont apparus depuis quelques années.

«Et on ne veut pas le perdre. On ne peut pas se permettre de le perdre. Mais on ne peut pas se permettre de faire des déficits de 150 000$ chaque année. Il faut trouver un juste milieu. La municipalité continue de travailler avec le Festival, on lui donne un budget et on lui laisse carte blanche. Mais il faudra peut-être s’asseoir avec lui et s’ingérer davantage. Jusqu’à maintenant, laissons au nouveau conseil d’administration (en poste depuis juillet 2018) le temps de bien s’implanter. Il est temps de repenser le Festival et la direction le réalise», est persuadé M. Haché.

Le Festival acadien de Caraquet n’en est pas à ses premiers ennuis financiers. En 2010, un déficit important avait forcé la direction à obtenir l’aide de 75 000$ de la Ville sur une période de trois ans.