Un cycliste français suit les traces de Terry Fox

D’entrée de jeu, Elliot Tristam nous avertit: il n’est pas le plus grand sportif que la Terre ait portée. «Je suis en relative bonne forme comme à peu près tout le monde», indique celui dont la silhouette fine et élancée ne montre aucun désordre. Le vélo? Son record: pas plus de 60 km, avant d’entreprendre un périple sur deux ans qui le mènera d’est en ouest du pays en suivant le même parcours que feu Terry Fox, près de 40 ans plus tôt.

Lorsque nous le rencontrons lors d’une courte escale à Petite-Rivière-de-L’Île, près de Lamèque, Elliot Tristam avoue que son aventure peut sembler tout droit sortie de nulle part. Il faut quand même beaucoup de cran et peut-être un peu de naïveté pour ainsi enfourcher son vélo pour un aussi grand périple, ce que le principal intéressé, tout sourire, ne nie pas.

Originaire de la France, le jeune homme habite à Toronto depuis quatre ans où il travaille pour la chaîne télévisée franco-ontarienne TFO. Depuis Bruxelles, en Belgique, il a débarqué à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, vers la fin mai et a depuis parcouru environ 2000 km. Le voilà maintenant dans la Péninsule acadienne.

«J’ai pris six mois pour bien préparer mon voyage, être sûr de mon message, de ma position et de ce que j’avais envie d’en faire. Tout compte fait, avec les quelques imprévus qui me sont arrivés, je crois que j’aurais dû prendre six mois supplémentaires!», lâche-t-il dans un éclat de rire.

Son message, sa cause: l’environnement et le réchauffement climatique. Son but: aller rencontrer les gens, quelques acteurs des communautés sur sa route et qui ont la même cause que lui à coeur.

«J’ai pu établir des contacts dans presque toutes les provinces, sauf à l’Île-du-Prince-Édouard. Je veux rencontrer les communautés ainsi que quelques personnes d’influence qui, comme moi, veulent voir les choses changer», souligne celui qui, lundi soir, devait s’entretenir avec le philosophe Alain Deneault ainsi que des gens du collectif Imaginons la Péninsule acadienne autrement dans le cadre d’une causerie.

Elliot Tristam traîne dans ses bagages, en plus du nécessaire pour manger et dormir, une caméra et quelques outils informatiques lui permettant de documenter son parcours ainsi que ses rencontres sur sa page YouTube Ravage ainsi que sa page Facebook Ravage Project.

Le vidéaste et activiste estime que chaque geste compte pour promouvoir de saines habitudes de vie pour préserver la planète et éviter qu’elle n’atteigne le point de non-retour en matière de changement climatique. Le jeune homme estime d’ailleurs que les gouvernements européens et canadien semblent encore frileux à prendre un réel virage pro-écologique, malgré les nombreuses promesses faites au cours des dernières années.

«C’est vrai qu’il y a des initiatives intéressantes et de plus en plus la population est conscientisée face aux enjeux que le changement climatique implique. Par contre nous avons des présidents ou des premiers ministres qui se targuent d’être les champions en la matière, mais qui font la promotion de pipelines ou qui en font très peux pour diminuer notre dépendance au pétrole. Il y a pourtant urgence d’agir», tranche Elliot Tristam.

Et pourquoi parler de cette cause qui lui tient à coeur en empruntant la même route que Terry Fox? Elliot Tristam assure ne pas vouloir se comparer à ce héros national qui a traversé le pays à pied et amputé d’une jambe en 1980 afin d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

«Je ne le connaissais pas du tout avant mon arrivée au Canada, il y a trois ans. Même en Europe, son nom ne dit à peu près rien. Pourtant, quand j’ai découvert son histoire, j’ai été vraiment surpris et touché par ce qu’il a fait. Il a eu beaucoup de courage d’entreprendre son marathon avec une seule jambe et pour une cause aussi noble que celle de la recherche sur le cancer. Je me rends compte à quel point ç’a dû être tout un défi pour lui, étant donné que j’emprunte le même chemin que lui à vélo», exprime Elliot Tristam.

Le vélocycliste croit que le symbole de Terry Fox qui résonne encore fortement dans la culture canadienne lui servira de levier pour promouvoir sa propre cause en faveur de l’environnement.

Elliot Tristam compte poursuivre sa route jusqu’à cet automne pour ensuite prendre une pause hivernale et repartir au printemps pour terminer son parcours.