Agrès de pêche: un règlement fait rager un jeune homardier de Caraquet

Est-ce une question esthétique? Culturelle? Patrimoniale? Toujours est-il que la Ville de Caraquet a adopté les deux premières lectures de son arrêté modifié sur l’entreposage des agrès de pêche sur son territoire. Cela n’a pas empêché un jeune citoyen et pêcheur de homard de métier de s’opposer à cette politique.

Alors que les élus ont voté favorablement aux lectures par son titre de cette règle lundi soir, Luc Richard a pris la parole afin de leur mentionner qu’ils allaient à l’encontre du patrimoine et de la culture.

Ce jeune homme âgé de 27 ans est le fils de Patricia Richard, contre qui la Ville a déposé une poursuite en 2018 concernant le rangement de ses trappes à homard sur un terrain vacant situé dans l’est de la municipalité. Cette procédure judiciaire a ensuite été suspendue au début de cette année lorsque le conseil municipal a accepté de revoir ses règlements.

En fait, les propos de M. Richard ont constitué la seule objection devant les changements que la Ville veut apporter, lesquels pourraient être officialisés dès la semaine prochaine en réunion extraordinaire.

«Je m’oppose à ce projet de loi, car la pêche est un patrimoine et un signe de notre culture. Ça dit d’où l’on vient et ça montre notre mode de vie des Acadiens qui pêchaient, chassaient et cultivaient. C’est ce qui a fait de l’Acadie ce qu’il est devenu aujourd’hui», a-t-il exprimé.

Celui qui pêche le homard avec ses parents depuis maintenant quatre ans soutient que ça va bien au-delà du conflit familial avec la municipalité.

«C’est ce que nous voulons donner comme image de l’Acadie. C’est ce qu’on veut que les touristes voient. Je crois que certains conseillers municipaux ont le patrimoine et la culture très à coeur et j’espère qu’ils vont s’opposer. Mais je suis triste de voir qu’il y a des gens qui ont cette pensée face à nos paysages de pêche», admet le jeune pêcheur, qui veut aller cogner à la porte de Patrimoine canadien afin de savoir si c’est possible de bloquer cet arrêté modifié.

La Ville désire un entreposage contrôlé et encadré des agrès de pêche sur son territoire. Des pêcheurs de métier pourraient ranger leurs navires, leurs trappes ou leurs filets sur une propriété résidentielle, sous certaines conditions. Cependant, l’utilisation d’un terrain vacant y serait prohibée.

Précédemment, Caraquet interdisait l’entreposage extérieur de bateau et d’agrès sur une propriété résidentielle ou sur un terrain vacant, sauf dans la zone industrielle réservée à cette fin.

Ailleurs dans la Péninsule acadienne, Shippagan et Tracadie ne permettent pas l’entreposage extérieur de bateau et d’agrès de pêche sur une propriété résidentielle. Bas-Caraquet, Grande-Anse, Lamèque, Le Goulet, Maisonnette et Néguac l’autorisent à certaines conditions. Toutes ces municipalités refusent un entreposage sur un terrain vacant.

Bas-Caraquet, Le Goulet et Shippagan ont réservé un endroit dans leur parc industriel pour ces équipements de pêche.

Le maire de Caraquet, Kevin Haché, se demande s’il y avait réellement un problème avec ce dossier.

«Ç’a commencé avec une plainte contre une citoyenne qui avait rangé ses trappes sur un lot vacant. Mais à part son fils, il n’y avait pas d’autres opposants. Nous avons même déplacé la réunion pour donner la chance aux pêcheurs de faire part de leurs préoccupations. On s’attendait à une levée de boucliers, mais il n’y a eu qu’une personne. Je m’attendais à une salle pleine. Aucune municipalité ne permet un entreposage sur un terrain vacant. Ce n’est pas comme si on faisait quelque chose de différent. On est prêt à laisser du lest aux pêcheurs», a-t-il expliqué.