Des baleines empêtrées difficiles à retrouver

Trois baleines noires empêtrées sont pour l’instant introuvables dans les eaux du golfe Saint-Laurent. L’équipe de sauvetage Campobello Whale est toujours en attente que la vitesse des vents diminue avant de prendre le large pour retrouver les cétacés en difficultés.

Les conditions météorologiques n’ont pas permis, mardi, à l’équipe de Campobello de continuer la recherche des baleines prises au piège dans des équipements de pêche.

Dernièrement, deux baleines empêtrées avaient été vues au large de l’île Miscou, tandis qu’une avait été aperçue près de Percée, en Gaspésie. Aucun des trois animaux n’a été revu depuis dimanche.

Depuis plusieurs jours, une surveillance aérienne du ministère des Pêches et des Océans et de Transports Canada s’opère dans le golfe Saint-Laurent.

Les baleines qui demeurent coincées dans les cordes pourraient gravement en souffrir, voire en mourir. Les cordes affectent leurs habiletés à s’alimenter et à nager.

Dans les deux cas répertoriés au large de l’île Miscou, une baleine avait une corde attachée à la mâchoire, l’autre autour de la queue.

«C’est pour cela qu’on veut que les baleines soient libérées, pour qu’elles aient une chance de survivre», explique Moira Brown, scientifique à la Canadian Whale Institute.

Les eaux étaient trop agitées, en début de semaine, pour que l’équipe de Campobello puisse faire une quelconque intervention, de concert avec les scientifiques de la Canadian Whale Institute.

«Maintenant tout le monde est en “stand-by” en attendant que la température soit plus clémente», dit-elle.

L’équipe de Campobello, présentement à Shippagan, est prête à lever l’ancre et à partir à la recherche des baleines.

Lorsqu’une baleine empêtrée aura été repérée, les secouristes se dirigeront en bateau, le plus près possible du mammifère marin. La priorité demeure toutefois de localiser les cétacés.

«La première chose à faire est de retrouver ces baleines», dit la scientifique.

C’est à l’aide d’outils spécialisés – des crochets avec des lames qui pointent vers l’intérieur – que les membres de l’équipage tenteront de libérer l’animal.

Si la procédure semble simple, ce n’est absolument pas le cas. Rien n’est gagné. Surtout que l’opération n’est pas reconnue pour être sécuritaire.

«C’est une très longue et dangereuse procédure», dit Mme Brown.

Ce mercredi soulignera d’ailleurs le deuxième anniversaire de décès de Joe Howlett, bénévole au sein de l’équipe de Campobello. Il a perdu la vie lors d’une opération de sauvetage d’une baleine empêtrée le 10 juillet 2017.

Pas encore assez

Par ailleurs, un organisme environnemental estime que la série de mesures dévoilées lundi par le gouvernement fédéral afin de protéger les baleines noires de l’Atlantique Nord ne va pas assez loin.

Depuis juin, six baleines noires sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent.

Il ne resterait pas plus de 400 baleines noires dans le monde.

À partir de maintenant, tous les navires de 13 mètres et plus ne pourront pas dépasser la limite de vitesse de 10 noeuds (18,5 km/h) dans une grande partie du golfe du Saint-Laurent. Cette limitation de vitesse est proscrite dans les voies de navigation au nord et au sud de l’île d’Anticosti.

Le Programme national de surveillance aérienne de Transports Canada et de Pêches et Océans Canada triplera ses vols de patrouille afin de veiller à ce que les lois soient respectées.

Transports Canada mentionne que le nombre de vols de surveillance passera de deux par semaine à deux par jour, si la météo le permet.

Le Sierra Club Canada, une organisation environnementale à but non lucratif, croit que ces nouvelles mesures sont loin d’être suffisantes pour protéger l’espèce de cétacés en voie de disparition.

«On ne pense pas que cette limitation de vitesse pour les navires couvre un assez grand territoire. Cela devrait englober tout le golf du Saint-Laurent», indique Gretchen Fitzgerald, directrice des programmes nationaux chez Sierra Club Canada.

Les baleines vivent dans le golfe du Saint-Laurent jusqu’en novembre. La surveillance accrue des bateaux a été annoncée le 8 juillet et se terminera le 15 juillet.

«Ils se sont seulement engagés pour une semaine de surveillance renforcée. Ce n’est pas très long», continue-t-elle.

Sierra Club Canada croit que la période de haute surveillance devrait être mise en place durant toute la saison où les baleines sont dans le golfe Saint-Laurent.

L’organisation est aussi d’avis que des ressources supplémentaires devraient être apportées aux bénévoles qui sauvent les baleines empêtrées, par exemple Campobello Whale.

Sierra club est particulièrement inquiet quant au sort écologique du golfe Saint-Laurent.

«On sait maintenant que les changements climatiques ont de grandes répercussions sur le golfe, probablement d’une des pires façons que n’importe quel écosystème au monde», lance-t-elle.

Les baleines noires se reproduisent aujourd’hui beaucoup plus lentement qu’autrefois.

«Nous nous devons d’être encore plus prudents avec ces cétacés», continue Mme Fitzgerald.

Des six baleines retrouvées mortes, trois d’entre elles avaient subi des blessures après avoir été heurtées par un navire. La cause de la mort des trois autres demeure inconnue. Au cours de leur vie, 80% des baleines ont déjà été empêtrées dans des fils de pêche.

De ce pourcentage, 60% ont été empêtrées plus d’une fois.

L’empêtrement des baleines cause un énorme stress chronique chez ces mammifères marins.