Campbellton: des patients en fin de vie forcés de déménager

Faute de personnel, l’Unité des soins palliatifs de l’Hôpital régional de Campbellton déménagera temporairement sur une autre unité. Une situation fortement critiquée par une famille qui bénéficie actuellement de ce service.

Ce n’est pas la première fois que l’Unité de soins palliatifs ferme temporairement ses portes en raison d’un manque de personnel. Cette situation est survenue en janvier 2019 et à l’été 2017. Cette fois-ci par contre, la mesure ne durera pas quelques semaines, mais bien quelques mois.

Le Réseau de santé Vitalité a confirmé jeudi que les lits de l’Unité de soins palliatifs seront regroupés à l’intérieur de l’Unité de gériatrie-réadaptation. Afin de continuer d’offrir un environnement plus «tranquille» aux clients et leur famille, ceux-ci seront installés dans des chambres individuelles.

Durant cette période, l’Unité des soins palliatifs accueillera pour sa part une autre clientèle, soit une partie de celle de l’Unité des soins de transition, des patients recevant des soins de longue durée et souvent en attente d’une place en foyer. Dix lits supplémentaires seront ainsi attribués à cette clientèle, portant le nombre à 33.

Ces mesures seront en vigueur jusqu’en octobre où elles seront réévaluées. Cela signifie donc qu’il y a toujours possibilité qu’elles deviennent permanentes.

Vacances et pénuries

Au Réseau de santé Vitalité, on évite l’utilisation du mot «fermeture» d’unité, préférant plutôt parler d’une réorganisation temporaire de service. Une fois de plus, c’est la pénurie de personnel qui est au banc des accusés pour justifier cette mesure, une pénurie aggravée par les vacances estivales. Avec ce transfert, le réseau dit vouloir tenter de maximiser l’utilisation de ses ressources.

«À l’heure actuelle, plusieurs unités de soins de l’HRC fonctionnent avec des équipes réduites, alors que le taux d’occupation demeure très élevé, que les débordements sont fréquents et que 45% des lits sont occupés par des patients en processus d’évaluation ou en attente de placement dans un établissement de soins de longue durée», a déclaré par voie de communiqué Johanne Roy, vice-présidente aux Services cliniques du Réseau de santé Vitalité.

En ce sens, la solution privilégiée pour le moment est le regroupement des clientèles.

Le réseau se veut par ailleurs rassurant et soutient que les patients des soins palliatifs continueront de recevoir les mêmes soins de qualité de la part du personnel.

Famille inquiète

Cette situation est par contre loin de plaire à la famille Blanchard de Dalhousie. Depuis le 14 juin, Antonia Blanchard se rend régulièrement à l’Unité de soins palliatifs afin d’accompagner sa mère atteinte d’un cancer du poumon en phase terminale. Nul doute, l’ambiance est lourde. Mardi, on lui a annoncé la nouvelle du déménagement imminent.

«On ne sait pas combien de temps il reste à ma mère. On n’avait vraiment pas besoin de cette nouvelle, la situation est déjà suffisamment difficile à vivre comme c’est là», confie-t-elle.

Mme Blanchard précise ne rien avoir contre les soins prodigués à sa mère. Au contraire, elle encense le personnel soignant. Ce qu’elle déplore, c’est qu’on utilisera l’unité destinée aux soins palliatifs à d’autres fins et que l’on transférera sa clientèle dans un endroit bruyant et moins adapté.

«Ici, c’est tranquille, on est bien. Les patients ont de très belles chambres, la famille peut bénéficier d’un petit salon pour se recueillir. À l’autre endroit, on n’a pas la même intimité. Les patients se promènent partout, ils font des exercices de réadaptation. L’autre clientèle souvent est atteinte de démence ou d’Alzheimer. Ça cri souvent, il y a des codes blancs. Ce n’est vraiment pas une ambiance propice pour des soins palliatifs», estime-t-elle.

Mme Blanchard accuse le Réseau de santé Vitalité de manquer d’empathie envers les patients et les familles utilisant cette unité.

«On comprend très bien la situation de manque de personnel, mais on dirait qu’eux ne comprennent pas l’importance de ce service. On parle ici de la fin de vie d’une personne. Celles-ci ont droit de passer leurs derniers moments dans la paix et dans la dignité», souligne-t-elle.

Seule unité

Mme Blanchard s’insurge particulièrement contre le fait que cette unité est la seule dans le centre et l’est du Restigouche.

«On avait une belle unité fraîchement rénovée à Dalhousie et ils l’ont fermé pour concentrer leurs efforts à Campbellton. On comprend qu’on doit parfois faire des compressions, mais là ils diminuent le nombre de lits à Campbellton, et voilà qu’ils déménagent les patients dans une unité beaucoup moins appropriée, moins accommodante pour les familles. Moi je trouve que c’est un grand manque de respect. C’est choquant», estime-t-elle.

Mme Blanchard avoue ne pas savoir quand sa mère sera déménagée à l’autre unité, non plus si elle se rendra jusque-là. Mais que le déménagement survienne ou non lui importe peu, elle ressent le besoin de dénoncer la situation.

«Si ce n’est pas pour nous, alors ce sera pour les autres familles qui suivront. Si on peut faire bouger les choses pour d’autres familles, ce sera toujours ça, car je trouve que c’est manquer de respect envers nos êtres chers en fin de vie. Ils méritent mieux que ça», dit-elle, appelant le Réseau de santé Vitalité à revoir sa position, allant même jusqu’à interpeller directement le ministre de la Santé afin de faire bouger les choses.