Les usines de cannabis victimes du syndrome «pas dans ma cour»?

La production de cannabis à grande échelle est une nouvelle industrie qui rencontre ses premiers obstacles au Nouveau-Brunswick.

La municipalité de Cap-Pelé, dans le Sud-Est, vient de prolonger son moratoire de deux ans. Tout nouveau projet visant à produire du cannabis devra également est soumis à une consultation publique et à l’approbation du conseil municipal.

Cette consultation pourrait être une étape difficile pour un nouvel entrepreneur, puisque les citoyens de Cap-Pelé ont déjà démontré leur opposition à un projet mis de l’avant par des promoteurs de la région.

Plus de 500 personnes ont signé une pétition contre sa venue, et des dizaines ont rempli la salle du conseil municipal à chaque fois que le mot cannabis était à l’ordre du jour.

La principale préoccupation des citoyens: les odeurs qui émanent d’une culture industrielle de cannabis. Bien qu’inoffensives, ces odeurs sont jugées désagréables par les opposants.

Qu’en est-il ailleurs en province?

Atholville

À Atholville, dans le Restigouche, les gens n’ont pas la même attitude, selon le maire Michel Soucy.

Zenabis, une entreprise de production de cannabis médical et récréatif, en a fait son quartier général au Nouveau-Brunswick.

«Chez nous, dès les débuts, on ne voyait pas de problème parce qu’il était question de cannabis médical. Le gouvernement fédéral a changé la loi depuis, mais on est toujours avec une culture qui est contrôlée.»

Le maire explique que l’usine fait des efforts pour ne pas importuner les résidents. Les problèmes reliés aux odeurs sont généralement réglés rapidement. De plus, l’impact économique créé par l’usine, qui compte environ 400 employés, a fait grand bien dans la communauté.

«À part quelques plaintes qu’on a transmises à la compagnie, on n’entend rien de la part des gens», réitère-t-il.

L’usine de Zenabis est située dans le parc industriel du village. Michel Soucy estime que ce genre d’usine ne doit pas être située trop près des secteurs résidentiels afin d’éviter les problèmes d’odeurs.

Eugénie Boudreau, directrice générale par intérim de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, affirme que le mariage Zenabis-Atholville est l’un des rares exemples disponibles dans la province, puisque l’industrie est encore nouvelle.

«Organigram à Moncton et Zenabis à Atholville, ce sont des exemples de partenariats qui fonctionnent bien. Il y a quand même une excellente collaboration entre le conseil municipal d’Atholville et Zenabis», souligne-t-elle.

La nouveauté de l’industrie signifie aussi que Cap-Pelé est la première municipalité à refuser ce genre de projet de façon catégorique.

«Je n’ai pas entendu parler d’autres municipalités qui ont mis en place des mesures comme cela.»

Bathurst

Paolo Fongemie, maire de Bathurst, explique qu’il ne voit pas d’inconvénient à la culture de cannabis à Bathurst, du moins pour l’instant.

«Il y a des gens qui nous ont approchés, il y a une ouverture si on fait que ça respecte les règlements municipaux en vigueur. Pour nous, ce n’est pas un problème.»

Le maire estime que ce n’est pas à Bathurst qu’on verrait le genre de préoccupations qui ont été mises de l’avant par les citoyens de Cap-Pelé au cours des derniers mois.

Richibucto

Les odeurs sont par contre une corde sensible à Richibucto. Le maire Roger Doiron estime que la population pourrait mal réagir à un projet de production de cannabis étant donné les problèmes reliés à l’usine Omera Shells.

Cette entreprise, qui transforme des sous-produits de fruits de mer, est située à proximité de quelques résidences et d’une école primaire. Plusieurs plaintes ont été reçues par la municipalité en lien à des odeurs dégagées par l’usine, qui a dû fermer ses portes pour régler la situation.

«Si jamais quelqu’un nous approchait, il faudrait voir comment on s’y prend, parce qu’avec tous les problèmes qu’on a eus avec Omera Shells, je ne voudrais pas que ça se répète avec du cannabis.»