Dominic LeBlanc a profité de l’avion privé d’Irving pour se rendre à un rendez-vous médical

Le ministre Dominic LeBlanc s’est rendu à Montréal à bord de l’avion privé de l’entreprise J.D. Irving le mois dernier pour une consultation médicale.

Le voyage aller-retour à partir de Moncton a été approuvé au préalable par le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique de la Chambre des communes.

M. LeBlanc s’est retiré temporairement de ses fonctions de ministre des Affaires intergouvernementales et du Nord en avril après avoir reçu un nouveau diagnostic de cancer.

Selon la déclaration publique de voyage publiée sur le site web du commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Dominic LeBlanc s’est rendu à Montréal avec son épouse le 13 juin sur les conseils de son médecin traitant.

Le bureau de M. LeBlanc a indiqué mercredi qu’il avait eu recours à l’avion privé parce que ses médecins «ont déterminé qu’il ne pouvait pas prendre de vols commerciaux» puisque «son système immunitaire est compromis».

Le rendez-vous chez un spécialiste à Montréal était nécessaire parce que M. LeBlanc souffre d’une forme de lymphome non hodgkinien extrêmement rare qui n’a jamais été traité au Nouveau-Brunswick, toujours selon son bureau.

Une porte-parole de J.D. Irving s’est contentée d’indiquer par courriel qu’il s’agissait d’une question personnelle de nature médicale.

«Nous souhaitons la meilleure des chances au ministre LeBlanc dans ses traitements», a confié Mary Keith.

Dominic LeBlanc avait déjà confié au commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique qu’il est un «ami» du président et directeur général de J.D. Irving, James D. Irving.

Lors de la nomination de M. LeBlanc au sein du cabinet du premier ministre Justin Trudeau en 2015, le commissaire a déterminé qu’il était nécessaire de créer un filtre anti-conflits d’intérêts entre le ministre et M. Irving.

Selon le commissariat, cette mesure sert à prévenir une situation de conflit d’intérêts ou la perception de traitement de faveur.

Le chef de cabinet de M. LeBlanc est responsable d’appliquer ce filtre pour assurer que l’élu s’abstienne de participer à toute affaire ou décision concernant James Irving et ses entreprises.

Si une affaire concernant J.D. Irving se rend malgré tout jusqu’à M. LeBlanc, celui-ci doit en avertir le commissaire et se récuser.

Selon le politologue Mario Levesque de l’Université Mount Allison, Dominic LeBlanc n’aurait pas dû voler dans l’avion d’Irving même si le commissaire l’y avait autorisé.

«Ça nous dit que Dominic LeBlanc est dans la poche des Irving. Je ne sais pas comment ç’a été approuvé par le commissaire, mais ça me dit que notre système politique est brisé», indique-t-il.

Les citoyens ordinaires n’ont généralement pas accès à un avion privé, même lorsqu’ils doivent se rendre à des rendez-vous médicaux à l’extérieur de la province, souligne M. Levesque.

«Même si ça nous est offert, on ne devrait pas le prendre quand on est dans un poste public et que l’on doit défendre tous les gens de notre région. On ne peut pas prendre des cadeaux des uns et des autres.»

Le fait que M. LeBlanc ait accepté un voyage comme celui-là quelques mois seulement avant les élections fédérales témoigne d’une certaine «arrogance» de la part du ministre vis-à-vis de ses électeurs, selon Mario Levesque.

«Les gens voient ça et ne trouvent pas ça correct et à la place d’aller voter, ils restent à la maison.»

Le commissaire a déjà conclu en 2018 que Dominic LeBlanc s’était trouvé en conflit d’intérêts alors qu’il était ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière.

Selon le commissaire Mario Dion, M. LeBlanc a manqué à son obligation de se récuser d’un processus de délivrance d’un permis de pêche alors qu’il savait que le cousin de son épouse était lié à une des entreprises soumissionnaires.

Le ministre LeBlanc a également fait les manchettes plus tôt ce mois-ci lorsque CBC a révélé ses liens personnels avec cinq des six derniers juges nommés au Nouveau-Brunswick par le gouvernement fédéral.

Dominic LeBlanc a confirmé le 18 juin qu’il sera candidat du Parti libéral du Canada dans Beauséjour lors des élections fédérales de l’automne.