Il y a 50 ans, la conquête de la Lune fascinait aussi les Acadiens

Aucune aventure humaine n’a égalé la conquête de la Lune. On estime à plus de 500 millions le nombre de spectateurs qui ont vu en direct, à la télé, les premiers pas de Neil Armstrong sur notre satellite que l’on croyait inatteignable jusqu’à cette fameuse soirée du dimanche 20 juillet 1969. Parmi eux, il y a eu assurément beaucoup d’Acadiens, mais peu ont été aussi passionnés qu’Alyre Robichaud.

Ce féru de l’histoire spatiale se souvient très bien où il était et ce qu’il faisait au moment où le module lunaire Eagle a posé ses quatre pattes sur un terrain plat de la mer de la Tranquillité.

Il était dans son salon, devant le téléviseur noir et blanc aux images neigeuses. Avec ses parents, dont son père Clémenceau, tout aussi intéressé par cet exploit, sa mère Donalda, son frère et sa soeur.

Personne ne disait un mot, comme si cela allait gâcher cet instant unique.

Puis, Armstrong sortit du LEM, descendit les marches, posa le pied sur la surface poudreuse et grise de l’astre et lâcha cette phrase célèbre: A small step for man, a giant leap for mankind. (Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité).

«Nous étions tous muets devant ces images, comme si nous étions terrassés. On ne trouvait pas les mots pour définir ça. C’était quelque chose de surnaturel pour moi», raconte, avec une lueur indescriptible dans les yeux, cet homme aujourd’hui âgé de 69 ans.

Assis dans sa cuisine, chez lui à Lamèque, Alyre Robichaud pourrait vous raconter pendant des heures chaque menu détail des missions Mercury, Gemini et Apollo qui ont permis aux Américains de respecter à temps ce pari fou lancé en 1962 par le président John Fitzgerald Kennedy. We choose to go to the Moon…

Et, il ne faut surtout pas oublier, battre enfin les Russes dans cette confrontation autant (sinon plus) politique que scientifique entre deux superpuissances mondiales.

Le successeur de Kennedy, Lyndon B. Johnson, a donné son aval au coûteux et controversé programme parce qu’il ne pouvait se faire à l’idée de regarder le ciel et apercevoir une Lune communiste…

Une journée marquante

Dans sa vie, peu de jours que celui du 20 juillet 1969 ont été aussi marquants dans l’esprit d’Alyre Robichaud. Peut-être son premier jour d’école. Les funérailles d’un grand-parent. Puis ces fois où les Russes ont battu de vitesse les États-Unis avec Spoutnik, la chienne Laïka et Youri Gagarine, le premier homme en orbite autour de la Terre.

Son premier souvenir remonte au 5 octobre 1957. C’était dans la cour de l’école. Des élèves plus vieux racontaient que les Russes avaient envoyé la veille un satellite en orbite, le fameux Spoutnik, qui faisait «Beep! Beep!».

Depuis, cet adolescent introverti lit tout ce qui lui tombe sous la main concernant la conquête spatiale. Fasciné par la conquête spatiale, il ne rate aucun événement présenté à la télé, que ce soit en direct ou au bulletin de nouvelles en soirée.

«J’échangeais souvent avec mon père là-dessus. Il me demandait si atteindre la Lune allait être vraiment possible. Pour la société de l’époque, ça semblait quelque chose incrédule, d’irréalisable», affine Alyre Robichaud.

La tragédie d’Apollo I l’a également marqué. La mort de trois astronautes à la suite d’un incendie dans le module de commande pendant une répétition du prélancement, le 27 janvier 1967, a émis des doutes sur l’atteinte de l’objectif.

«J’ai pensé que c’en était peut-être terminé», a-t-il avoué.

Mais ses espoirs ont renaît quand Apollo VIII a contourné la Lune, en décembre 1968.

«Quand on a montré le lever de Terre, je me suis alors dit “On est sur cette petite boule. On marche dessus!” C’était formidable. Ça m’a fait prendre conscience de notre place dans cet univers.»

L’effort d’une nation

Mais l’effort et l’entêtement d’une nation à ne pas se faire damer de nouveau le pion par les Russes ont réussi à construire la fusée Saturn V, la machine humaine la plus puissante jamais réalisée à ce jour et haute de 110 mètres, et un module lunaire fonctionnel à temps pour le départ du 16 juillet 1969, à 9h32.

«Durant leur voyage, je regardais souvent la Lune, le soir. Je m’imaginais dans la capsule avec Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins en chemin. Je l’ai regardée souvent pendant les quelques heures qu’ils étaient là. Je me disais “Il y a des hommes qui marchent sur la Lune…”. J’étais abasourdi. J’ai regardé les émissions toute la journée. Mon père aussi, mais ma mère n’était pas d’accord. J’avais tellement peur qu’il arrive quelque chose à la rentrée sur Terre de la capsule. J’avais suivi Apollo VII, VIII et son fameux lever de Terre, IX et X. J’avais même manqué quelques journées d’école… Ç’a été une aventure humaine incroyable, surnaturelle. C’était comme si je vivais quelque chose plus grand que nature. Je n’ai jamais pensé que ça pouvait être truqué», confie-t-il, 50 ans plus tard.

Ce voyage vers l’inconnu, il le compare avec ce que les premiers explorateurs européens ont pu vivre pendant la traversée de l’Atlantique, en quête d’un nouveau monde. Mais au XVe siècle, il n’y avait pas de télévision pour retransmettre en direct des images à plus de 384 000 km. n

Retourner sur la Lune?

Cette semaine, alors que la Lune présente ses plus beaux atours – comme si elle voulait célébrer à sa façon cet anniversaire – et a offert même une éclipse partielle mardi (malheureusement non visible de l’Acadie), Alyre Robichaud écoutera tout ce qu’il y aura d’émissions à la télévision. Cet hiver, il a même vu avec beaucoup d’émotion le film IMAX Apollo XI, à Montréal, avec des extraits inédits de films de cette époque.

«Ce fut deux heures de pur plaisir, raconte-t-il. La NASA a trouvé des centaines d’heures de tournage qui valent aujourd’hui une fortune. C’était de vraies choses, de vraies personnes. Le camping le long de la plage à Cap Canaveral le jour du lancement. On voyait la définition des visages pendant les phases critiques de la mission. On pouvait sentir cette tension. J’ai revécu ce soir du 20 juillet 1969.»

Évidemment, Alyre Robichaud souhaite qu’on retourne sur la Lune – l’Inde vise 2022 alors que les États-Unis ciblent 2024 avec le projet Artémis (soeur jumelle d’Apollon dans la mythologie grecque), si le Congrès américain accepte de dépenser des milliards de dollars -, mais il préférerait que l’être humain vise Mars.

«Ça se peut», affirme celui qui aurait alors 85 ans si ça se concrétise en 2035.

L’entrevue se termine trop tôt, car votre humble serviteur, tout aussi passionné de l’espace, aurait pu jaser des heures avec son hôte.

Tout d’un coup, Alyre Robichaud se lève. «Attends un peu!», dit-il, tout excité. Il va dans la pièce d’à côté et en revient avec ce qui a tout l’air d’un casque d’astronaute.

Alyre Robichaud nous présente en primeur le casque que portera sa conjointe Sandra LeCouteur dans quelques jours pour un spectacle consacré à Neil Armstrong, le premier homme à marcher sur la Lune. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«Je le porte pour dormir depuis 50 ans!», lance-t-il en enfilant cet objet sur sa tête. C’est une blague, bien entendu.

Mais ce casque est bien réel. Il servira à sa conjointe, Sandra LeCouteur, pour son spectacle du 31 juillet au phare de Miscou. Pour l’instant, c’est un secret. On ne doit pas le voir…

Mais il paraît, selon des sources bien informées, que Neil Armstrong aurait plutôt atterri sur l’île Lamèque.