Un nouveau souffle pour l’industrie éolienne néo-brunswickoise

Le Nouveau-Brunswick s’est engagé à répondre à 40% de la demande d’électricité provinciale au moyen d’énergies renouvelables d’ici 2020. Ce pari est en voie d’être tenu, alors que plusieurs projets de parcs éoliens se concrétisent enfin.

Au début des années 2000, d’imposants parcs éoliens sortaient de terre à Lamèque, Kent Hills et au Mont Caribou. Depuis, ce virage éolien a subi un coup d’arrêt pendant une décennie.

Le vent a tourné, les installations à grandes échelles n’ont plus la côte. «Ce n’est pas dans nos plans tout de suite», nous confirme un porte-parole d’Énergie NB, Marc Belliveau.

Mais depuis plusieurs mois, la Société de la Couronne ouvre la porte à des projets d’énergie renouvelable à petite échelle. Quatre d’entre eux viennent d’obtenir le feu vert.

Cette carte montre les parc éoliens et les projets en cours au Nouveau-Brunswick. – Acadie Nouvelle

L’Acadie Nouvelle a appris en exclusivité qu’une compagnie de Fredericton, Naveco Power, établira un parc éolien près d’Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne. La centrale de 20 MW sera composée de cinq à six turbines. Le site devrait être opérationnel dès décembre 2020.

«Les études environnementales pour le sol, le vent, et l’analyse des routes à construire sont faites. Nous sommes en train de délimiter le chemin des lignes électriques», précise l’instigateur du projet, Daniel Brassard. Le projet, appelé Chaleur Ventus, est évalué entre 30 et 40 millions $. Il sera en partie financé par la Ville de Bathurst.

Plus au sud, une immense éolienne de 198 mètres est actuellement en construction entre Richibucto et Rexton. Le projet porté par la Première nation de Pabineau et l’entreprise néo-écossaise Natural Forces a reçu l’approbation d’Énergie NB en août 2018.

Les travaux vont bon train, le générateur de 3,8 MW devrait commencer à alimenter 900 maisons en énergie verte dès septembre 2019.

Le Parc éolien de Lamèque connaît un grand succès. – Acadie Nouvelle: archives

Deux autres communautés autochtones pourront vendre de l’électricité à Énergie NB. Un parc éolien de 50 millions $ est en construction près de Sussex. Formé de cinq turbines d’une capacité de 20 MW, il sera détenu à 51% par la Première Nation de Tobique et à 49% par l’entreprise Natural Forces.

Un parc éolien de la même envergure sort de terre dans le comté d’Albert. La centrale de 18MW affiliée à la Première Nation de Woodstock permettra d’alimenter 6000 maisons. Dans les deux cas, le déboisement est désormais terminé et les équipes s’apprêtent à débuter l’installation.

Marc Belliveau indique qu’Énergie NB doit encore donner son autorisation à un cinquième projet communautaire. Ces nouveaux développements, explique-t-il, permettront à la société de la Couronne de dépasser la cible de 40% de la demande d’électricité provinciale issue d’énergies renouvelables d’ici 2020.

Actuellement les 119 éoliennes branchées sur le réseau électrique du Nouveau-Brunswick ne représentent que 7% de la capacité de production d’électricité de la province, contre 28% à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le Nouveau-Brunswick n’atteindra pas un tel niveau de sitôt, l’idée d’investissements massifs dans le secteur n’est pas à l’ordre du jour. «Notre portfolio est plein», mentionne M. Belliveau. L’énergie éolienne, ajoute-t-il, comporte son lot de contraintes techniques.

Production d’électricité par type de combustible au Nouveau-Brunswick en 2017. – Source: Office national de l’Énergie

En effet, l’électricité est produite en fonction du vent et non de la demande, et son stockage est assez dispendieux. «Lors des journées froides, la consommation au Nouveau-Brunswick grimpe à 300 MW. On ne peut pas se fier sur l’énergie éolienne pour répondre à des pics de consommation. Ça nous prend une source d’énergie continue.»

Quelques heureux pour de nombreux déçus

En 2016 et en 2017, Énergie NB avait invité les Premières Nations, les municipalités, les coopératives et les organismes sans but lucratif à proposer des projets d’énergie renouvelable à petite échelle. Plus d’une cinquantaine de soumissions ont été étudiées et seule une poignée d’entre elles ont été retenues.

Plusieurs protestent contre un système verrouillé qui oblige les investisseurs à convaincre la société de la Couronne d’acheter leur électricité pour l’inclure à son réseau de distribution. Le Parti vert, notamment, voudrait changer la loi pour permettre aux producteurs néo-brunswickois de vendre directement leur électricité aux municipalités pour leur usage institutionnel.

Les membres de la Coopérative d’énergie renouvelable du Nord-Ouest tentent depuis une dizaine d’années de donner vie à leur projet de parc éolien à Lac-Baker, sans succès. Énergie NB a également rejeté la proposition conjointe des villes d’Edmundston, Perth-Andover et Saint-Jean qui envisageaient la création de deux parcs éoliens pouvant chacun alimenter 6400 foyers.

L’Acadie Nouvelle a appris que le projet de parc d’énergies renouvelables porté par l’entreprise néo-brunswickoise Atapaqq dans la région Chaleur n’a pas non plus abouti. La société souhaite aménager un site au nord de Belledune pour y installer 84 MW d’énergie éolienne, 5 MW d’énergie solaire et des batteries de stockage.

Le PDG Atapaqq, Raphaël Roy, pointe du doigt une faible volonté politique et un «manque de vision».

«Il faudrait être plus entreprenant», plaide-t-il.

«Énergie NB voit ça comme un fardeau que de gérer les demandes des petites entreprises, parce qu’il faut une gestion de la qualité, s’assurer que les normes sont respectées… et le gouvernement n’a pas la volonté d’incorporer beaucoup plus d’énergies renouvelables. Pourtant le potentiel est énorme, on a une bonne ressource en vent, la proximité des États-Unis. Ça pourrait devenir un moteur économique.»

De son côté, Daniel Brassard, de l’entreprise Naveco Power, croit qu’Énergie NB devrait permettre l’implantation de plus gros sites.

«Que ce soient des centrales de 20 MW ou de 40 MW, les coûts initiaux sont les mêmes, ce sont les mêmes études, les mêmes recherches…»

Lui aussi est d’avis que le potentiel de l’éolien pourrait être exploité davantage. «Le vent qu’on a ici, c’est de l’or pour le Nouveau-Brunswick!»