Tout ne roule pas toujours bien pour les cyclistes de la province

La loi d’Ellen, qui oblige les automobilistes à laisser une distance d’un mètre entre leur véhicule et les cyclistes, a maintenant plus de deux ans. Les amateurs de vélo sont-ils plus en sécurité aujourd’hui? Des utilisateurs témoignent de leur expérience.

En 2018, 13 automobilistes au Nouveau-Brunswick ont reçu une contravention en vertu de la loi d’Ellen.

«Treize arrestations en un an! Moi ça m’arrive au moins une fois par jour qu’une voiture passe beaucoup trop proche de moi», s’exclame Rhéal Jaillet.

La loi d’Ellen a été mise en application le 1er juin 2017. Très médiatisée à l’époque, cette loi a été nommée en l’honneur d’Ellen Watters, une cycliste néo-brunswickoise élite. Elle est décédée lors d’un entraînement après avoir été happée par un véhicule en décembre 2016.

Rhéal Jaillet déplore le manque de zone limitée pour les cyclistes. – Acadie Nouvelle: Lili Mercure

Entre le 1er juin et le 31 décembre 2017, 16 personnes ont reçu une amende pour avoir roulé à moins d’un mètre d’un vélo.

Rhéal Jaillet est propriétaire de la boutique de sport et de fitness Fitworks à Dieppe. Il est très impliqué dans la communauté des cyclistes de la région. Il participe chaque année au Tour de l’espoir. En plus, il est entraîneur de l’équipe de vélo de montagne de la délégation du sud-est du Nouveau-Brunswick aux Jeux de l’Acadie.

Si M. Jaillet croit qu’un petit changement s’est opéré chez les conducteurs, il lui arrive encore trop souvent d’être frôlé par une voiture alors qu’il est en vélo.

Rhéal Jaillet déplore le manque de zone limitée pour les cyclistes. – Acadie Nouvelle: Lili Mercure

Selon lui, la plupart des automobilistes ne sont pas au courant de la loi d’Ellen.

«Si tu ne fais pas de vélo ou tu n’es pas dans le domaine, ça se pourrait que tu n’en aies pas entendu parler», dit-il.

Mike Lawrence, qui travaille à La Bikery à Moncton, est aussi d’accord pour dire que les automobilistes ne respectent pas toujours la distance imposée d’un mètre.

Sur la route, pour sa sécurité, il adopte le même état d’esprit qu’un automobiliste.

«Tu dois être capable d’anticiper les gestes que le véhicule posera. N’essaies jamais de mettre au défi une auto», lance-t-il.

Parfois, les automobilistes ne peuvent pas toujours voir les cyclistes. D’autres fois, ces conducteurs ne veulent tout simplement pas les voir, selon M. Lawrence.

À l’inverse, il déplore ces cyclistes qui, sur des vélos de plusieurs milliers de dollars, se croient invincibles sur les routes. Ils sont prêts à faire des manoeuvres dangereuses et à espérer que les conducteurs respectent en tout temps la distance imposée d’un mètre.

«En cour, ils vont sûrement gagner, mais ils vont boire leur souper avec une paille pendant un bon bout de temps», indique-t-il.

Mike Lawrence recommande de suivre le Code de la route et d’être visible. En d’autres mots, il suggère de porter des couleurs vives.

Mike Lawrence est passionné des vélos et travaille à la Coopérative La Bikery. – Acadie Nouvelle: Lili Mercure

«Tant que je respecte la route et ses lois, les gens vont me respecter», estime-t-il.

Il ajoute qu’envoyer un doigt d’honneur à un conducteur agressif n’est jamais une solution.

«Tu es toujours dans une position de défense sur un bike. Tu ne sais jamais comment un conducteur peut réagir».

L’expérience de cycliste de M. Lawrence est somme toute positive. Selon lui, la plupart des gens respectent la distance d’un mètre, surtout à Shediac. Des automobilistes sont prêts à embarquer sur la voie inverse afin de laisser une bonne distance entre leur véhicule et le cycliste.

Le passionné de vélos est convaincu qu’il y a une avant et une après-loi d’Ellen. Cette législation aura permis d’éveiller la conscience collective des automobilistes, tout comme celle des cyclistes.

Des pratiques dangereuses toujours présentes

Si des lignes blanches délimitent l’espace réservé aux vélos sur les routes, cela ne veut pas dire que les cyclistes sont à l’abri des dangers selon Mike Lawrence.

«C’est un faux sentiment de sécurité pour quelqu’un qui pense être safe à l’intérieur de la zone des vélos», explique-t-il.

Rhéal Jaillet se désole que ces mêmes lignes blanches qui séparent la zone vélo de la zone voiture ne sont pas encore très présentes dans le paysage routier. Des sections de route pourraient être plus sécuritaires pour les cyclistes selon lui.

Le propriétaire de Fitworks pense que les gens qui ne respectent pas la loi d’Ellen ne sont pas au coeur du problème. Les récidivistes conducteurs qui textent constamment au volant sont ceux à surveiller.

«À chaque arrêt que je fais dans la ville, je peux me tourner et trouver au moins une personne qui est sur son téléphone», raconte-t-il.

Son astuce est le même que celui de M. Lawrence: être visible sur les routes !

Même si les cyclistes portent des vêtements éclatants, force est de constater que si le conducteur est ailleurs mentalement, ces efforts sont en vain.

«Le monde est distrait quand il conduit. Comme cycliste, c’est ça qui est le plus inquiétant», admet-il.

M, Jaillet conclut que si les cyclistes sont frôlés de près par un conducteur, ils peuvent toujours prendre en note le numéro de plaque d’immatriculation et appeler la police.