Antonine Maillet accueillie en reine à Bouctouche

La reine du Pays de la Sagouine était de retour dimanche afin de rencontrer les sujets de son royaume.

Une petite foule attendait Antonine Maillet sur l’Île-aux-Puces malgré la pluie, et elle en a profité pour parler de son nouveau livre, Clin d’oeil au temps qui passe.

L’accueil qu’elle a reçu l’a enchantée.

«Aujourd’hui, c’est un cas spécial, parce que je reviens à tous les ans et je n’ai jamais eu ça. Ils viennent fêter avec moi pour mon nouveau livre, mais plus que ça, j’ai eu 90 ans le mois dernier», dit-elle en entrevue.

En mettant les pieds sur l’Île-aux-Puces une nouvelle fois, l’écrivaine se remémore une légende populaire de son enfance.

On disait qu’un trésor de pirate était enterré sous un rocher au milieu de la rivière Bouctouche.

À sept ans, elle était mystifiée par la promesse de ce trésor. Mais finalement, elle a trouvé une richesse bien différente au milieu de la rivière: celle qui est actuellement juchée sur l’Île-aux-Puces.

Dimanche, elle y a été accueillie par de la famille, des amis et des fans.

En entrevue, elle affirme qu’elle a plus de bons souvenirs que de mauvais.

«Il y a toujours des regrets, mais quand j’y pense aujourd’hui, j’ai eu de la chance, parce que mes regrets étaient de mauvais regrets. La chance m’a été plus positive que négative, et j’ai reçu plus que ma part. Dans ce sens-là, je ne peux regretter ni ma génération ni mon lieu de naissance.»

Un nouveau livre

«On a toujours des choses à dire qu’on a pas dites dans nos autres livres.»

Antonine Maillet a raconté à la foule réunie dimanche que le titre de son livre, Clin d’oeil au temps qui passe, lui est venue à son réveil, un matin.

Ce récit, qui est semi-autobiographique, n’abandonne pas pour autant les personnages colorés de l’auteure. Au contraire, elle en ajoute.

«Ça résumait un peu ce que j’avais à dire sur ce que j’ai vécu: c’est le temps qui passe. Donc, j’ai créé un nouveau personnage, et j’ai averti mes autres personnages: tassez-vous, parce qu’il arrive quelqu’un d’autre. Tout le monde le connaît, tout le monde s’identifie à lui, c’est le Temps.»

Antonine Maillet affirme qu’elle doit raconter son époque et sa région. Née en 1929, elle explique qu’elle a vu passer une crise économique, une guerre et un après-guerre.

«Il y a eu des changements incroyables dans ma vie, c’est comme si quelqu’un avait vu le temps passer du Moyen Âge aux temps modernes.»

Le temps est un thème fréquent dans les écrits de Mme Maillet, selon Geneviève Tremblay, qui a fait la lecture complète des oeuvres de l’écrivaine afin d’en adapter au théâtre.

«Dans d’autres livres qu’elle a écrits, il y a ça aussi. C’est un thème qui est cher à elle, de regarder le temps passer.»

… et deux autres à venir

En plus de son livre lancé mercredi, Antonine Maillet raconte qu’elle a déjà complété un nouveau manuscrit et qu’un troisième projet fleurit dans son esprit.

Le manuscrit complété traite d’une sorte de mythologie de la création du monde et est provisoirement intitulé Le sablier.

Elle y parle à nouveau du temps qui passe en racontant l’histoire de l’humanité vue comme un conte.

«Il s’agit d’un conte pour les sans-âges, c’est un conte pour tout le monde. J’y écris comme si je parle à des enfants, mais je ne parle pas à des enfants.»

Le héros est un petit pain chaud à forme humaine qui prend vie au contact des larmes de sa boulangère.

«Le petit pain chaud va découvrir ses compagnons de vie, Rossignol qui est un oiseau, Laviolette qui est une petite fleur… Ce sont tous des noms de famille, Latulippe, Desroches», laisse entendre l’auteure.

Elle a préféré ne donner aucun détail de son autre projet pour l’instant.