Agrès de pêche: la Ville de Caraquet a-t-elle ouvert un panier de crabes?

La Ville de Caraquet a-t-elle ouvert un panier de crabes en modifiant son règlement sur l’entreposage des agrès et équipements de pêche? Plusieurs pêcheurs de métier à qui le journal a parlé ont affirmé qu’ils n’acceptent pas certaines des nouvelles règles imposées par la municipalité.

Les élus ont adopté à l’unanimité, mardi midi en réunion extraordinaire, les normes touchant dorénavant l’entreposage des agrès et des équipements de pêche sur le territoire de la ville. Il ne reste plus que l’approbation du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux pour qu’elles aient force de loi, ce qui n’est qu’une formalité.

Ainsi, tout pêcheur de métier peut entreposer sur le terrain de sa résidence ainsi que dans un bâtiment accessoire à sa résidence ses agrès et ces équipements. Ces équipements ne comprennent ni les véhicules ni les bateaux utilisés pour la pêche.

Cet entreposage est permis en cour latérale et arrière et doit respecter une marge de recul de 2 mètres des limites de propriété. Une clôture opaque d’une hauteur maximale de 2 mètres doit entourer l’entreposage, qui ne peut pas dépasser la hauteur de la clôture.

De plus, il sera toujours interdit d’entreposer des agrès et des équipements sur un terrain vacant, comme l’exigent toutes les municipalités de la Péninsule acadienne.

Cette dernière clause est au coeur d’une poursuite actuellement suspendue entre la Ville et une propriétaire, Patricia Richard. Une cinquantaine de trappes de rechange sont pilées dans le fond de son terrain vacant, dans le secteur Est.

Le maire Kevin Haché a rappelé que la Ville a accepté de revoir cet arrêté en assouplissant certains articles afin de mieux accommoder les pêcheurs.

«La municipalité a mis de l’eau dans son vin en permettant à nos pêcheurs de métier d’entreposer chez eux leurs agrès sous certaines conditions. Mais si des trappes continuent de se retrouver sur un lot vacant, la Ville va continuer ses procédures judiciaires en vertu des règlements, à moins que la personne fautive se conforme. Aucune municipalité de la région ne permet un entreposage d’agrès de pêche sur un lot vacant», a-t-il précisé, en référence à la poursuite suspendue contre Mme Richard.

«Mon terrain est propre, la pelouse est tondue régulièrement, ça ne dérange pas les voisins. Si la Ville veut aller en cour contre nous et utiliser l’argent des contribuables, qu’elle le fasse», a commenté Mme Richard.

Les élus ont aussi eu droit aux commentaires acerbes de Luc Richard au terme de la réunion. Le fils de Mme Richard et pêcheur de métier a mentionné au conseil municipal qu’il devrait avoir honte.

«Vous êtes en train de construire un monument aux pêcheurs en face du quai, mais avec ces règles, vous êtes en train de rire de nous. Vous devriez avoir honte. La pêche, c’est notre patrimoine, c’est notre économie et ça fait venir les touristes. J’ai parlé du dossier à Patrimoine canadien. On se reverra en cour», a-t-il dit avant de quitter la salle de réunion.

Le journal a fait une tournée de quelques pêcheurs du secteur Est. S’ils avaient entendu parler de possibles changements, ils ont été étonnés d’apprendre les nouveaux règlements d’entreposage.

Ils ont tous dit qu’ils ne changeraient pas leur façon de faire. Ainsi, leurs bateaux et les trappes continueront à être rangés pour l’hiver au fond de leur propriété, sans clôtures. Ils s’estiment dans leur droit, car ils font ça depuis des années sans qu’ils aient eu des plaintes et ça ne se voit pas de la route.

Donat Blanchard rentre ses trappes à l’abri dans son garage, mais il n’aura pas l’espace pour les mettre toutes. Une trentaine passeront l’hiver empilées au fond de sa cour.

«Je me mets à la place de l’autre et je n’aimerais pas non plus voir des trappes de long de mon terrain ou qui cacheraient ma vision. Mais si elles sont rangées loin du chemin ou dans le bois et que ça ne se voit pas, je ne vois pas pourquoi il faudrait que je construise une clôture pour quelques trappes. Je vais plutôt me louer une remise à la place», a-t-il réagi.