Les autochtones pourront dorénavant prêter serment sur une plume d’aigle

Les autochtones pourront bientôt jurer «de dire toute la vérité, rien que la vérité» sur une plume d’aigle plutôt que sur la bible dans les cours du Nouveau-Brunswick.

L’initiative a été soulignée durant une cérémonie à Fredericton, mardi, en marge de la rencontre annuelle de l’Assemblée des Premières Nations qui se déroule cette semaine dans la capitale provinciale.

Lors de la cérémonie à la résidence de la lieutenante-gouverneure, des aînés autochtones ont remis des plumes d’aigle à la procureure générale de la province, au juge en chef du Nouveau-Brunswick et aux juges en chef de la Cour du banc de la Reine et de la Cour provinciale.

La plume d’aigle est un objet sacré pour les membres des Premières Nations, a rappelé le ministre des Affaires autochtones, Jake Stewart.

«L’intégration de la plume d’aigle dans le système judiciaire du Nouveau-Brunswick est une étape importante vers la réconciliation», a-t-il dit.

Le Nouveau-Brunswick emboîte ainsi le pas à la Nouvelle-Écosse qui permet déjà aux autochtones de prêter serment sur une plume d’aigle depuis l’an dernier.

Terre-Neuve-et-Labrador a aussi adopté la même pratique en janvier, mais seulement à la Cour provinciale.

Les détachements de la GRC en Nouvelle-Écosse et au Manitoba utilisent également la plume d’aigle.

«Au Canada, les tribunaux reconnaissent l’objectif de la réconciliation entre les autochtones et les non autochtones dans le cadre d’une relation à long terme et mutuellement respectueuse», a confié le juge en chef du Nouveau-Brunswick, Marc Richard.

«C’est dans cet esprit que les trois niveaux de cours du Nouveau-Brunswick se réjouissent de cette initiative qui nous permettra d’utiliser des plumes d’aigle dans les tribunaux de cette province.»

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a salué la démarche du Nouveau-Brunswick.

«Les autres provinces apprendront de ce que vous avez fait. Vous faites les choses dans le bon sens. Je tiens à le reconnaître», a-t-il dit lors de la cérémonie.

«Nous avons beaucoup à faire. Continuez à avancer. N’abandonnez pas cette réconciliation. N’abandonnez pas l’idée de changer le système judiciaire. Ne renoncez pas à respecter le droit des Premières Nations et le droit du Créateur en plus de la common law et du droit civil.»

Le premier ministre Blaine Higgs était aussi présent à l’événement.

L’introduction de la plume d’aigle dans les cours du Nouveau-Brunswick s’est faite en collaboration avec les Premières Nations de la province et les aînés autochtones.

Le ministère du Développement de l’énergie et des ressources a également participé à l’initiative afin de garantir que les plumes soient collectées selon les règles.

Des ateliers de sensibilisation à la culture autochtone doivent encore être donnés aux employés des tribunaux avant de commencer à utiliser les plumes d’aigle.

Le serment sur une plume d’aigle n’est toutefois pas tout à fait nouveau dans les tribunaux au Nouveau-Brunswick.

L’ancien lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, Graydon Nicholas, un Wolastoqiyik de la Première Nation de Tobique, a confié mardi l’avoir déjà autorisé lorsqu’il était juge de la Cour provinciale à Woodstock.

«Je savais ce que la plume d’aigle signifiait pour ma culture et mes traditions, alors j’ai dit “si cela vous permet de dire la vérité, c’est très bien, nous le permettrons”», a-t-il raconté.

«C’est crucial d’obtenir la vérité en une cour. Si un témoin (autochtone) se sent plus à l’aise en tenant quelque chose de sacré, pourquoi pas? Cela ne nuit en rien au système judiciaire. En fait,ça l’améliore.»