L’usine Carapro se refait une beauté à Caraquet

La Carapro se refait une beauté. Depuis le début de la semaine, des ouvriers démolissent la devanture de cette usine de transformation de poisson désaffectée et la remplaceront par quelque chose de beaucoup plus esthétique. Cela devrait donc mettre un frein aux remarques désobligeantes sur la laideur de cet édifice situé en face du quai de Caraquet.

Les travaux devraient durer de trois à quatre semaines, a fait savoir Alie Lebouthillier, directeur général des Produits Belle-Baie de Caraquet, propriétaires de ce gros bâtiment rouge impossible à manquer en face de l’entrée menant au quai.

«Nous avions une partie endommagée devant la Carapro qui paraissait mal. C’était défraîchi et on entendait les commentaires des gens. On est en train de la refaire. Ça va rehausser le coup d’oeil», a-t-il déclaré.

Grâce à Jean-Marc Friolet, un spécialiste en design, de nouveaux matériaux, de la peinture fraîche et un toit refait seront compris dans cette phase d’amélioration. Le comité du patrimoine de la Ville de Caraquet et la division d’aménagement de la Commission de services régionaux de la Péninsule acadienne ont récemment donné le feu vert aux travaux.

«Ça va améliorer le look de l’usine, poursuit M. Lebouthillier. Les matériaux vont s’agencer avec la brique du bâtiment. Il y aura aussi plus de couleurs. Ça va être beau.»

Les travaux devaient initialement être entamés et exécutés au printemps, avant la saison touristique. Mais des retards dans l’obtention de permis ont quelque peu changé les plans.

L’usine demeurera debout, car elle sert notamment d’entrepôt pour des équipements de pêche encore utilisables. Et si jamais l’industrie de la pêche du poisson de fond revit, il n’est pas interdit de croire que ces installations pourraient reprendre du service, admet le DG des Produits Belle-Baie.

«Pour le moment, l’usine demeure en place, même si elle n’est pas fonctionnelle. Si un jour la pêche à la morue reprend, ça pourrait nous être utile», laisse entendre le porte-parole.

L’usine de transformation des produits de la mer Carapro a été construite en 1939, par la compagnie Gorton Pew. Dans les années 1980, on y traitait du crabe des neiges, de la crevette, du hareng et de la morue. À cette époque, elle faisait travailler plus de 200 personnes pendant la saison forte.

Le moratoire imposé sur la pêche à la morue, en 1992, n’a pas permis à la Carapro de survivre. Son secteur affecté à la transformation du poisson de fond a fermé ses portes cinq ans plus tard, alors que ses opérations pour la crevette ont cessé au début des années 2000. Une poissonnerie a aussi mis la clé sur la porte durant cette période.

Le bâtiment a également subi des dommages en 2007, lors de l’inondation du ruisseau Chénard pendant une forte tempête.

Remise en question

Pendant que les élus de la Ville de Caraquet se concentraient à légiférer sur l’entreposage des agrès et des équipements de pêche sur son territoire, plusieurs citoyens se sont demandé pourquoi elle ne faisait rien pour obliger les propriétaires de la Carapro à rénover leur façade ou encore pourquoi la «maison fantôme» en face de l’ancienne Coop est toujours debout.

Trois situations où la question de l’esthétisme a été remise en question dans la ville. Et si ça se poursuit, il y aura trois solutions différentes.

Concernant les agrès et les équipements de pêche, les élus ont assoupli certaines règles en permettant notamment aux pêcheurs de métier d’entreposer leurs trappes et leurs filets chez eux, à condition de construire une clôture d’une hauteur maximale de 2 mètres afin d’entourer l’entreposage. Cette règle ne comprend pas les véhicules et le bateau.

Cependant, il est toujours illégal de ranger des agrès sur un terrain vacant sur le territoire de la Ville. D’ailleurs, aucune municipalité de la Péninsule acadienne ne le permet.

Ce point est au coeur d’un litige entre la Ville et une citoyenne, qui conteste cette interdiction en entreposant des trappes sur un terrain situé près de sa résidence, dans le secteur Est de la ville.

Ces nouvelles dispositions ont suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. On se demande notamment pourquoi à Caraquet, considérée comme une communauté de pêcheurs, on doit désormais cacher ces attirails qui jouent un rôle touristique indéniable.

«Nous avons donné la chance aux pêcheurs de s’exprimer là-dessus, a rappelé le maire Kevin Haché. Ça fait un an qu’on en parle. S’ils n’étaient pas d’accord, ils pouvaient venir nous le dire. Mais une seule personne s’est présentée. Nous avons voulu assouplir un règlement avec lequel nous n’avions pas vraiment de problème.»

Concernant la Carapro, les Produits Belle-Baie, propriétaires de l’usine désaffectée, s’affairent actuellement à réparer la devanture pour lui donner un aspect plus attrayant. Pendant longtemps, les plaintes sur l’inesthétisme des lieux ont atterri sur les bureaux de la Ville.

La «maison fantôme» maintenant. La Ville continue de négocier avec son propriétaire, qui demeure à l’extérieur de la région. Mais pour le moment, le maire soutient qu’il n’y a encore aucune entente pour l’avenir de cette résidence délabrée et mal entretenue en plein centre-ville.

«Nous avons des règlements, les gens doivent les respecter et on travaille là-dessus. Avant de déposer une poursuite, nous voulons trouver une solution avec le propriétaire. C’est un dossier délicat, car c’est un cas de succession familiale et il y a une personne qui vit dans cette maison», a commenté le maire Haché.

Un autre cas dérangeant est celui de l’artiste Denis Lanteigne, en face du quai de Caraquet. Il utilise cet espace pour y exposer ses oeuvres extérieures depuis quelques années. S’il trouve des adeptes pour apprécier son travail, il a aussi ses détracteurs, qui voudraient bien que l’artiste aille ailleurs.

Sans oublier les nombreuses affiches de maisons à vendre – plus d’une quarantaine – installées sur le boulevard Saint-Pierre. Elles laissent supposer une certaine morosité économique dans la communauté.

Pendant ce temps, des travaux sont en cours en face du quai pour y ériger un parc et un monument en hommage à l’industrie de la pêche à Caraquet. La première étape consiste à l’aménagement du site cette année, alors que le projet d’un monument est en cours de confection.