André Viel, le retour vers la lumière d’un ex-toxicomane

André Viel, ancien toxicomane, a mené son combat de front pour se sortir de la spirale qui l’avait mené à consommer des drogues dures. Aujourd’hui devenu «Recovery coach», il aide les toxicomanes à surmonter leur dépendance et leur famille à mieux les soutenir dans ce processus.

Une très forte passion anime André lorsqu’il parle de fournir des outils aux toxicomanes pour que ceux-ci puissent se remettre sur le droit chemin. Selon lui, un centre de traitement des dépendances doit comporter deux volets: toxicomanie et santé mentale.

Un problème de dépendance cache toujours un problème sur le plan de la santé mentale selon lui.

«Ça fait trop longtemps qu’on les sépare», estime-t-il.

André admet qu’un manque criant de ressources de ce type se fait sentir dans la province. C’est pourquoi il a proposé au gouvernement provincial l’instauration d’un centre semi-privé dans la région du Grand Moncton. Dépendance et santé mentale seraient traitées.

S’il semble épanoui aujourd’hui et d’un enthousiasme sans pareil pour tous les aspects liés à l’intervention en toxicomanie, sa vie n’a pas toujours été rose.

Tout commence dans un bar de Moncton par une soirée de fête en mars 2013. Une altercation dégénère et André se fait violemment attaquer à l’extérieur de l’établissement par un groupe de cinq hommes.

Le traumatisme vécu laisse son lot de séquelles psychologique pour l’homme originaire de Saint-François-de-Madawaska. Il était, selon son expression, au mauvais endroit au mauvais moment.

Les blessures physiques ont guéri en quelques semaines. À l’intérieur de lui, les plaies sont béantes. Il reçoit un diagnostic de choc post-traumatique.

Après cet incident, il commence à repousser ses «bons amis» et se met à fréquenter des personnes peu recommandables, associées à l’industrie de la drogue.

Nerveux, il regarde constamment derrière lui pour voir s’il est suivi. Un jour, la dépression frappe à grands coups à sa porte. Une invitée qui s’impose très rapidement dans le mental d’André.

«Je ne pouvais même plus me lever de mon lit. Je ne pouvais pas le dire à personne, je ne m’en sentais pas capable», exprime-t-il.

Propriétaire d’une entreprise de nettoyage et de peinture commerciale, il commence à consommer des pilules d’amphétamines pour aller au boulot, et ce, de façon quotidienne.

Les drogues lui permettaient de vivre une vie pratiquement normale.

Mais lorsque l’effet des speeds se dissipe, ce sont les effets de la dépression qui reviennent.

Ce mode de vie basé sur la consommation de stupéfiants pour survivre est vite devenu hors de contrôle. Des cocktails explosifs à base d’amphétamines, de cocaïne, d’ecstasy et de champignons magiques rythment maintenant la routine d’André.

«N’importe quoi que je pouvais mettre la main dessus pour m’amener un high», souligne-t-il.

Il qualifie que son cerveau de l’époque comme étant «reprogrammé».

«Ton cerveau commence à voir la drogue comme une nécessité, pareil que comme pour manger ou boire de l’eau», avance-t-il.

Il vit une séparation douloureuse à la même époque. Il s’en suit une forte augmentation de la consommation des drogues dures. André ne dort plus et commence à croire des choses qui n’existent pas. Une forme de paranoïa s’est installée.

Chaque matin pendant les mois qui suivent, il se demande, dans son for intérieur, s’il va chercher de l’aide ou s’il s’enlève la vie. La photo de son garçon lui dit matin après matin: «Non, pas aujourd’hui».

Après un certain temps, cette routine matinale était devenue trop lourde à porter. En 2016, il appelle ses parents pour de l’appui.

«J’ai besoin d’aide, sinon je ne me rends pas à la fin de la semaine», leur a-t-il exprimé.

Trois jours plus tard, il débarque dans un centre de santé mentale et de dépendance en Ontario.

Une décision qui change tout

André Viel a séjourné dans ce centre spécialisé pendant une trentaine de jours. Cela lui a été bénéfique: il n’a plus le goût de consommer.

Il a par la suite effectué de la thérapie à cet endroit pendant deux ans.

Fasciné par l’approche du centre, il en ressort transformé. Il a maintenant trouvé sa vocation: aider les toxicomanes à se sortir de la dépendance par des services d’accompagnement touchant autant à la toxicomanie qu’à la santé mentale.

«Juste voir ce qu’ils ont pu faire avec moi, j’ai dit wow, c’est de la magie. Je voulais amener ça au Nouveau-Brunswick», s’émerveille-t-il.

Durant son passage en Ontario, il en profite d’ailleurs pour décrocher un certificat en santé mentale et dépendance de la Ryerson University.

Aujourd’hui, il est très impliqué dans sa communauté. Il accompagne des toxicomanes à se sortir de la dépendance, un parcours semé d’embûches.

Il aide aussi les familles dont un de leur membre est aux prises de sérieux problèmes de consommation de drogue.

Au moment où André avait besoin d’un centre qui traitait tant le problème de dépendance que celui de santé mentale, il s’est retrouvé face à un mur. Le seul qui répondait à ses critères est issu du secteur privé et se trouvait à Campbellton.

La liste de trois mois d’attente était une éternité pour celui qui voulait mettre fin à ses jours. «Quand j’ai voulu obtenir de l’aide dans la province, je n’ai pas pu en trouver», dit-il.

Présentement, il travaille chez The Addiction Academy et offre un programme de coaching en ligne. Plus de 75 % de sa clientèle, ce sont des familles qui se perdent dans la dépendance d’un membre de leur famille.

«Je les aide à naviguer là-dedans. Dans les petits villages, il y a moins de services, donc il y a une demande pour mes services», lance-t-il.

Il veut ouvrir un centre de réadaptation résidentiel pour toxicomanes afin que le même type de services auxquels il a pu accéder en Ontario soit disponible pour sa communauté.