De réfugié à entrepreneur: une intégration qui porte ses fruits

Feras Al Motaweh est un réfugié syrien arrivé à Moncton, avec sa femme et ses cinq enfants, en janvier 2016. À la suite d’une courte expérience en tant que soudeur, il fonde sa propre entreprise, le Rabih Store. Son projet a fait des petits: il est maintenant propriétaire de trois commerces au Nouveau-Brunswick.

Sur la rue St-George, près de l’intersection Cameron, se trouve un commerce bien différent des entreprises avoisinantes: le Rabih Store offre une variété étonnante de produits originaires du Moyen-Orient.

Entre les murs de cette épicerie de saveurs d’outre-mer, une multitude de couleurs décorent les étagères du commerce: loukoums, riz basmati, baklavas, huile d’olive et shisha s’y entassent.

En l’espace de trois ans et demi, Feras a réussi non seulement à s’intégrer au marché du travail canadien, mais il a créé son propre emploi en devenant entrepreneur.

Portrait d’un parcours d’intégration réussie

Le clan Al Motaweh est originaire de la Syrie. En 2012, la guerre civile fait rage sur leur terre natale. La famille quitte la Syrie et s’établit au Liban pour un exil qui durera quatre ans.

En janvier 2016, les Al Motaweh arrivent à Moncton. Ils sont la troisième famille de réfugiés syriens à atterrir dans la ville néo-brunswickoise pour s’y établir.

Quelques mois après son arrivée, Feras, le père de la famille, décroche un emploi de soudeur à Try Province, un entreprise de recyclage de métal. Il y fabrique de grands conteneurs.

Pour une raison de procédure administrative et d’équivalence de diplôme, il a dû quitter son emploi.

Découragé, Feras avait perdu tout espoir de pouvoir pratiquer son métier au Canada, pour lequel il avait cumulé plus de 17 ans d’expérience en Syrie et au Liban.

Pendant ce temps, la communauté musulmane de Moncton sent un besoin d’accéder à de la nourriture halal. Aucun commerce n’offrait ce type de produits bien spécifiques dans la région.

Pour s’approvisionner en nourriture conforme au rite musulman, quatre ou cinq hommes de la communauté font donc l’aller-retour Moncton-Montréal, et ce plusieurs fois par mois.

«Bien des familles se retrouvaient avec le même problème», explique Fatima Al Motaweh, épouse de Feras.

N’ayant plus d’emploi, Feras saisi l’opportunité qui se dresse devant lui.

«Pourquoi je n’ouvrirais pas un commerce pour que tout le monde puisse avoir de la nourriture halal?», s’est-il demandé.

Avec aussi peu que 10 000$ en poche, Feras ouvre le Rabih Store, un magasin d’alimentation et de vêtements pouvant servir à la communauté multiculturelle de Moncton.

Une fois la caution payée pour le local et quelques rénovations plus tard, il lui reste que 2000$ pour acheter les premières fournitures.

Il réussit de part et d’autre à obtenir quelques prêts. Il peut commencer à commander des produits alimentaires ainsi que des vêtements traditionnels.

Deux ans plus tard, sa petite entreprise est florissante.

C’est pourquoi, à la fin du printemps de cette année, il décide de séparer la nourriture des vêtements en ouvrant une autre branche, le Rabih Clothing. Ce commerce est un peu plus à l’est sur la rue St-George.

À l’intérieur du Rabih Clothing, des longues robes et des hijabs attire l’oeil. Pourtant, ce sont des vêtements typiquement occidentaux qui sont les plus exposés à l’avant.

Un troisième commerce à Saint-Jean

À la même époque, des amis qui résident à Saint-Jean lui soulignent le manque de produits halal dans la ville portuaire du Nouveau-Brunswick.

«Pourquoi tu n’ouvres pas un magasin ici?», lui ont-ils demandé.

Cette question n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

C’est pourquoi Feras Al Motaweh fonde un nouveau commerce d’alimentation à Saint-Jean. Ce dernier vient à peine d’ouvrir ses portes, soit il y a deux semaines.

La vie dans la «charmante» ville de Moncton

Être entrepreneur comporte son lot de difficultés quotidiennes. Le père de famille travaille 20 heures par jour et ne prend jamais de congé.

En plus, deux fois par semaine, Feras conduit jusqu’à Toronto ou à Montréal afin d’aller chercher des produits d’alimentation pour ses commerces.

«Il travaille très fort! Il ne peut pas rester à la maison sans rien faire», dit Fatima.

Une clientèle multiethnique tout comme néo-brunswickoise d’origine fréquente le magasin.

Fatima confesse que même des personnes qui ne sont pas de culture arabe entrent dans le magasin à la recherche de découvertes culinaires.

Des clients n’hésitent pas à demander des recettes de plats typiques arabes et s’informent sur les ingrédients à avoir en main pour les réaliser.

«Les Canadiens sont curieux de nature. Ils aiment essayent des choses d’autres cultures. Ils ont vraiment un esprit ouvert», dit sa fille, Rahaf Al Motaweh.

La famille Al Motaweh se considère chanceuse de pouvoir habiter la «charmante» ville de Moncton. L’option de quitter la région afin de s’établir dans l’une des métropoles cosmopolites du pays, soit Montréal ou Toronto ne leur a pas parlé.

«Il y a trop de monde dans ces villes-là, les rues sont bruyantes. J’ai plus aimé Moncton que toutes les autres villes», lance Feras.

La tranquillité de Moncton les a donc incités à en faire leur nouveau chez-soi. Ils soulignent d’ailleurs que la communauté tissée serrée entre les résidents de Moncton a pesé beaucoup dans la balance de rester.

«Les gens sont sympathiques ici», affirme Fatima.