Impôt foncier industriel: Vickers et Carr sont en désaccord

Le chef du Parti libéral veut permettre à la ville de Saint-Jean de conserver une plus grande part de l’impôt foncier sur l’industrie lourde pour améliorer sa situation financière; une proposition trop coûteuse et potentiellement injuste pour les autres municipalités, selon le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

Selon Kevin Vickers, la province devrait renvoyer à la ville portuaire une plus grande partie de la taxe sur les propriétés industrielles qu’elle récolte sur son territoire afin d’aider la municipalité à éponger son déficit.

«La ville de Saint-Jean doit être en mesure de fournir des services de base à ses citoyens et citoyennes, tels que les pompiers, la police et l’entretien de l’infrastructure», affirme le chef du Parti libéral.

M. Vickers accuse le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs d’avoir écarté cette idée du plan d’action pour la ville préparé par des fonctionnaires de la municipalité et de la province et rendu public plus tôt ce mois-ci.

«Des choses qui pourraient avoir un impact immédiat ont été totalement rejetées, comme permettre à Saint-Jean d’avoir accès à davantage d’impôts fonciers générés par l’industrie lourde. Ce n’est pas dans l’intérêt de la ville de Saint-Jean.»

Le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux estime que la proposition de Kevin Vickers est «irresponsable» et témoigne de son «inexpérience» en politique.

Selon le ministère, l’initiative aurait pour conséquence de priver la province d’environ 16 millions $ annuellement seulement pour la ville de Saint-Jean.

«Le problème avec l’idée de donner à Saint-Jean les revenus de l’impôt foncier industriel, c’est que ça ne serait pas juste pour les autres municipalités du Nouveau-Brunswick», dit-il.

Si la province n’a pas les moyens de renoncer à ces 16 millions $, elle pourrait encore moins se permettre d’étendre la mesure à l’ensemble des villes et des villages, avance M. Carr.

«Au niveau provincial, c’est 80 millions $ que nous devrions renvoyer aux municipalités.»

(Une porte-parole du ministère a précisé après notre entrevue avec le ministre que la somme de 80 millions $ inclut aussi la partie de l’impôt foncier de l’industrie lourde qui est collecté dans les districts de services locaux et qui demeurerait donc dans les coffres de la province.)

Le ministre Carr demeure déterminé à réformer la fiscalité municipale et n’écarte pas la possibilité que la province libère de l’espace fiscal dans le futur pour laisser davantage le champ libre à toutes les municipalités.

«Dans le plan d’action (pour Saint-Jean), nous nous sommes engagés à procéder à un examen et à apporter des changements au régime d’impôt foncier que nous avons. Ainsi, nous examinerons la taxe industrielle et toutes les taxes.»

Jeff Carr promet une approche «plus équilibrée» et «progressive» que la proposition des libéraux afin d’aider Saint-Jean et les autres municipalités sans priver tout d’un coup la province d’une importante somme.

Rien avant 2022

Kevin Vickers déplore quant à lui que plusieurs des initiatives contenues dans le plan d’action pour Saint-Jean ne génèrent pas de nouveaux revenus pour la municipalité avant 2022.

«Certaines choses qui pourraient vraiment faire la différence pour Saint John et d’autres municipalités, comme l’impôt foncier ou la réforme municipale, ont été remises à plus tard par ce gouvernement, ce qui est vraiment une autre façon de dire qu’ils ne veulent pas régler le problème.»

Le chef du Parti libéral n’est toutefois pas en mesure de dire clairement où il prendrait les 80 millions $ pour transférer les revenus de l’impôt foncier industriel aux municipalités.

«Je pense que la réponse c’est de travailler ensemble de façon collaborative afin de bien constater exactement la situation financière dans toute la province», dit-il.