NCLEX-RN: une nouvelle plainte au Commissaire aux langues officielles

Un groupe d’infirmières ont déposé une plainte au Commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, mercredi. Elles affirment que les infirmières francophones sont désavantagées à l’examen d’entrée à la profession.

La plainte identifie les obstacles de langue qui se dressent devant les infirmières francophones qui se prêtent à l’examen américain NCLEX-RN (National Council Licensure Examination-Registered Nurse).

Le groupe d’infirmières dénonce le silence de l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) dans le dossier depuis la mise en place de l’examen américain en 2015.

Dans la plainte, les infirmières soutiennent que l’AIINB viole un article de la Loi sur les langues officielles puisqu’elle continue d’offrir l’examen NCLEX-RN, dont la traduction en français laisse à désirer. Les ressources de préparation à l’examen sont également inadéquates, selon elles.

France Marquis, infirmière à la retraite et ancienne directrice de l’école de sciences infirmières, à Edmundston, fait partie du groupe d’infirmières qui a dénoncé l’inaction de l’AIINB mercredi.

Elle était aussi présidente de l’AIINB, de 2011 à 2013, et c’est au cours de son mandat que l’examen maintenant si lourdement critiqué a été adopté. À l’époque, on n’avait pas prédit tout ce fiasco, selon elle.

«J’ai des regrets parce qu’on nous avait dit que les francophones ne seraient nullement désavantagés par l’adoption de cet examen et qu’on ne devait pas s’inquiéter de la chose.»

«Force est de constater que ce n’est pas du tout le cas et qu’on est encore au même point. Je viens de parler à une infirmière qui a passé l’examen en 2019 et elle a encore trouvé des phrases qui ne font pas de bon sens», glisse France Marquis en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Elle souligne qu’à l’époque, elle n’avait pas eu le droit de consulter l’examen ou de lire des questions, même en tant que présidente de l’AIINB.

France Marquis constate que de plus en plus d’infirmiers-candidats choisissent de se prêter à l’examen NCLEX-RN en anglais par peur de ne pas avoir suffisamment de ressources pour se préparer et de faire face à un examen mal traduit.

«Il y a vraiment un glissement des infirmiers-candidats francophones vers la version anglaise de l’examen, ce qui est tout à fait inacceptable. On veut que nos francophones qui étudient en français écrivent l’examen en français.»

Véronique Landry, porte-parole du groupe d’environ 500 infirmières à travers la province, estime qu’aucun effort n’a été déployé de la part de l’AIINB pour solutionner l’inégalité entre les infirmières-candidates francophones et anglophones.

Dans la plainte envoyée au Commissaire, on peut lire que les piètres résultats des infirmières francophones du Nouveau-Brunswick à cet examen ne sont pas attribuables à la formation offerte à l’Université de Moncton, puisque les infirmières francophones de l’Ontario obtiennent des résultats similaires.

Jacques Paul Couturier, recteur et vice-chancelier par intérim de l’Université de Moncton, a déclaré appuyer la plainte envoyée par le groupe dans un communiqué envoyé en fin d’après-midi.

Le contrat qui lie l’AIINB à l’examen NCLEX-RN prend fin en décembre, selon Véronique Landry. Elle estime qu’il est donc grand temps de faire pression pour changer la donne.

«Les candidates et candidats qui ont fait l’examen soulèvent encore des lacunes au niveau de la traduction. On veut des changements par rapport au manque de ressources francophones pour se préparer à l’examen.»

Elle souligne aussi que l’examen informatisé, qui est nécessaire pour pratiquer le métier au Nouveau-Brunswick, est mal adapté à la réalité de la province puisqu’il s’appuie sur des normes américaines et non pas canadiennes.

Un examen bilingue canadien est actuellement en cours d’évaluation et il pourrait être mis en place l’an prochain, selon Mme Landry. Cet examen est préparé par l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières.

Un écart difficile à ignorer

Le dernier rapport d’enquête du Commissaire aux langues officielles sur l’AIINB indique une chute flagrante des réussites à l’examen de 2014 à 2015, l’année de l’instauration de NCLEX-RN. D’une année à l’autre, le taux de réussite était passé de 91% à 32%, sans grande amélioration depuis.

Ayant constaté ces chiffres, Liette Mainville, infirmière à la retraite et ancienne monitrice clinique, se dit inquiète pour ceux qui se lancent dans la profession infirmière de ces jours.

«J’ai fait beaucoup d’enseignement, et ce qui me préoccupe, c’est la diminution de l’entrée dans la profession. Il y a déjà une pénurie d’infirmières, et tout cela crée une aura de peur et de préoccupations. Les infirmières me disent qu’elles ont peur d’étudier et de s’endetter pendant quatre ans, d’écrire cet examen et [d’échouer].»

Cette peur, Mark Nowlan la ressent de manière très réelle. Étudiant de quatrième année en sciences infirmières à l’Université de Moncton, il devra se soumettre à l’examen d’entrée en mai 2020, et il espère que l’AIINB changera d’examen d’ici là.

«C’est stressant parce qu’on a fait quatre ans d’université et on a deux ans à passer l’examen. Si on échoue, il faut trouver une autre option.»

Même s’il est francophone, le jeune homme nous confie qu’il songe à passer l’examen en anglais s’il n’y a pas de changement du côté de l’AIINB.

Pour ce faire, il devra réapprendre une multitude de termes techniques en anglais. Il a signé la plainte du groupe d’infirmières, et il espère que l’AIINB entendra raison.