Smurfit-Stone à Bathurst: la petite histoire d’un gros gâchis

Comment mettre fin à la saga de l’ancien site Smurfit-Stone? Quatorze ans après la fermeture de la cartonnerie, des structures abandonnées sont toujours debout et les résidents de Bathurst sont découragés.

La Smurfit-Stone a verrouillé ses portes en août 2005, laissant près de 300 travailleurs sans emploi.

Dix ans plus tard, Green Investment, une compagnie américaine, s’approprie le site, s’empare des matériaux de valeur et abandonne le projet sans payer ses impôts fonciers.

En 2016, un nouvel espoir: l’entrepreneur de Bouctouche, Raymond Robichaud, prend les choses en main. Ce dernier veut construire de nouveaux logements, un terrain de camping, une pharmacie et deux petits centres commerciaux.

Après avoir démoli deux des six tours de béton, le promoteur s’attelle à détruire le troisième pendant plusieurs jours. Un géant silo, penché à 45 degrés près de la rivière Népisiguit, donne la frousse aux résidents et au maire de Bathurst.

Deux ans plus tard, le ministère de l’Environnement dépose des accusations de nature environnementales contre le propriétaire pour avoir, entre autres, déversé une cuve d’eaux usées sur le terrain afin d’y récupérer les métaux.

Finalement, en mai 2018, M. Fongémie demande à Fredericton de prendre en charge le développement du site, car selon lui, M. Robichaud n’a pas les moyens de réaliser ses projets.

Aujourd’hui, le maire de Bathurst préfère rester discret sur ce dossier jusqu’à ce qu’il y ait des nouveaux développements.

Pour sa part, Hugh Young, ancien conseiller à la Ville de Bathurst, ne serait pas étonné que le gouvernement provincial ne «veuille rien savoir» du projet.

«Si Fredericton saisit la propriété en raison des taxes arriérées, ce sera à eux de nettoyer les dégâts et je ne crois pas qu’ils veuillent cette responsabilité.»

Selon lui, la meilleure façon de faire avancer les choses serait de faire pression sur le gouvernement fédéral en vue des élections d’octobre.

«La ville de Bathurst n’a pas les moyens de ramasser ce dégât, la province non plus, mais le gouvernement fédéral lui, certainement», a-t-il avancé.

Le porte-parole de Serge Cormier, député d’Acadie-Bathurst, a rappelé à l’Acadie Nouvelle que le dossier du terrain Smurfit-Stone «appartient au gouvernement provincial», et que c’est au promoteur d’approcher le gouvernement fédéral.

Denis Landry, député de Restigouche-Chaleur, n’était pas disponible pour discuter du dossier.

Peu d’espoir pour les résidents

Un citoyen de Bathurst-Est, Timmy Dailey, souligne qu’il doit conduire devant le site chaque jour pour se rendre au travail.

«C’est désagréable à regarder. J’aimerais voir le terrain propre une fois pour tout.»

Bryar Legacy est du même avis.

«Je pense que les gens ont perdu intérêt. Nous sommes tannés de voir que le projet n’aboutit pas», a-t-il soulevé. «Personnellement ça me dépasse et je ne comprends pas pourquoi personne n’intervient.»

Plusieurs sont convaincus que si une situation pareille se produisait dans la capitale provinciale, ou même ailleurs à Bathurst, le dossier serait traité plus sérieusement.

Tenir les propriétaires responsables

James Risdon, ancien candidat à la mairie, reproche à la Ville d’avoir laissé filer la cartonnerie Smurfit-Stone, la compagnie Green Investment et Raymond Robichaud sans conséquence.

Malgré tout, ce dernier tente de demeurer positif, en se disant que ce n’est pas peine perdue.

«On souffre d’un manque d’initiative de la part du gouvernement provincial et fédéral, alors il faut regarder à ce qu’on peut changer, ici, à Bathurst», a-t-il affirmé.

«On peut cultiver un climat économique propice au développement et mettre en oeuvre un plan complet qui incitera les entrepreneurs à investir.»

C’est une question de leadership, selon lui.

«Je crois que personne ne sait à quoi devrait ressembler la propriété. Paolo Fongemie devrait donc prendre l’initiative de créer une vision pour le site. Nous ne pouvons nous attendre à des changements si nous n’avons pas de plan précis.»

Un endroit qui a tout pour réussir 

L’ancienne propriété Smurfit-Stone surplombe la rivière Népisiguit et se situe à un point central entre l’autoroute 11 et le centre-ville de Bathurst.

«Pourtant, nous n’avons pas la bonne approche», a mentionné M. Risdon. «Il ne faudrait pas dire: comment allons-nous nettoyer ce terrible dégât?, mais bien: comment allons-nous utiliser cette merveilleuse propriété afin d’attirer des touristes et améliorer notre économie?»

L’Acadie Nouvelle a tenté sans succès de joindre Raymond Robichaud, le promoteur du site.